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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300419

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300419

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300419
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 février 2023, 9 mai 2023 et

14 juin 2024, Mme B A, représentée par la SCP Sammut - Croon - Journée-Léau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a rejeté son recours administratif formé contre la décision portant récupération d'un indu de revenu de solidarité active pour un montant de 20 671,44 euros, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre

des années 2019 et 2020, respectivement pour un montant de 228,67 euros et 152,45 euros, d'un indu de prime d'activité pour un montant de 4 651,66 euros, d'un indu d'allocation de logement sociale pour un montant de 7 885 euros et d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité pour un montant de 150 euros, ensemble la décision initiale du 9 septembre 2022 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ces indus dont la somme globale s'élève

à 33 739,22 euros ;

3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Ardennes de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Ardennes et du département des Ardennes la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les auteurs des décisions des 9 septembre 2022 et 27 octobre 2022 sont incompétents ;

- sa résidence principale se situe en France et non en Belgique comme la caisse d'allocations familiales des Ardennes l'a admis ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, la caisse d'allocations familiales des Ardennes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le département des Ardennes conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions afférentes à l'indu de revenu de solidarité active sont irrecevables, à défaut d'avoir été précédées d'un recours administratif préalable ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du

9 septembre 2022 sont, en ce qui concerne l'indu de prime d'activité, irrecevables, dès lors que la décision prise par la commission de recours amiable le 27 octobre 2022 s'y est substituée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à

l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clemmy Friedrich,

- et les observations de Me Journé-Léau, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations présentées par Me Journé-Léau au cours de l'audience.

Une note en délibéré présentée par le département des Ardennes a été enregistrée

le 21 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A s'est vue réclamer, par une décision du 9 septembre 2022, le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active pour un montant de 20 671,44 euros, d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020, respectivement pour un montant de 228,67 euros et 152,45 euros, d'un indu de prime d'activité pour un montant de 4 651,66 euros, d'un indu d'allocation de logement sociale pour un montant de 7 885 euros et d'un indu de prime exceptionnelle pour un montant de 150 euros. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 9 septembre 2022 portant récupération de ces indus et la décision du 27 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision précitée.

Sur le cadre du litige :

En ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active :

2. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. " Aux termes de l'article L. 114-3 du même code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Les dispositions du second alinéa de l'article R. 262-89 du même code prévoient que : " Le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé ".

3. L'institution par les dispositions citées au point précédent d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser au président du conseil départemental d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge.

4. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

5. Il résulte de l'instruction que Mme A a présenté auprès de la caisse d'allocations familiales des Ardennes un recours administratif, réceptionné le 7 octobre 2022, dont l'objet était de contester l'ensemble des indus dont le remboursement a été mis à sa charge par la décision du 9 septembre 2022 et parmi lesquels figure un indu de revenu de solidarité active. En application des dispositions précitées des articles L. 114-2 et L. 114-3 du code des relations entre le public et l'administration, la caisse d'allocations familiales des Ardennes était tenue de transmettre ce recours administratif au président du conseil départemental des Ardennes afin que celui-ci puisse se prononcer sur la contestation relative à l'indu de revenu de solidarité active et, dès lors, celui-ci est réputé avoir été saisi le 7 octobre 2022 du recours administratif préalable prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Compte tenu du silence gardé par le président du conseil départemental des Ardennes pendant les deux mois suivant cette date, une décision implicite de rejet est réputée être intervenue le 7 décembre 2022. Eu égard à ce qui a été dit aux points 3 et 4, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du

9 septembre 2022 doivent, en ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active, être regardées comme étant dirigées non pas contre cette dernière décision, mais contre la décision implicite du 7 décembre 2022 précitée.

En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :

6. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. () ".

7. Il résulte de l'instruction que le recours administratif préalable formé par Mme A, qui a été réceptionné par la caisse d'allocations familiales des Ardennes

le 7 octobre 2022, a donné lieu, compte tenu du silence gardé par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes pendant les deux mois suivant cette date, à une décision implicite de rejet qui est réputée être intervenue le 7 décembre 2022. Eu égard à ce qui a été dit aux points 3 et 4, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision

du 9 septembre 2022 doivent, en ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale, être regardées comme étant dirigées non pas contre cette dernière décision, mais contre la décision implicite du 7 décembre 2022.

En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :

8. Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. () ".

9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision

du 27 octobre 2022 prise par la commission de recours amiable, sur l'exercice du recours administratif préalable formé par Mme A, s'est, en ce qui concerne l'indu de prime d'activité, substituée à la décision du 9 septembre 2022. Eu égard à ce qui a été dit au point 3,

les conclusions tendant à l'annulation du 9 septembre 2022 doivent, en ce qui concerne cet indu, être rejetées comme irrecevables.

10. Il résulte de ce qui précède que, en ce qui concerne les indus de primes exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, la décision en litige est celle du 9 septembre 2022, qu'en ce qui concerne d'allocation de logement sociale, la décision en litige est la décision implicite de rejet du 7 décembre 2022 prise par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes, qu'en ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active, la décision en litige est la décision implicite de rejet du 7 décembre 2022 prise par le président du conseil départemental des Ardennes et, enfin, qu'en ce qui concerne l'indu de prime d'activité, la décision en litige est celle prise par la commission de recours amiable du

27 octobre 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département des Ardennes :

11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, une décision implicite de rejet prise par le président du conseil départemental des Ardennes est réputée être intervenue le 7 décembre 2022 en rejet du recours administratif préalable formé contre la décision lui réclamant le remboursement d'un indu de revenu de solidarité active. Le département des Ardennes n'est donc pas fondé à soutenir que Mme A aurait omis d'exercer, préalablement à la saisine du tribunal, le recours prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles et, par suite, la fin de non-recevoir opposée en ce sens doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale :

12. Aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation :

" I. - Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ; / () II. - Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. " Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. "

13. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige porte sur l'allocation de logement sociale qui a été versée à Mme A pour la période de septembre 2019 à mars 2022 au titre du logement qu'elle occupe à Charleville-Mézières. Alors que celle-ci produit des éléments dont il ressort que ce logement constitue sa résidence principale, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation, la caisse d'allocations familiales des Ardennes, qui s'est appropriée les conclusions du rapport d'enquête du 8 septembre 2022, estime qu'elle réside hors de France depuis le 1er juin 2019. Ces conclusions reposent sur l'aveu de Mme A suivant lequel elle entretient une relation avec une personne résidant à Namur en Belgique et sur ses relevés bancaires qui révèlent des opérations réalisées régulièrement en Belgique. Cependant, ces seules circonstances, dont la matérialité n'est pas contestée par la requérante, ne permettent pas, à elles seules, d'admettre que celle-ci ne résiderait pas effectivement en France, d'autant que la résidence principale est déterminée au regard de la durée de résidence dans le logement au titre duquel l'allocation de logement sociale est accordée et que la caisse d'allocations familiales des Ardennes n'apporte aucune précision sur les périodes pendant lesquelles elle estime que Mme A aurait résidé hors de France. Dans ces conditions, et alors que celle-ci soutient résider essentiellement à Charleville-Mézières auprès de ses deux enfants, elle est fondée à soutenir que l'indu en litige n'est pas justifié.

En ce qui concerne le bien-fondé des autres indus en litige :

14. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. " Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () ".

15. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. "

16. Il résulte des dispositions citées aux deux points précédant que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active et de la prime d'activité, le bénéficiaire doit notamment résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active et de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

17. Il résulte de l'instruction que des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité ont été mis à la charge de Mme A au titre des périodes courant respectivement de septembre 2019 à août 2022 et de septembre 2019 à mars 2021. Si la caisse d'allocations familiales des Ardennes estime que Mme A n'a pas sa résidence stable et effective en France, au sens des dispositions précitées des articles L. 842-1 du code de la sécurité sociale et L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, les éléments dont elle se prévaut en ce sens ne sont pas suffisamment précis pour déterminer si la durée de ses séjours hors de France excède trois mois, à défaut de quoi il lui est impossible d'en induire que Mme A ne remplirait pas la condition de résidence posée par ces mêmes dispositions. Dans ces conditions, et alors que Mme A soutient résider essentiellement à Charleville-Mézières auprès de ses deux enfants à sa charge, elle est fondée à soutenir que les indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité ne sont pas justifiés.

18. Dès lors que l'indu de revenu de solidarité active n'est pas justifié, il en découle que l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020, dont l'attribution est corrélée au bénéfice du revenu de solidarité active, ainsi que le prévoient les articles 3 du décret du 10 décembre 2019 susvisé et 3 du décret du 29 décembre 2020 susvisé, n'est pas non plus justifié. Il en va de même pour l'indu de l'aide exceptionnelle de solidarité, compte tenu de ce que le montant qui a été alloué à Mme A au titre de cette aide permet d'en déduire qu'elle l'a été en raison de sa qualité d'allocataire du revenu de solidarité active, ainsi que le prévoit le I de l'article 2 du décret du 5 mai 2020 susvisé.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé à l'appui de la requête, que la décision du 9 septembre 2022, en ce qui concerne les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, la décision du 27 octobre 2022, en ce qui concerne la prime d'activité, et les décisions implicites du 7 décembre 2022, en ce qui concerne les indus de revenu de solidarité active et d'allocation de logement sociale, doivent être annulées.

Sur les conclusions aux fins de décharge et d'injonction :

20. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, les divers indus mis à la charge de Mme A n'étant pas justifiés, celle-ci doit être déchargée de l'obligation de payer au département des Ardennes la somme de 20 671,44 euros, qui correspond à l'indu de revenu de solidarité active, et à la caisse d'allocations familiales des Ardennes la somme de

13 067,78 euros, qui correspond aux autres indus en litige.

21. En revanche, l'annulation des décisions portant récupération des indus en litige et la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes n'implique pas, pour satisfaire à l'exécution du présent jugement, qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales des Ardennes de régulariser la situation de Mme A au regard de ses droits à bénéficier des prestations auxquelles se rapportent l'ensemble des indus en litige. Par suite, de telles conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge respectivement de la caisse d'allocations familiales des Ardennes et du département des Ardennes la somme de

750 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 9 septembre 2022 et 7 décembre 2022 prises par la caisse d'allocations familiales des Ardennes, en ce qui concerne les indus d'allocation de logement sociale, de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2019 et 2020 et d'aide exceptionnelle de solidarité, la décision du 27 octobre 2022 prise par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales des Ardennes, en ce qui concerne l'indu de prime d'activité, et la décision du 7 décembre 2022 prise par le président du conseil départemental des Ardennes, en ce qui concerne l'indu de revenu de solidarité active, sont annulées.

Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme de 33 739,22 euros, correspondant au cumul des indus mentionnés à l'article 1er.

Article 3 : La caisse d'allocations familiales des Ardennes et le département des Ardennes verseront chacun à Mme A une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse d'allocations familiales des Ardennes, au département des Ardennes et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. CLe greffier,

Signé

A. PICOT

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