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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2300650

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2300650

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2300650
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP GOUTAL ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, complétée par des mémoires enregistrés le 23 juin 2023, le 17 septembre 2023 et le 22 décembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) de condamner l'Université de Reims Champagne-Ardenne à lui verser

une somme de 3 066,79 euros ou à titre subsidiaire une somme de 2 947,41 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'Université de Reims Champagne-Ardenne une somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'accroissement des contentieux durant la période de fermeture de l'établissement au cours de l'été 2020-2021, de l'été 2021-2022 et de l'été 2022-2023, de l'hiver 2019-2020 et de l'hiver 2021-2022, l'ont conduit à devoir assumer un travail effectif durant ses congés ;

- ces périodes de travail correspondent à des heures supplémentaires, ou à défaut à des heures de travail effectif ;

- le montant des préjudices correspondants, y compris la compensation des congés payés non pris, s'élève à 2 531,79 euros en se fondant sur la qualification d'heures supplémentaires, ou à défaut à 2 412,81 euros en se fondant sur le taux horaire ;

- le retrait irrégulier et illégal d'une journée de congés donnera lieu

à une indemnisation d'un montant de 135 euros ;

- l'absence de notification du compte-rendu de l'entretien professionnel

de l'année 2022 lui a fait perdre une chance de mobilité professionnelle dont l'indemnisation sera évaluée à 400 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 décembre 2023 et le 9 février 2024, l'Université de Reims Champagne-Ardenne, représentée par le cabinet Goutal, Alibert et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B

une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la réalité du travail effectué n'est pas établie ;

- les agents de catégorie A ne peuvent pas bénéficier d'heures supplémentaires ;

- le poste occupé par le requérant ne bénéficie pas du régime des astreintes ;

- le requérant n'établit pas avoir été désigné pour assurer une permanence ;

- pour l'année 2022, la journée de solidarité a été décomptée des jours

de réduction du temps de travail, et non des congés annuels ;

- aucun délai n'est imparti pour adresser à l'agent le compte-rendu d'entretien professionnel ;

- le requérant n'établit pas l'existence d'un préjudice ni du lien de causalité.

Par ordonnance du 14 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée

au 30 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2018-420 du 30 mai 2018 relatif à la compensation en temps ou à l'indemnisation des astreintes, des interventions et des permanences sur site effectuées par certains personnels en poste dans les services centraux relevant des ministères chargés de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, ainsi que dans les services déconcentrés et les établissements relevant du ministre de l'éducation nationale ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail ;

- l'arrêté du 15 janvier 2002 portant application du décret n° 2000-815

du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, président ;

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public ;

- les observations de M. B ;

- et les observations de Me Alibert pour l'Université de Reims Champagne-Ardenne.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée

le 19 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

Sur le paiement de sommes correspondant à un travail effectué par le requérant durant

ses congés :

1. M. B, ingénieur d'études titulaire exerce au sein de l'Université de Reims Champagne-Ardenne les fonctions de directeur adjoint des affaires juridiques, et a notamment pour mission la gestion des contentieux. A ce titre, il lui appartient notamment, selon ses dires, soit de rédiger des mémoires en défense devant les juridictions administratives, soit de fournir au cabinet d'avocats en charge d'autres dossiers les éléments permettant d'assurer la défense de l'université. Le requérant expose que les services administratifs de l'URCA étaient fermés dans le courant de l'été et pour la période de Noël, et que l'ensemble des agents administratifs se trouvaient dans l'obligation de prendre des congés durant ces périodes. Il demande la condamnation de l'URCA à lui verser une somme

de 2 531,79 euros, ou subsidiairement une somme de 2 412,81 euros au titre des heures travaillées au cours de ces périodes de congés durant les hivers 2019 et 2021 et durant les étés 2021, 2022 et 2023 afin d'apporter au cabinet d'avocat les éléments de fait nécessaires à l'élaboration des mémoires en défense pour l'URCA.

2. D'une part, aux termes de l'article 2 du décret du 30 mai 2018 susvisé : :

" Les personnels des services et établissements mentionnés à l'article 1er peuvent être appelés à participer à un service d'astreinte, à des interventions pendant les périodes d'astreintes donnant lieu à déplacements et à des permanences de travail sur site durant la semaine, la nuit, le samedi, le dimanche ou les jours fériés. Dans ces situations, ils peuvent bénéficier de la compensation en temps prévue par l'article 5 de l'arrêté du 15 janvier 2002 susvisé s'agissant des permanences et de la compensation prévue par l'article 9 du même arrêté s'agissant des astreintes, ou d'une indemnisation prévue par le présent décret. Le choix de la compensation en temps ou de l'indemnisation relève de l'autorité hiérarchique après avis de l'agent ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Pour chacune des catégories mentionnées à l'article 3, les activités donnant lieu à un service d'astreinte à domicile, à des interventions ou à des permanences sur site sont les activités visant à : / - assurer la continuité des services informatiques ; / - assurer des missions de logistique et de maintenance des systèmes d'information ; / - assurer des missions d'assistance informatique aux services notamment en cas d'incident ; / - assurer des opérations programmées en heure non ouvrable ; / - accomplir toute action de nature à garantir la continuité du service dans le cadre de la permanence de l'action gouvernementale ; / - assurer des missions de veille, d'alerte et d'appui à la gestion d'une situation de crise (). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 15 janvier 2002 visé ci-dessus : " Une astreinte peut être mise en place pour les besoins du service durant la semaine, la nuit, le samedi, le dimanche ou les jours fériés pour effectuer toutes opérations permettant, d'une part, d'assurer à titre exceptionnel la sécurité des personnes, des installations, des biens mobiliers et immobiliers et, d'autre part, d'assurer la continuité du fonctionnement des services techniques ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des échanges de mails produits

par le requérant, que celui-ci a travaillé durant les périodes de congés mentionnées au point 1, et le courrier du 7 mars 2023 par lequel l'URCA a rejeté sa demande préalable révèle

que ces interventions s'inscrivaient dans l'organisation du service. Elles ne peuvent toutefois pas être qualifiées d'astreintes ou de permanences au sens du décret du 30 mai 2018 dès lors qu'elles ne correspondent ni à des déplacements ou à des permanences sur sites visées par l'article 2 de ce décret et qu'elles ne relèvent pas non plus des activités listées à l'article 5 du même décret. De même, ces interventions ne visent pas à " assurer la continuité du fonctionnement des services techniques " et ne correspondent à aucune des autres opérations mentionnées par l'article 8 de l'arrêté du 15 janvier 2022, et ne relèvent ainsi pas non plus des astreintes instituées par ces dispositions. Toutefois, M. B peut être regardé comme demandant l'indemnisation de congés non pris. Cependant, et alors qu'il ne peut utilement invoquer le secret des correspondances avec l'avocat, et malgré les observations en défense de l'URCA qui confirment la réponse qui a été apportée à sa demande pécuniaire, il n'a précisé ni l'urgence qu'il y aurait eu à traiter ces dossiers durant ses périodes de congés, ni la teneur des échanges avec le cabinet d'avocat, la durée de trois heures par dossier sur le fondement de laquelle est calculée la demande d'indemnisation ne résultant ainsi que de ses propres déclarations sans être justifiée. Dans ces conditions, cette demande doit être rejetée.

Sur la demande d'indemnisation de la journée de solidarité au titre de l'année 2022 :

5. L'article L. 3133-7 du code du travail dispose que : " La journée de solidarité instituée en vue d'assurer le financement des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées prend la forme 1° d'une journée supplémentaire de travail non rémunérée pour les salariés ". L'article 6 de la loi du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l'autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées prévoit que : " Pour les fonctionnaires et agents non titulaires relevant de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat () la journée de solidarité mentionnée à l'article L. 3133-7 du code du travail est fixée dans les conditions suivantes : () - dans la fonction publique de l'Etat, par un arrêté du ministre compétent pris après avis du comité technique paritaire ministériel concerné. / Dans le respect des procédures énoncées aux alinéas précédents, la journée de solidarité peut être accomplie selon les modalités suivantes : / 1° Le travail d'un jour férié précédemment chômé autre que le 1er mai ; / 2° Le travail d'un jour de réduction du temps de travail tel que prévu par les règles en vigueur ; / 3° Toute autre modalité permettant le travail de sept heures précédemment non travaillées, à l'exclusion des jours de congé annuel. ".

6. Ces dispositions s'opposent à ce que la journée de solidarité prenne la forme de la suppression d'un jour de congé. Il résulte de l'instruction, et notamment des données extraites du logiciel de gestion des congés utilisé par l'URCA, non seulement que la journée du 6 juin 2022, correspondant au lundi de Pentecôte, est répertoriée comme " congés payés ", mais fait l'objet d'un commentaire ajouté manuellement indiquant " congés obligatoires ". Dans ces conditions, l'URCA n'est pas fondée à soutenir que la mention " congés payés " ne résulterait que d'un paramétrage du logiciel qui ne permettrait pas de distinguer les jours de congés des jours d'aménagement et de réduction du temps de travail, alors de surcroit

qu'une circulaire du 27 septembre 2022 a précisé, pour l'année 2022-2023, que " à l'instar des années précédentes, la journée de solidarité sera obligatoirement effectuée en déposant

un jour de congé annuel ". Cette illégalité fautive n'a toutefois causé aucun préjudice

à M. B, dès lors que si une journée de congé lui a été décomptée à tort, il a par ailleurs bénéficié d'une journée supplémentaire d'aménagement et de réduction du temps de travail.

Sur la perte de chance de bénéficier d'une mobilité professionnelle :

7. M. B a cherché, à compter du début de l'année 2023, à obtenir

un détachement dans une autre administration. Il expose qu'alors que les comptes-rendus des entretiens professionnels des trois dernières années étaient demandés dans le cadre du dossier de demande de détachement, l'absence de signature de ce document établi à la suite de l'entretien organisé en 2022 par le notateur de second niveau a fait obstacle à ce que

sa candidature soit retenue, et qu'il a ainsi perdu une chance d'obtenir un détachement.

Si la délivrance de ce document complet n'est enserrée dans aucun délai contraint, l'URCA, qui a été sollicitée à plusieurs reprises par le requérant, ne le lui a pas remis dans un délai raisonnable. Au vu des pièces produites, ces documents ne lui ont été demandés qu'en vue du détachement de l'intéressé auprès d'une part de la direction départementale des territoires de la Marne et d'autre part du ministère des armées, et l'absence de ce document n'a pas fait obstacle à ce que le requérant soit reçu en entretiens à l'issue desquels un accord de principe a été donné à son détachement. Il ne résulte pas de l'instruction que ces administrations auraient pris l'initiative de s'opposer à ce détachement au motif que le compte-rendu d'entretien professionnel n'avait pas été produit. Par suite, la demande d'indemnisation de la perte de chance alléguée doit être écartée.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'URCA, qui n'est pas partie perdante

dans la présente instance, la somme que demande M. B à ce titre. Dans

les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée à ce titre par l'URCA.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Université de Reims Champagne-Ardenne

sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A B et à l'Université de Reims Champagne-Ardenne.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Amelot, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le conseiller le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

signé

F. AMELOT

Le président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne

les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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