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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300621

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300621

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300621
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, Mme A D et M. B C demandent au tribunal d'annuler les décisions du 14 février 2023, par lesquelles la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Marne leur a refusé, d'une part, la remise de la somme de 1 072 euros correspondant au solde d'un indu d'aide personnelle au logement pour la période courant du 1er septembre au 31 décembre 2022, et, d'autre part, la remise totale de la somme de 140 euros correspondant à un indu de prime d'activité au titre de l'année 2022.

Ils soutiennent que :

- l'indu trouve son origine dans un renseignement erroné des services de la caisse d'allocations familiales ;

- le montant de la somme réclamée au titre de la prime d'activité est supérieur à celle qu'ils ont perçue ;

- la précarité de leur situation justifie qu'une remise totale de dette leur soit accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Castellani en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme D et M. C ont produit des pièces complémentaires le 2 juillet 2024.

Au cours de l'audience publique, Mme Castellani, magistrate désignée, a présenté son rapport.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et M. C ont sollicité le bénéfice de l'aide personnelle au logement pour un logement qu'ils occupent en concubinage, ainsi que le bénéfice de la prime d'activité, en se prévalant de leur qualité d'étudiants. Lors de la déclaration de leurs situations en janvier 2023, ils ont déclaré être apprentis depuis septembre 2022, de sorte que la caisse d'allocations familiales a remis en cause l'exonération de leurs salaires qu'elle avait appliquée en raison de leur statut d'étudiants, ce dont est résulté un indu de 1 072 euros d'allocation de logement sociale pour la période du 1er septembre au 31 décembre 2022 et de 140 euros de prime d'activité au titre du mois de décembre 2022. Mme D et M. C demandent l'annulation des décisions du 14 février 2023 rejetant la demande de remise totale de dette qu'ils avaient formée, d'une part, en remettant en cause le bien-fondé des indus et, d'autre part, sur le terrain gracieux.

Sur le bien-fondé des indus :

2. Si le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation d'une telle décision de refus, de l'illégalité de la décision de récupération, il est toutefois fondé à remettre en cause le bien-fondé de la décision de récupération lorsque, ayant saisi l'organisme d'une demande à cette fin et tendant à la remise gracieuse de l'indu, la caisse d'allocations familiales n'a pris de décision expresse que sur le terrain gracieux, rejetant ce faisant implicitement le surplus de sa demande.

3. Mme D et M. C peuvent être regardés comme remettant en cause l'illégalité de la décision de récupération d'indu d'allocation de logement sociale et de prime d'activité. Toutefois, en premier lieu, en se bornant à soutenir que c'est à tort que la neutralisation de leurs ressources n'a pas été opérée alors qu'apprentis, ils peuvent être assimilés à des étudiants, ils n'assortissent pas leur moyen des précisions en droit permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, la circonstance que l'indu litigieux trouve son origine dans un renseignement erroné des services de la caisse d'allocations familiales de la Marne, si elle est de nature à engager la responsabilité de l'administration, est sans incidence sur le bien-fondé de la décision de récupération d'indu.

5. En troisième lieu, les requérants soutiennent que le montant de la somme réclamée au titre de la prime d'activité est supérieur à celle qu'ils ont perçue. La caisse d'allocations familiales de la Marne fait valoir que la somme de 140 euros qui est réclamée à Mme D trouve son origine dans un versement effectué le 2 janvier 2023 de manière erronée au titre de décembre 2022, alors que le montant de 22,58 euros qui lui était dû au titre de ce mois lui avait déjà été versé le 29 décembre 2022. Alors que la requérante conteste avoir perçu cette somme, indiquant que seuls 22,58 euros lui ont été versés en janvier et février 2023, la caisse d'allocations familiales ne produit aucun document de nature à établir la réalité de ce versement indu. Par suite, Mme D et M. C sont fondés à soutenir que c'est à tort que la somme de 140 euros a été mise à leur charge et à demander l'annulation de la décision du 14 février 2023 en refusant la remise totale.

Sur le refus de remise gracieuse de l'indu d'aide personnelle au logement :

6. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, rendu applicable aux aides personnelles au logement en vertu des dispositions de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Tout paiement indu de prestations familiales peut, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, être récupéré par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. / () La créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

8. D'une part, Mme D et M. C soutiennent sans être contredits que la déclaration de leur situation en qualité d'étudiants a été opérée sur les informations d'un agent de la caisse d'allocations familiales de la Marne qui leur furent délivrées à l'occasion d'un entretien, de sorte que la tardiveté de leur déclaration de changement de statut en tant qu'apprentis, qui caractériserait de fausses déclarations, ne peut leur être opposée. Toutefois, et d'autre part, s'ils font valoir que la précarité de leur situation, eu égard aux charges qu'ils supportent de logement à Reims et de transports vers les entreprises au sein desquelles ils sont apprentis et qui sont situées à Charleville-Mézières et Sedan, fait obstacle au remboursement de leur dette, ils ne produisent aucun élément permettant d'apprécier leur situation financière, alors qu'il ressort de leurs déclarations de revenus effectuées sur la période de janvier à mars 2023 que chacun d'eux percevait des revenus mensuels s'élevant en moyenne à 1 500 euros. Dans ces conditions, et alors que les requérants ne font pas valoir de changements de leur situation qui seraient intervenus depuis lors, celle-ci ne justifie pas qu'une remise de leur dette résultant de l'indu d'aide personnelle au logement leur soit accordée, alors au demeurant que son remboursement intervient par paiements échelonnés de 224 euros.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus de remise gracieuse totale doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision refusant de remettre l'indû de prime d'activité d'un montant de 140 euros est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C et à la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-C. CASTELLANILa greffière,

Signé

A. DEFORGE

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