jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302792 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 1ère chambre |
Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 4 décembre 2023, Mme A B demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube a maintenu après avis de la commission de recours amiable de l'Aube, le trop-perçu d'aide personnalisée au logement (APL) d'un montant de 7 458, 34 euros pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2023 ; 2°) d'annuler la décision du 5 octobre 2023 par laquelle le directeur de la CAF de l'Aube a maintenu après avis de la commission de recours amiable, un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 5 358, 68 euros pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2023 ; 3°) d'annuler la décision du 2 octobre 2023 par laquelle la CAF a maintenu, après avis de la commission de recours amiable, la décision du 26 juillet 2023 lui notifiant un trop-perçu de prime exceptionnelle de solidarité versé en novembre 2020 ; 4°) d'annuler la décision du 5 octobre 2023 par laquelle la CAF de l'Aube a maintenu, après avis de la commission de recours amiable, un trop-perçu de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros. Elle soutient qu'elle ne savait pas que la perte de la nationalité française impactait ses droits à allocations et qu'elle est de bonne foi et sans revenus. Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024 la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube conclut au rejet de la requête. Elle soutient que : - la requérante est de nationalité guinéenne, ainsi qu'il en a été jugé par le tribunal de grande instance de Lille du 20 juin 2017 ; - les documents d'identité relatif à la nationalité française de Mme B ont été invalidés le 30 novembre 2020 ; - les indus des diverses prestations sociales versées à Mme B sont imputables à cette dernière car elle n'a pas pris acte du jugement d'extranéité prononcé à son encontre auprès de la caisse d'allocations familiales. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code de l'action sociale et des familles ; - le code de la sécurité sociale ; - le code de la construction et de l'habitation ; - le décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 ; - le code de justice administrative ; Le rapporteur public a été dispensé, sur la proposition de la Présidente, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de Mme Mégret, présidente du tribunal, a été entendu au cours de l'audience publique. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative. Considérant ce qui suit : 1. Après réception d'une information de la Préfecture de l'Aube selon laquelle Mme A B n'avait pas la Nationalité française, ces documents d'identité ayant été invalidés par un jugement du 20 juin 2017 du tribunal de grande instance de Lille, la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Aube a procédé au réexamen complet de la situation de Mme B au titre des prestations sociales. La CAF a alors constaté plusieurs trop-perçus d'allocations, pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2023, parmi lesquelles l'aide personnalisée au logement (APL), la prime d'activité, une prime exceptionnelle de solidarité en novembre 2020 et une prime exceptionnelle de fin d'année à l'issue de l'année 2021 pour un montant total de 22 444, 37 euros. Après l'introduction par Mme B de recours administratifs préalables, les différentes commissions de recours ont toutes rejeté les prétentions de la requérante, qui demande aujourd'hui au tribunal d'annuler ces décisions. 2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aides personnelles au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. 3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : 1o Les personnes de nationalité française ; 2o Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale : " Bénéficient également de plein droit des prestations familiales dans les conditions fixées par le présent livre les étrangers non ressortissants d'un État membre de la Communauté européenne, d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, titulaires d'un titre exigé d'eux en vertu soit de dispositions législatives ou réglementaires, soit de traités ou accords internationaux pour résider régulièrement en France. ". 4. Aux termes de l'article L. 842-2 du code de la sécurité sociale : " Le droit à la prime d'activité est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 2° Être français ou titulaire depuis au moins cinq ans d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". 5. Aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause ". Aux termes de l'article 21-13 du même code : " Peuvent réclamer la nationalité française par déclaration (.), les personnes qui ont joui, d'une façon constante, de la possession d'état de Français, pendant les dix années précédant leur déclaration ". 6. Il résulte de l'instruction, et notamment du jugement du tribunal de grande instance de Lille du 20 juin 2017, que Mme B n'est pas de nationalité française mais guinéenne, en vertu de sa filiation maternelle. Si la requérante produit, à l'appui de sa demande, la copie de courriels de son avocat mentionnant la possibilité d'introduire une demande de naturalisation par décret, ces échanges de juin 2017 ne sont suivis d'aucune procédure en ce sens. En outre, en dépit de la mesure d'instruction ordonnée par le tribunal de céans adressée le 12 septembre 2024 par l'intermédiaire de l'application Télérecours, la requérante ne justifie ni être de nationalité française, ni de la régularité de son séjour en France entre le 1er juillet 2020 et le 30 juin 2023, ni avoir souscrit la déclaration prévue à l'article 21-13 du code civil pour réclamer, à ce titre, la nationalité française. Ainsi, elle ne justifie pas remplir les conditions pour prétendre au versement de l'APL ou de la prime d'activité, en application des dispositions précitées du code de la sécurité sociale. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 3 et 5 octobre 2023 du directeur de la CAF de l'Aube rejetant les recours formés par la requérante à l'encontre des notifications d'indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité doivent être rejetées. 7. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1453 du 27 novembre 2020 : " Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins une des allocations suivantes au titre des mois de septembre ou d'octobre 2020 : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; 2° Le revenu de solidarité mentionné à l'article L. 522-14 du même code ; 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation () ". 8. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. ". 9. Il résulte de l'instruction que Mme B a perçu une prime exceptionnelle de solidarité en novembre 2020 et une prime exceptionnelle de fin d'année à l'issue de l'année 2021 en raison de sa qualité de bénéficiaire du revenu de solidarité active. Toutefois, il ressort des termes de la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Aube du 5 octobre 2023 que la requérante ne remplissait plus les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active depuis le 1er juillet 2020, suite au jugement du tribunal de grande instance de Lille du 20 juin 2017 précité. En outre et ainsi qu'il l'a été énoncé au point 5 du présent jugement, Mme B ne pouvait pas percevoir justement la prime exceptionnelle de solidarité en raison de sa qualité de bénéficiaire de l'APL, dont elle a également été bénéficiaire de façon indue pour la période litigieuse. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de la caisse d'allocations familiales de l'Aube des 3 et 5 octobre 2023 rejetant les recours formés par la requérante à l'encontre des notifications d'indus de prime exceptionnelle de solidarité et de prime exceptionnelle de fin d'année 2021 doivent également être rejetées. 10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée. D É C I D E : Article 1er : La requête de Mme B est rejetée. Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales de l'Aube. Copie sera adressé au département de l'Aube. Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024. La Présidente-rappoteure,SignéS. MégretLa greffière,SignéF. Daroussi DjanfarLa République mande et ordonne au ministre du logement et de la rénovation urbaine et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les hommes et les femmes en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.2N° 230279
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