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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300421

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300421

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300421
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 février 2023, 28 janvier 2024 et 10 avril 2024, Mme C A demande au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aube a limité à la somme de 766,75 euros la remise gracieuse qui lui a été accordée sur un indu d'allocation de logement familiale qui a été mis à sa charge pour un montant de 3 067 euros.

Elle soutient que :

- l'indu en cause trouve son origine dans les informations qui lui ont été délivrées par les services de la caisse d'allocations familiales ;

- elle élève seul un enfant mineur et ses ressources suffisent difficilement à satisfaire les besoins du foyer.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 janvier 2024 et 8 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Aube conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A soit condamnée à lui rembourser son indu d'allocation de logement familiale dont le solde s'élève à la somme de 1 820,25 euros.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 10 avril 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube et tendant à la condamnation de Mme A au versement de la somme de 1 820,25 euros restant due dès lors que l'organisme payeur dispose de la procédure de contrainte pour le recouvrement de ses prestations.

Des observations présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube, en réponse à l'information précédente, ont été enregistrées le 17 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. B a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A s'est vue réclamer, par une décision du 18 décembre 2022, le remboursement d'un indu d'allocation de logement familiale pour un montant de 3 067 euros et, par une décision du 9 février 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Aube a limité la remise gracieuse sollicitée par l'intéressée sur cet indu à la somme de 766,75 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision en tant qu'elle lui refuse une remise gracieuse totale.

Sur la remise gracieuse de l'indu d'allocation de logement familiale :

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. " Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () La créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. À cet effet, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient qu'il lui soit accordé une remise ou une réduction de dette.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de logement familiale mis à la charge de Mme A et dont elle sollicite la remise gracieuse totale résulte de la prise en compte par la caisse d'allocations familiales de l'Aube de la pension alimentaire perçue au titre de l'année 2021, de la contradiction avec ses déclarations faites aux services fiscaux en ce qui concerne les frais professionnels et, enfin, des revenus professionnels perçus au titre de l'année 2020 en sa qualité de travailleuse indépendante. D'une part, les omissions déclaratives dont procède cet indu ne remettent pas en cause la bonne foi de Mme A qui a sollicité à plusieurs reprises les conseils de la caisse d'allocations familiales de l'Aube et celle-ci, en accordant une remise gracieuse partielle, l'a implicitement mais nécessairement admis. D'autre part, la caisse d'allocations familiales de l'Aube a estimé, en vue d'apprécier la capacité financière de Mme A à rembourser l'indu en cause, que celle-ci dispose, après déduction de ses charges, d'un revenu mensuel de 1 222,69 euros pour satisfaire aux charges de son foyer qui est composé d'elle-même et de son enfant mineur. Cependant, Mme A produit des éléments plus récents que ceux pris en considération par la caisse d'allocations familiales de l'Aube pour étayer cette évaluation et dont il ressort que sa situation financière s'est dégradée. À la lumière des échanges contradictoires entre les parties, il ressort que Mme A, après déduction de ses charges courantes, dispose d'environ 770 euros pour satisfaire aux besoins élémentaires des membres de son foyer. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de sa situation financière en lui accordant la remise de sa dette initiale à hauteur de deux tiers de celle-ci, laissant ainsi à sa charge la somme de 1 022,33 euros.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube :

5. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. "

6. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application des dispositions précitées de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Dans ces conditions, les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de l'Aube présentées en ce sens sont irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : L'indu d'allocation de logement familiale mis à la charge de Mme A est réduit à la somme de 1 022,33 euros.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales de l'Aube et tendant à la condamnation de Mme A à lui verser le solde de l'indu d'allocation de logement familiale sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la caisse d'allocations familiales de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. BLe greffier,

signé

A. PICOT

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