jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301489 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
| Avocat requérant | CTB AVOCATS ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 17 février 2023 enregistrée au greffe du tribunal administratif le 4 juillet 2023, la vice-présidente du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, a transmis au tribunal administratif la requête présentée pour Mme B A.
Par une requête enregistrée le 13 février 2023 au greffe du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, complétée par un mémoire enregistré le 12 juin 2024, Mme C, représentée par Me Blanchetiere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
2°) de lui attribuer le bénéfice d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " ;
3°) à titre subsidiaire d'ordonner avant dire droit une expertise médicale ;
4°) de mettre à la charge de la Maison des personnes handicapées de la Marne la somme de 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- qu'elle est atteinte d'une histiocytose langerhansienne et d'un diabète insipide qui la conduit notamment à être désorientée et à ne pas garantir sa sécurité sur la voie publique ;
- sa mère l'aide dans ses démarches administratives, médicales et les tâches ménagères ;
- elle bénéficie de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ;
- un taux d'incapacité de 80% lui a été reconnu par décision du Tribunal du Contentieux de l'Incapacité en date du 17 mai 2018 pour une durée de cinq ans ;
- un recours a été formé contre la décision de la MDPH fixant son taux d'invalidité à moins de 80%.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est tardive et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- l'arrêté du 3 janvier 2017 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deschamps, magistrat désigné,
- et les observations de Me Lebaad, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 15 heures 15, après les observations de Me Lebaad.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu des dispositions combinées de l'article L. 241-6, de l'article L. 146-9
et du 3° du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, le président
du conseil départemental, au vu de l'appréciation de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, attribue, à titre définitif ou pour une durée déterminée, la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " à toute personne physique atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements.
2. Les critères d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement définis, conformément au IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, par l'arrêté du 3 janvier 2017 visé ci-dessus, sont les suivants : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou / - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. / S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. / 3. Dispositions communes : / La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. / Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ".
3. Aux termes de l'article R. 241-17-1 du code de l'action sociale et des familles :
" Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental. / Ce recours préalable comprend une lettre de saisine et une copie de la décision contestée ou, lorsqu'elle est implicite, une copie de l'accusé réception de la demande ayant fait naître cette décision. La lettre de saisine peut exposer les motifs de la contestation et les éléments insuffisamment ou incorrectement pris en compte. / Ce recours préalable est examiné selon les mêmes modalités que la demande initiale. Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'auteur de la décision, à partir de la date à laquelle le recours préalable obligatoire a été présenté auprès du président du conseil départemental, vaut décision de rejet de la demande ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant d'attribuer
une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non pas de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais de se prononcer lui-même sur les droits de l'intéressé en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit attribuée la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ".
5. Mme A demande l'annulation de la décision du 14 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental de la Marne a rejeté son recours préalable obligatoire contre la décision par laquelle la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Marne a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées ".
6. A la date du 13 février 2023 à laquelle la présente requête a été enregistrée au greffe du tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, la décision attaquée, dont le département n'établit au demeurant pas la date de notification, était intervenue depuis moins de deux mois. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
7. Il résulte de l'instruction que la requérante souffre d'histiocytose langerhansienne et de diabète insipide qui engendre des troubles cognitifs nécessitant l'assistance d'une tierce personne pour ses déplacements à l'extérieur. Ainsi, Mme A satisfait à l'un des critères permettant la délivrance de la carte sollicitée. Par suite, il y a lieu de lui délivrer cette carte.
8. Dès lors que la décision attaquée émane du département de la Marne, les conclusions tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la Maison Départementale des Personnes Handicapées de la Marne une somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : La carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à Mme A.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Marne.
Copie en sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. DESCHAMPSLa greffière,
signé
I. ROLLAND
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