jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302055 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 9 septembre 2023 sous le n°2302055 complétée par un mémoire enregistré le 24 septembre 2023, Mme C A épouse D demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 17 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Marne lui a notifié un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant de 2 799,03 euros et, d'autre part, la décision du 17 octobre 2023 par laquelle la commission des recours amiable a rejeté son recours contre cette décision ainsi que sa demande de remise gracieuse de cet indu.
Elle soutient que
- les pensions alimentaires, qui n'ont pas fait l'objet d'un jugement mais résultent d'un arrangement amiable avec son mari et qui correspondent à de faibles montants, n'ont pas été versées de manière régulière
- elle est sans activité avec des enfants à charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, la caisse d'allocations familiales de la Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la défense des décisions concernant le revenu de solidarité active incombe au département de la Marne, que la requérante n'a fait état d'aucune pension alimentaire dans ses déclarations pour la période d'août 2021 à octobre 2022, qu'elle ne s'est prévalue du caractère irrégulier et limité de ces versements qu'après la notification d'un indu alors qu'elle n'en avait pas fait état devant le juge aux affaires familiales et que ce n'est pas établi par les relevés bancaires produits, et que les déclarations de pensions alimentaires coïncident avec le début de sa vie maritale avec M. B, ce qui la rendait inéligible au revenu de solidarité active et à la prime d'activité.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'a pas compétence pour défendre concernant la prime d'activité ;
- la requête est irrecevable faute de mention d'un recours administratif préalable obligatoire alors que celui-ci a été implicitement rejeté ;
- subsidiairement, la requérante a failli à ses obligations déclaratives, et le caractère limité ou irrégulier des pensions alimentaires reçues ne ressort pas des documents produits.
II - Par une requête enregistrée le 18 février 2024 sous le n°2400415, Mme C A épouse D demande au tribunal d'annuler, d'une part, la décision du 17 mai 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Marne lui a notifié un indu de revenu de solidarité active et de prime d'activité d'un montant de 2 799,03 euros et, d'autre part, la décision du 17 octobre 2023 par laquelle la commission des recours amiable a rejeté son recours contre cette décision ainsi que sa demande de remise gracieuse de cet indu.
Elle soutient que
- les pensions alimentaires, qui n'ont pas fait l'objet d'un jugement mais résultent d'un arrangement amiable avec son mari et qui correspondent à de faibles montants, n'ont pas été versées de manière régulière
- elle est sans activité avec des enfants à charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, la caisse d'allocations familiales de la Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la défense des décisions concernant le revenu de solidarité active incombe au département de la Marne, que la requérante n'a fait état d'aucune pension alimentaire dans ses déclarations pour la période d'août 2021 à octobre 2022, qu'elle ne s'est prévalue du caractère irrégulier et limité de ces versements qu'après la notification d'un indu alors qu'elle n'en avait pas fait état devant le juge aux affaires familiales et que ce n'est pas établi par les relevés bancaires produits, et que les déclarations de pensions alimentaires coïncident avec le début de sa vie maritale avec M. B, ce qui la rendait inéligible au revenu de solidarité active et à la prime d'activité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2302055 et 2400415 concernent la même allocataire et sont relatives aux mêmes indus. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
2. Mme A épouse D, bénéficiaire du revenu de solidarité et de la prime d'activité, s'est séparée de son mari. Par décision du 17 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de la Marne lui a notifié un indu d'un montant total de 2 799,03 euros en relevant qu'elle avait omis de déclarer les sommes reçues de son mari à titre de pensions alimentaires. Cette somme correspond à un indu de revenu de solidarité active majoré d'un montant de 1 200,01 euros pour la période de novembre 2021 à juin 2022, à un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 400 euros pour la période de juillet 2022 à janvier 2023 et à un indu de prime d'activité d'un montant de 188,02 euros pour la période de novembre 2022 à janvier 2023. Par un courrier du 2 juin 2023, Mme A épouse D a contesté ces indus et en a demandé la remise gracieuse. Par une décision du 17 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Marne a rejeté son recours préalable obligatoire contre l'indu de prime d'activité et a rejeté la demande de remise gracieuse correspondante. La caisse d'allocations familiales a transmis au département de la Marne les demandes relatives au revenu de solidarité active qui ont été rejetées par une décision implicite. Mme A épouse D doit être regardée comme demandant d'une part l'annulation des décisions rejetant ses recours administratifs préalables obligatoires contre les décisions d'indu et d'autre part l'annulation des décisions rejetant ses demandes de remise gracieuse.
Sur les indus en litige :
3. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
4. D'autre part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.
5. Lorsque l'un des organismes mentionnés aux points 3 et 4 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès du département ou de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. Il résulte de l'instruction que Mme A épouse D a exercé le 2 juin 2023 un recours contre l'ensemble des indus qui lui avaient été notifiés. Ce recours a été transmis par la caisse d'allocations familiales au département de la Marne pour ce qui concerne le revenu de solidarité active. Ce dernier l'a implicitement rejeté. La requérante, qui ne pouvait mentionner dans sa requête une décision implicite dont elle n'avait pas été informée, doit être regardée comme en demandant l'annulation. Par ailleurs, le recours qu'elle a exercé contre les décisions d'indu a été produit à l'instance, et le département indique qu'il a été reçu le 8 juin 2023. Dans ces conditions, les fins de non-recevoir tirées de l'absence de conclusions dirigées contre la décision implicite rejetant son recours administratif préalable et de l'incertitude quant à l'existence et à la date d'une telle décision doivent être écartées.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'origine des indus en cause se trouve dans l'omission de déclaration de pensions alimentaires reçues de son mari. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette pension alimentaire résulte non pas d'un accord entre les époux mais d'une décision de justice, le juge aux affaires familiales ayant fixé la contribution du père à 100 euros par mois pour chacun des deux enfants concernés par une ordonnance du 13 octobre 2022. Mme A épouse D soutient cependant que ces pensions alimentaires ont été versées irrégulièrement par son mari pour des montants inférieurs. Elle produit à cet effet une attestation de sa banque récapitulant les virements reçus de la part de son mari. Ce document permet d'identifier le versement d'une pension alimentaire pour des montants de 200 euros le 4 novembre 2022 et le 4 janvier 2023 et pour des montants de 100 euros les 18 octobre 2022, 6 février 2023, 5 avril 2023, 12 mai 2023 et 6 juin 2023. Le caractère probant de ce document n'est pas remis en cause par le fait que la requérante n'a pas mentionné au juge aux affaires familiales des paiements qui ne correspondent pas à l'intégralité de la pension alimentaire due ni en raison de ce qu'elle n'a pas engagé de démarche pour obtenir les sommes manquantes. Ces virements correspondent à des versements réguliers pour un montant total de 500 euros pour ceux qui correspondent aux périodes pour lesquelles ont été notifiés les indus en cause, alors que l'administration a retenu une omission déclarative de 200 euros par mois pour chacun des mois d'octobre 2022 à janvier 2023. Le montant des ressources à prendre en compte doit ainsi être diminué de 300 euros pour l'ensemble de ces quatre mois. Il appartiendra à l'administration de prendre en compte cette diminution pour procéder au calcul du montant de l'indu, les décisions rejetant le recours contre ces indus devant être annulées dans cette mesure.
Sur la demande de remise gracieuse des indus :
8. Lorsqu'un organisme décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, l'organisme peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
10. Il résulte de l'instruction que les indus en cause trouvent leur origine dans une omission par la requérante de déclarer les pensions alimentaires reçues de son ex-mari. Au vu du caractère répété de ces omissions qui concernent des sommes dont il ne fait pas de doute qu'elles devaient être déclarées comme ressources, la bonne foi de la requérante ne peut être retenue. Par suite, Mme A épouse D n'est pas fondée à demander une remise gracieuse de sa dette.
D E C I D E :
Article 1er : Le montant des ressources à prendre en compte pour le calcul du montant des indus pour la période d'octobre 2022 à janvier 2023 est diminué de 300 euros.
Article 2 : Mme A épouse D est renvoyée devant l'administration pour le calcul du montant des indus en tenant compte de la diminution fixée au point 1, et des décisions attaquées sont annulées dans cette mesure.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D, au département de la Marne et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. ELa greffière,
signé
I. ROLLAND
Nos2302055, 2400415
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