jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2302873 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, complétée par un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2023 par laquelle le département de la Marne a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 17 mai 2023 par laquelle le département de la Marne a prononcé à son encontre la sanction de réduction de 100% du montant du revenu de solidarité active pour la période du 1er au 30 juin 2023 suivie de la radiation de son dossier ;
2°) de lui fournir un titre de propriété d'une parcelle de terre boisée de 15 hectares afin de lui permettre de subvenir à ses besoins ;
3°) d'enjoindre au département de la Marne de lui verser les sommes qui lui sont dues depuis le mois de mai 2023, qui correspondent, au 12 décembre 2023, à un montant de 4 108,42 euros.
Il soutient que :
- le contrat d'engagements réciproques ne lui a pas été présenté afin qu'il puisse en étudier les termes ;
- il n'est propriétaire d'aucun bien, ce qui s'assimile à de l'esclavage et qui contrevient à l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par un mémoire enregistré le 7 mai 2024, le département de la Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les conclusions tendant à la délivrance d'un titre de propriété sont irrecevables dès lors que cette demande n'a pas été formulée dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire et qu'elle est sans lien avec le litige, et que le requérant a refusé de signer un contrat d'engagements réciproques.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-27 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active a droit à un accompagnement social et professionnel adapté à ses besoins et organisé par un référent unique. () ". Aux termes de l'article L. 262-28 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle. () ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : () 2° Lorsqu'il apparaît que des difficultés tenant notamment aux conditions de logement, à l'absence de logement ou à son état de santé font temporairement obstacle à son engagement dans une démarche de recherche d'emploi, vers les autorités ou organismes compétents en matière d'insertion sociale () ". Aux termes de l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ayant fait l'objet de l'orientation mentionnée au 2° de l'article L. 262-29 conclut avec le département, représenté par le président du conseil départemental, sous un délai de deux mois après cette orientation, un contrat librement débattu énumérant leurs engagements réciproques en matière d'insertion sociale ou professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés () ".
2. Il résulte de ces dispositions que le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active et de procéder à la radiation de l'intéressé de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active au terme de la durée de suspension qu'il a fixée lorsque le bénéficiaire, sans motif légitime, soit fait obstacle à l'établissement ou au renouvellement du contrat mentionné à l'article L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles par son refus de s'engager à entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale, soit ne respecte pas le contrat conclu. En revanche, il ne peut légalement justifier une décision de suspension et de radiation par la circonstance que le bénéficiaire n'aurait pas accompli des démarches d'insertion qui ne correspondraient pas aux engagements souscrits dans un contrat en cours d'exécution.
3. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de suspension du versement du revenu de solidarité active ou de radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active prononcée sur le fondement des dispositions citées au point 3, lesquelles ne présentent pas le caractère de sanctions, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
4. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active, a été convoqué par son référent le 7 mars 2023 en vue de signer un contrat d'engagement réciproques. S'il expose n'avoir pas été destinataire du document déterminant ses engagements, ce qui a fait obstacle à ce qu'il puisse y souscrire en toute connaissance de cause, il n'est pas sérieusement contesté que, lors de ce rendez-vous, il a en réalité refusé toute discussion sur des engagements qu'il aurait pu prendre, notamment en matière d'orientation vers l'emploi, estimant que le versement du revenu de solidarité active était un droit qui ne nécessitait aucune contractualisation. Cette position est d'ailleurs confirmée par la demande adressée au tribunal tendant à lui attribuer la propriété de terres lui permettant de subvenir à ses besoins. Ainsi, le requérant ne saurait être regardé comme invoquant un motif légitime qui justifierait l'annulation de la mesure mettant fin à ses droits au revenu de solidarité active. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au département de la Marne de lui verser les sommes qu'il estime dues depuis l'intervention de cette mesure doivent également être rejetées.
5. D'autre part, il n'appartient pas au juge d'attribuer la propriété d'un bien immobilier à un requérant. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département de la Marne, les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Marne.
Copie en sera adressé à la caisse d'allocations familiales de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. CLa greffière,
signé
I. ROLLAND
No 2302873
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