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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2301515

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2301515

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2301515
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL KOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 juillet 2023 et 26 avril 2024 sous

le n° 2301515, M. A C B, représenté par Me Bernard, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 16 décembre 2022 de la directrice des affaires médicales du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains ;

2°) de condamner cet établissement de santé à lui verser les sommes de 22 427,44 euros et 11 100,43 euros correspondant au délai de préavis de deux mois et à l'indemnité de précarité ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains la somme

de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 16 décembre 2022 est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la consultation pour avis du président de la commission médicale d'établissement ;

- la fin de la relation contractuelle est due à la volonté de l'hôpital de ne pas renouveler son contrat ;

- elle ne pouvait être fondée sur des résultats insuffisants dès lors que son absence est due à son état de santé médicalement justifié et qu'il n'a jamais été reconnu inapte ;

- il a toujours donné satisfaction ;

- le non-respect du délai de prévenance de deux mois fixé par son contrat est fautif et donnera lieu à la condamnation du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains à lui verser

la somme de 22 427,44 euros représentant deux mois de rémunération ;

- il a droit à l'indemnité de précarité pour un montant de 11 100,43 euros.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 30 janvier et 23 février 2024, le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains, représenté par Me Uzel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 mai 2024 par une ordonnance du 7 mai précédent.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 novembre 2023 et 26 avril 2024 sous le n° 2302550, M. A C B, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains à lui verser les sommes de 22 427,44 euros, 11 100,43 euros et 3 701,99 correspondant au délai de préavis de deux mois, à l'indemnité de précarité et à la régularisation indue de la part variable de sa rémunération ;

2°) de mettre à la charge de cet établissement de santé la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 16 décembre 2022 est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée de la consultation pour avis du président de la commission médicale d'établissement ;

- la fin de la relation contractuelle est due à la volonté de l'hôpital de ne pas renouveler son contrat ;

- elle ne pouvait être fondée sur des résultats insuffisants dès lors que son absence est due à son état de santé médicalement justifié et qu'il n'a jamais été reconnu inapte ;

- il a toujours donné satisfaction ;

- le non-respect du délai de prévenance de deux mois fixé par son contrat est fautif et donnera lieu à la condamnation du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains à lui verser

la somme de 22 427,44 euros représentant deux mois de rémunération ;

- il a droit à l'indemnité de précarité pour un montant de 11 100,43 euros ;

- il avait droit au maintien de sa part variable et l'hôpital devra lui verser la somme de 3 701,99 euros.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 30 janvier et 23 février 2024, le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains, représenté par Me Uzel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de la santé publique ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, médecin généraliste, a été recruté par le centre hospitalier

de Bourbonne-les-Bains en contrat à durée déterminée d'un an à compter du 10 septembre 2018 en qualité de clinicien hospitalier et affecté dans le service de médecine physique et de réadaptation fonctionnelle du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains. Ce contrat a été régulièrement renouvelé pour la même durée jusqu'au 10 septembre 2022, l'hôpital ayant refusé de le renouveler par une décision du 2 septembre précédent. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. B demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 16 décembre 2022 de la directrice des affaires médicales et, d'autre part, de condamner cet établissement de santé à lui verser les sommes

de 22 427,44 euros au titre de la méconnaissance du délai de prévenance, 11 100,43 euros correspondant à l'indemnité de précarité et 3 701,99 euros représentant le montant recouvré à tort de la part variable de son régime indemnitaire.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 16 décembre 2022 :

2. La décision de la directrice des affaires médicales du centre hospitalier

de Bourbonne-les-Bains du 16 décembre 2022 a eu pour seul effet de lier

le contentieux à l'égard de l'objet de la demande indemnitaire et pécuniaire formulée par

M. B dans son courrier du 18 novembre 2022. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence

sur la solution du litige. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique en vigueur

à la date du dernier contrat conclu par M. B : " Le personnel des établissements publics de santé comprend, outre les agents relevant de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, les personnels enseignants et hospitaliers mentionnés à l'article L. 952-21 du code de l'éducation et les personnels mentionnés à l'article L. 6147-9 qui y exercent : / () 3° Des médecins () recrutés par contrat sur des emplois présentant une difficulté particulière à être pourvus () ". Aux termes de l'article R. 6152-700 du même code : " Les dispositions de la présente section [section 7] demeurent applicables aux seuls praticiens recrutés en application du 3° de l'article L. 6151-1 en fonction à la date de publication du décret n° 2022-135 du 5 février 2022 relatif aux nouvelles règles applicables aux praticiens contractuels ".

En ce qui concerne les conclusions indemnitaires liées à la méconnaissance du délai

de prévenance :

4. Aux termes de l'article R. 6152-704 du code de la santé publique : " Le contrat de recrutement est un contrat administratif. Il est passé par écrit () ". Aux termes de l'article R. 6152-705 du même code : " En cas de non-renouvellement par l'une ou l'autre des parties au contrat, le préavis est de deux mois ".

5. Il résulte de l'instruction que la décision de non-renouvellement du contrat à durée déterminée d'un an arrivant à échéance le 10 septembre 2022 de M. B, datée

du 2 septembre 2022, a été portée à la connaissance de l'intéressée le 6 septembre suivant, soit en méconnaissance du délai de prévenance de deux mois applicable à sa situation. Un tel manquement est constitutif d'une faute susceptible d'engager la responsabilité du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains.

6. M. B soutient que l'information tardive du non-renouvellement de son contrat l'a privé de la possibilité d'accomplir des démarches visant à retrouver un poste tout en continuant à être rémunéré et que ce préjudice doit être indemnisé à la somme

de 22 427,44 euros représentant deux mois de salaire au regard de ce qu'il percevait en temps normal. Il résulte de l'instruction que M. B était en congé de maladie

jusqu'au 14 septembre 2022 et n'a retrouvé un poste qu'à compter du 24 octobre suivant. Compte tenu de sa rémunération antérieure telle qu'elle résulte de son bulletin de salaire du mois de mars 2022 et de la durée s'étant écoulée avant qu'il n'obtienne un nouveau poste, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le requérant en l'évaluant à la somme

de 5 500 euros.

En ce qui concerne les conclusions tendant au remboursement de la somme

de 3 701,99 euros relative à la part variable de sa rémunération :

7. Aux termes de l'article R. 6152-709 du code de la santé publique :

" La rémunération des praticiens recrutés sur le fondement du 3° de l'article L. 6152-1 comprend : / 1° Une part fixe, déterminée par référence aux émoluments des praticiens hospitaliers ; / 2° Une part variable subordonnée à la réalisation des engagements particuliers et des objectifs prévus au contrat () ".

8. Le montant de la part variable de rémunération prévue par les dispositions précitées, qui est attaché à l'exercice des fonctions, peut être modulé en fonction de l'accomplissement d'engagements particuliers et de l'atteinte des objectifs fixés au contrat. D'une part, il résulte de l'instruction que M. B, indépendamment de sa volonté, a été placé en congé de maladie en raison d'un accident de la circulation en se rendant sur son lieu de travail depuis Epinal à compter du 24 juin 2021 jusqu'au 2 août 2021, puis du 15 septembre 2021

au 14 septembre 2022. D'autre part, les stipulations de son dernier contrat prévoyaient

le versement de la part variable sous la forme d'un acompte mensuel et que le montant définitif annuel était arrêté par le directeur délégué du centre hospitalier à l'issue d'une évaluation des résultats annuels du praticien au cours de l'entretien d'évaluation. Il ne résulte pas de l'instruction que cet entretien aurait été réalisé. Dans ces conditions, et en l'absence d'éléments permettant d'apprécier le montant réévalué de la part variable pour tenir compte des périodes durant lesquelles M. B a été placé en congé de maladie, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains au remboursement à l'intéressé

de la somme de 3 701,99 euros.

En ce qui concerne les conclusions tendant au paiement d'une indemnité de fin

de contrat :

9. Aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail, rendu applicable aux praticiens contractuels recrutés en vertu des dispositions législatives citées au point 3 par le truchement de celles de l'article R. 6152-712 du code de la santé publique : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. / Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. / Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant. ".

10. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'au terme d'un contrat de travail à durée déterminée la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée,

le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. La circonstance qu'un contrat à durée déterminée soit suivi par un autre contrat de même nature est sans incidence sur l'exigibilité de cette indemnité. Cette dernière est alors assise, pour chaque contrat, sur la rémunération totale brute versée du début jusqu'à la fin de ce contrat.

11. En vertu de ces dispositions, M. B a droit à 10% de l'ensemble des sommes brutes qu'il a perçues à titre de rémunération entre le 10 septembre 2018 et le 9 septembre 2022. Il y a donc lieu de condamner l'hôpital à réparer le préjudice financier constitué par l'absence de perception de cette indemnité. L'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer précisément le montant de l'indemnité due à M. B à ce titre, il y a lieu de renvoyer ce dernier devant le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains pour liquidation de cette indemnité rémunération, dans la limite de 28 027,87 euros correspondant à la différence entre le montant total des prétentions de l'intéressé et les indemnisations accordées aux points 6 et 8 du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante

dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains est condamné à verser à M. B

la somme de 9 201,99 euros.

Article 2 : M. B est renvoyé devant le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains pour qu'il soit procédé à la liquidation de l'indemnité à laquelle il a droit au titre du préjudice financier constitué par l'absence de perception de l'indemnité de précarité dans les conditions décrites au point 11 du jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Bourbonne-les-Bains versera à M. B la somme

de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au centre hospitalier

de Bourbonne-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

P.H. MALEYRELe président,

Signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

Signé

A. PICOT

Nos 2301515, 2302550

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