mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2301585 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THÉMIS AVOCATS ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. A C, représenté par
Me Ciaudo et Me Hebmann de l'AARPI Thémis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros, assortie des intérêts,
eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices qu'il soutient avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat, en ayant prononcé illégalement une sanction de cinq jours de placement en cellule disciplinaire annulé par le jugement n° 2102500 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne en date du 10 janvier 2023 ;
- la faute commise résulte de la composition irrégulière de la commission, de la violation des droits de la défense, de l'absence de matérialité des faits et de la disproportion de la sanction ;
- il a subi un préjudice du fait de l'illégalité fautive de cette décision, dès lors qu'il a été illégalement placé en cellule disciplinaire pendant cinq jours ; la réparation du préjudice subi est évaluée à 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, le ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Michel Soistier,
- et les conclusions de Mme Stéphanie Lambing, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, alors qu'il était écroué à la maison centrale de Clairvaux, a fait l'objet, par une décision du 18 janvier 2021 prise par la commission de discipline, d'un placement en cellule disciplinaire pour une durée de cinq jours. Par un jugement n° 2102500 du
10 janvier 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé cette sanction pour irrégularité dans la composition de la commission de discipline. M. C a, le
26 janvier 2023, formé une demande indemnitaire qui a été rejetée par une décision en date du 30 mars 2023 par l'administration pénitentiaire. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d'une procédure régulière.
3. M. C a fait l'objet d'une sanction de cinq jours de mise en cellule disciplinaire, à compter du 18 janvier 2021, par une décision du président de la commission de discipline de la maison centrale de Clairvaux en date du même jour.
4. Il résulte de l'instruction et notamment du compte rendu d'incident du 14 janvier 2021, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que M. C a tenu des propos offensants et eu un comportement agressif à l'encontre du moniteur de sport. Si M. C se prévaut des témoignages de codétenus pour établir que les faits ne sont pas établis, ceux-ci ne sont pas suffisamment circonstanciés et surtout, il ressort des pièces du dossier que M. C incitait les codétenus à s'en prendre au moniteur de sport et qu'il tenait des propos d'une grande virulence à l'encontre de ce dernier. Le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits doit donc être écarté.
5. De plus, il résulte des articles R. 57-7-1 et R. 57-7-47 du code de procédure pénale, alors en vigueur, que la tenue d'insultes ou de propos outrageants constitue une sanction du
1er groupe pouvant conduire à une mise en cellule disciplinaire ne pouvant dépasser 20 jours. Or, M. C est un détenu qui a fait l'objet d'une quarantaine de sanctions disciplinaires depuis le début de son incarcération. Ainsi, la sanction de cinq jours n'était pas disproportionnée et la sanction fondée.
6. Ainsi, malgré l'annulation de la sanction pour vice de procédure par le tribunal de céans, la sanction aurait pu être légalement prise par l'administration, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, dans le cadre d'une procédure régulière. En outre, cette sanction aurait pu être reprise, purgée du vice de procédure. Il s'ensuit que même si l'administration a commis une faute résultant de l'irrégularité de la procédure tirée de la composition de la commission de discipline, M. C ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre l'illégalité fautive commise par l'administration pénitentiaire née du vice de procédure précitée ni le préjudice financier invoqué. Il en est de même, à les supposer fondés, des autres moyens de légalité externe invoqués par le requérant à l'encontre de la décision du
18 janvier 2021. Enfin, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, que la décision n'était pas entachée d'illégalité interne. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à demander au tribunal la condamnation de l'Etat.
7. Il résulte tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de la justice.
Copie en sera adressée pour information au directeur de la maison centrale de Clairvaux et au directeur interrégional des services pénitentiaires Grand Est.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sylvie Mégret, présidente,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
M. B
La présidente,
S. MEGRET
La greffière,
N. MASSON
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