vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301145 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. A D fait opposition à la contrainte émise le 22 septembre 2022 par la caisse d'allocations familiales des Ardennes pour le recouvrement d'un indu d'allocation de logement familiale et d'une pénalité administrative qui ont été mis à sa charge, solidairement avec sa concubine, pour une somme globale de 10 427,99 euros.
Il soutient que :
- il n'a pas été averti du contrôle effectué par les services de la caisse d'allocations familiales des Ardennes ;
- il n'a jamais été informé de cet indu autrement que par une mise en demeure à laquelle il a réagi en adressant à la caisse d'allocations familiales des Ardennes un courrier recommandé qui n'a donné lieu à aucune réponse ;
- il n'a jamais perçu aucune prestation de la part de la caisse d'allocations familiales des Ardennes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, la caisse d'allocations familiales des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que :
- l'opposition à contrainte en tant qu'elle se rapporte au recouvrement de la pénalité infligée sur le fondement de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale est présentée devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- l'opposition à contrainte en tant qu'elle se rapporte au recouvrement de l'indu d'allocation de logement familiale est tardive, dès lors qu'une précédente contrainte ayant le même objet a été valablement signifiée à M. D le 28 septembre 2022 et qu'elle comportait la mention des délais et voies de recours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné, sur le fondement de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. C a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. D forme opposition à la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales des Ardennes le 22 septembre 2022 pour le recouvrement d'un indu d'allocation de logement familiale et d'une pénalité administrative infligée sur le fondement de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale dont la somme globale de 10 427,99 euros a été mise à la charge solidaire de Mme B et de lui-même, en sa qualité de concubin.
Sur la contrainte en tant qu'elle porte sur la pénalité administrative :
2. Aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative. ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la pénalité administrative prononcée sur le fondement de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale relève de la compétence du tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire. Par suite, l'opposition à contrainte, en tant qu'elle porte sur cette pénalité doit être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
4. Aux termes de l'article 32 du décret du 27 février 2015 susvisé : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ". Aux termes de l'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, que : " Le tribunal judiciaire territorialement compétent est celui dans le ressort duquel demeure le demandeur. () ".
5. En application des dispositions citées au point précédent et de celles des tableaux IV et VIII-III annexés au code de l'organisation judiciaire, il y a lieu de transmettre les conclusions relatives à la pénalité administrative au tribunal judiciaire de Charleville-Mézières, dès lors que M. D est domicilié à Evigny dans les Ardennes.
Sur la contrainte en tant qu'elle porte sur l'indu d'allocation de logement familiale :
6. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : / () 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; () ". Aux termes de l'article R. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. "
7. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. " Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. () ".
8. Sauf texte contraire, les délais de recours devant les juridictions administratives sont, en principe, des délais francs, leur premier jour étant le lendemain du jour de leur déclenchement et leur dernier jour étant le lendemain du jour de leur échéance, et les recours doivent être enregistrés au greffe de la juridiction avant l'expiration du délai. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, applicables également au contentieux général de la sécurité sociale, qui relève des juridictions judiciaires, que, ainsi que cela est le cas devant ces juridictions en vertu des articles 642 et 668 du code de procédure civile, l'opposition à contrainte doit seulement être " adressée " à la juridiction compétente, c'est-à-dire expédiée en cas d'envoi postal, avant le terme du délai de quinze jours à compter de la signification de la contrainte, qui n'est pas un délai franc mais seulement susceptible de prorogation jusqu'au premier jour ouvrable suivant s'il expire normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé.
9. D'une part, la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales des Ardennes à l'endroit de Mme B, et M. D a été signifiée à l'adresse commune où résident ces derniers par un courrier recommandé avec accusé de réception. À cet égard, et compte tenu de ce que les rapports d'enquête réalisés par la caisse d'allocations familiales des Ardennes les 17 juillet 2020 et 1er février 2022 révèlent que M. D vit en concubinage avec Mme B, la question de déterminer la personne à laquelle a été remis le pli postal est sans incidence, dès lors qu'une notification faite au concubin est valablement effectuée à l'égard de l'autre concubin. Ainsi, dès lors que le pli postal a été délivré le 28 septembre 2022, ainsi qu'en atteste l'accusé de réception produit en défense, la contrainte doit, en toute hypothèse, être regardée comme ayant été valablement signifiée à M. D à cette dernière date, sans qu'il y ait lieu de déterminer si la signature apposée sur l'accusé de réception est la sienne ou celle de sa concubine.
10. D'autre part, la contrainte en litige mentionnait les délais et voies de recours. Il en résulte que M. D disposait d'un délai de quinze jours à compter du 28 septembre 2022 pour former opposition à cette contrainte. Or, sa requête valant opposition à contrainte a été adressée au tribunal par un pli postal qui, compte tenu de la date indiquée sur la requête, n'a pu être expédié avant le 15 mai 2023. La circonstance que, postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, la caisse d'allocations familiales des Ardennes a fait procéder à une nouvelle signification par voie d'huissier n'a pu avoir pour effet de faire courir de nouveau ce délai à l'égard de M. D. Ainsi, ses conclusions dirigées contre la contrainte en litige sont tardives et, par suite, elles doivent être rejetées comme irrecevables.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. D relatives à la pénalité administrative sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions mentionnées à l'article 1er sont transmises au tribunal judiciaire de Charleville-Mézières.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président du tribunal judiciaire de Charleville- Mézières, à M. A D et à la caisse d'allocations familiales des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. CLe greffier,
signé
A. PICOT
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