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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400423

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400423

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a examiné la requête de la société TotalEnergies Renouvelables France contestant le rejet de sa demande de permis de construire un parc agrivoltaïque. La juridiction a requalifié la décision attaquée en décision expresse de rejet, se substituant à la décision tacite initiale. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés par la société, notamment ceux tirés du défaut de motivation et des erreurs de fait, et a également écarté la demande de substitution de motif de la préfète. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête de la société TotalEnergies Renouvelables France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2024 et le 29 mai 2024, la société TotalEnergies Renouvelables France, représentée par Me Gelas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision tacite du 13 octobre 2023, par laquelle la préfète de la Haute-Marne a rejeté sa demande de permis de construire un parc agrivoltaïque sur le territoire de la commune d'Andelot Blancheville, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de reprendre l'instruction de sa demande de permis de construire, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision tacite de rejet est insuffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le courrier du 13 octobre 2013 se borne à indiquer que les pièces complémentaires ont été jugées insuffisantes et qu'elle était par suite réputée avoir renoncé à son projet ;

- elle est entachée d'erreur de droit et de fait dès lors qu'elle retient à tort que le plan de coupe fourni avec son dossier de demande de permis de construire ne comportait pas d'informations sur l'épaisseur des haies ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle retient que le dossier de demande de permis de construire ne comportait pas des détails suffisants sur les dispositifs d'intégration paysagère ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle retient que le dossier de demande de permis de construire ne comportait pas d'analyse de l'impact paysager par rapport aux monuments historiques ;

- la demande de substitution de motif de la préfète de la Haute-Marne n'est pas fondée dès lors le projet ne porte pas atteinte à son environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société TotalEnergies Renouvelables France ne sont pas fondés ;

- la décision portant rejet du permis de construire est également fondée sur le motif dont elle demande la substitution tiré de ce que le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal Meuse-Rognon applicable à la zone d'implantation prévue pour le projet autorise la construction de locaux techniques et industriels pour des équipements d'intérêt collectif en zones A et N à condition qu'ils ne portent atteinte ni au caractère agricole ni au caractère naturel de ces zones, et que l'absence d'atteinte du projet à son environnement n'est pas établie au regard des pièces PC4 et PC11 du dossier de demande de permis de construire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- les conclusions de M. Maleyre, rapporteur public,

- et les observations de Me Boudrot substituant Me Gelas, représentant la société TotalEnergies Renouvelables France.

Considérant ce qui suit :

1. La société TotalEnergies Renouvelables France a déposé le 17 mai 2023 une demande de permis de construire une centrale agrivoltaïque, de 32 MWc dont 15 MWc avec des structures verticales et des panneaux à 90° et 17 MWc en structures trackers, sur un terrain situé à Andelot-Blancheville. Par courrier du 7 juin 2023, reçu par la société pétitionnaire le 13 juin suivant, la préfète de la Haute-Marne a demandé à cette société de compléter son dossier de demande de plusieurs pièces manquantes, en lui précisant qu'un délai de trois mois à compter de la réception de ce courrier lui était imparti pour ce faire et qu'à défaut sa demande de permis de construire sera automatiquement rejetée. La société a adressé à l'administration des pièces complémentaires le 1er septembre 2023. Par courrier du 13 octobre 2023, la préfète de la Haute-Marne a indiqué à la société que sa demande a fait l'objet d'une décision tacite de rejet au motif que les pièces complémentaires ont été jugées insuffisantes. Par un courrier du 14 décembre 2023, la société TotalEnergies Renouvelables France a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision de rejet. La préfète de la Haute-Marne n'ayant pas répondu à ce recours, celui-ci a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. La société TotalEnergies Renouvelables France demande au tribunal d'annuler la " décision tacite " du 13 octobre 2023, par laquelle la préfète de la Haute-Marne a rejeté sa demande de permis de construire un parc agrivoltaïque sur le territoire de la commune d'Andelot Blancheville, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Toutefois, la décision du 13 octobre 2023 constitue en elle-même une décision expresse de rejet qui, à supposer même qu'une décision tacite de rejet soit née antérieurement, s'est en tout état de cause substituée à une telle décision tacite. Dans ces conditions, le recours de la société TotalEnergies Renouvelables France doit être regardé comme dirigé contre cette décision expresse de rejet de sa demande de permis de construire contenue dans le courrier du 13 octobre 2023, ainsi que contre la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. / Le dossier joint à ces demandes et déclarations ne peut comprendre que les pièces nécessaires à la vérification du respect du droit de l'Union européenne, des règles relatives à l'utilisation des sols et à l'implantation, à la destination, à la nature, à l'architecture, aux dimensions et à l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords ainsi que des dispositions relatives à la salubrité ou à la sécurité publique ou relevant d'une autre législation dans les cas prévus au chapitre V du présent titre. () ". Aux termes de son article L. 424-2 : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. () ". Aux termes de son article R. 423-19 : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de son article R. 423-22 : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de son article R. 423-38 : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de son article R. 423-39 : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un dossier de demande de permis de construire est incomplet, l'administration doit inviter le demandeur, dans un délai d'un mois à compter de son dépôt, à compléter sa demande dans un délai de trois mois en lui indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. Si le demandeur produit, dans ce délai de trois mois à compter de la réception du courrier l'invitant à compléter sa demande, l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme, le délai d'instruction commence à courir à la date à laquelle l'administration les reçoit et, si aucune décision n'est notifiée à l'issue du délai d'instruction, un permis de construire est tacitement accordé. A l'inverse, si le demandeur ne fait pas parvenir l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV dans le délai de trois mois, une décision tacite de rejet naît à l'expiration de ce délai. Lorsque l'administration estime, au vu des nouvelles pièces ainsi reçues dans ce délai de trois mois, que le dossier reste incomplet, elle peut inviter à nouveau le pétitionnaire à le compléter, cette demande étant toutefois sans incidence sur le cours du délai et la naissance d'une décision tacite de rejet si le pétitionnaire n'a pas régularisé son dossier au terme de ce délai. Enfin, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité un permis de construire que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier sont de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Il ressort des pièces du dossier que le service chargé d'instruire la demande de permis de construire en litige a demandé à la société pétitionnaire de lui fournir, sur le fondement des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, un plan en coupe du terrain et de la construction pour chacun des îlots de la centrale agrivoltaïque en précisant la hauteur et l'épaisseur de la haie. Pour considérer que, même après la production de pièces complémentaires, le dossier de demande de permis de construire n'était pas complet au regard de l'article précité, la préfète de la Haute-Marne a retenu que l'épaisseur des haies n'était pas précisée sur les plans transmis. Toutefois, le plan en coupe, sous le libellé " DD' : projet ", fourni dans le dossier de demande de permis de construire en l'espèce permet d'apprécier la dimension de ces haies grâce à l'échelle portée sur ce plan. Au surplus, l'étude d'impact précise notamment que cette haie sera d'une épaisseur maximum de quatre mètres. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que la préfète de la Haute-Marne a, à tort, opposé à sa demande de permis de construire le motif d'incomplétude de son dossier de demande de permis de construire tiré de ce que la largeur des haies ne figurait pas sur les plans en coupe.

7. Aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet ; a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

8. Il ressort des pièces du dossier que par son courrier du 7 juin 2023, la préfète de la Haute-Marne a demandé à la société pétitionnaire de préciser " les dispositifs d'intégration paysagère (haie arbustive : hauteur et espèce : le PLUI dans son article 2.3 dispose que les haies sont réalisées au moyen d'espèces locales), nature des matériaux des cheminements, couleur des postes de distribution et de transformation, de la clôture et du portail. L'article 1.1 du règlement de la zone A du PLUI dispose que la sous-destination des locaux techniques et industriels (qui correspond au parc photovoltaïque) est autorisée à condition de ne pas porter atteinte au caractère agricole de la zone. Par conséquent, vous devez démontrer que votre projet ne porte pas atteinte au caractère agricole de la zone. / L'article 1.1 du règlement de la zone N du PLUI dispose que la sous-destination des locaux techniques et industriels est autorisée à condition de ne pas porter atteinte au caractère naturel du terrain sur lequel ils sont implantés. Par conséquent, vous devez démontrer que votre projet ne porte pas atteinte au caractère naturel du terrain (article R. 431-8 du code de l'urbanisme) ". Après que la société a complété son dossier, la préfète de la Haute-Marne a retenu que le dossier de demande ne comportait toujours pas de détails suffisants " sur les dispositifs d'intégration paysagère ".

9. Eu égard à cette appréciation de la préfète de la Haute-Marne, il ressort des pièces du dossier que la notice descriptive du projet jointe au dossier de permis de construire décrit l'état initial du terrain et ses abords. Celle-ci indique ainsi que le projet se trouve à 1,8 kms de l'entrée du village d'Andelot en provenance de Chaumont, qu'il est traversé par la route départementale D674 et implanté sur des parcelles agricoles d'une surface totale d'environ 137 ha, et que l'une de ces parcelles comporte le site de l'exploitation agricole constitué de bâtiments et d'un méthaniseur. Le projet est décrit comme réparti en quatre îlots. La situation respective de ces îlots est indiquée, ainsi que la végétation et les éléments paysagers existants sur ces îlots, à savoir la présence de zones arborées, agricoles, de bosquets, d'une bande herbacée le long de la combe Le Curé, et des routes D674 et D137. La notice descriptive précise que les agriculteurs auront un libre accès à la zone agricole, à savoir les bandes cultivables de douze mètres entre les structures photovoltaïques. Elle indique qu'aucun aménagement n'est prévu sur cette zone de douze mètres afin de permettre le bon maintien de l'activité agricole. Elle ajoute par ailleurs que des chemins d'accès aux panneaux photovoltaïques seront créés le long des limites de propriété de la centrale solaire en gravier non traité. Elle décrit les types de structures qui seront mises en place dans le cadre du projet, à savoir les rangées de panneaux solaires verticaux ou inclinés, de couleurs bleu et gris, un poste de transformation et un poste de livraison. Elle indique que le poste de transformation et le poste de livraison feront l'objet d'une intégration particulière pour qu'ils s'insèrent au mieux dans le paysage environnant. Elle fait état de leur petite taille, le poste de transformation présentant des dimensions de 6m de longueur, 2,65m de hauteur et 2,60m de profondeur, et le poste de livraison de 9m de longueur, 2,75m de hauteur et 2,60m de profondeur. Elle ajoute que ces postes seront de couleur vert foncé (RAL 6007 ou RAL 6020), et que la centrale agrivoltaïque, elle-même de couleur verte, sera implantée sur une zone entièrement clôturée. Elle précise que des haies et des arbres seront implantés le long de certaines clôtures afin d'intégrer le projet au paysage, mais qu'aucune végétation ne sera mise en place auprès des infrastructures et des chemins d'accès. Si la hauteur et l'épaisseur de ces haies, ainsi que les essences utilisées ne sont pas indiquées dans la notice, ces éléments ressortent néanmoins clairement de l'étude d'impact jointe au dossier de demande de permis de construire. Dans ces conditions, et compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, la requérante est fondée à soutenir que la préfète de la Haute-Marne a, à tort, estimé que le dossier de permis de construire n'était pas complet ou suffisant concernant la présentation des dispositifs d'intégration paysagère au regard de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : a) L'étude d'impact () ".

11. Aux termes de l'article L. 122-3 du code de l'environnement : " I. - Un décret en Conseil d'Etat précise les modalités d'application de la présente section. II. - Il fixe notamment : () 2° Le contenu de l'étude d'impact qui comprend au minimum : () b) Une description des incidences notables probables du projet sur l'environnement ; () c) Une description des caractéristiques du projet et des mesures envisagées pour éviter, les incidences négatives notables probables sur l'environnement, réduire celles qui ne peuvent être évitées et compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites ; () ". Aux termes de l'article R. 122-5 du même code : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et à la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. () / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 3° Une description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport à l'état initial de l'environnement peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; 4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; () ".

12. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative.

13. Il ressort des pièces du dossier que, par son courrier du 7 juin 2023, la préfète de la Haute-Marne a demandé que l'étude d'impact soit développée " par tout élément permettant d'apprécier les impacts visuels du parc photovoltaïque (notamment effets cumulés avec d'autres projets connus à proximité du site (méthanisation, panneaux photovoltaïques sur bâtiments, définition du périmètre d'étude et analyser l'impact paysager de ce projet par rapport au monument historique) ". Pour retenir, après que la société TotalEnergies Renouvelables France a complété son dossier, que ce dernier n'était toujours pas complet au regard de cette demande de compléments, la préfète de la Haute-Marne a retenu qu'" aucune analyse de l'impact paysager par rapport au monument historique " n'a été produite.

14. Eu égard à une telle appréciation de la préfète de la Haute-Marne, il ressort des pièces du dossier que l'étude d'impact recense seize monuments historiques répartis entre une aire dite rapprochée par rapport au projet et une aire dite éloignée, ces monuments ayant chacun été désigné sur un plan de situation par rapport au projet. Les développements au point III.8.7.1. de l'étude d'impact précisent l'impact du projet sur ces monuments historiques, mentionnant ainsi notamment que les monuments situés dans l'aire éloignée ne présentent aucune sensibilité par rapport au projet compte tenu de leur éloignement, des ondulations du relief, entre autres de la vallée du Rognon, et de la végétation conséquente du secteur qui ne permettent aucune visibilité depuis ces monuments, deux photographies étant jointes pour l'illustrer. Concernant les neufs monuments situés dans l'aire rapprochée, l'étude d'impact retient que les sensibilités sont nulles pour huit d'entre eux, à savoir l'église d'Andelot-Blancheville, le château et l'église de Rimaucourt, l'église Saint-Sulpice et le château de Morteau à Cirey-lès-Mareilles, l'ancienne abbaye de la Crête, l'église de Montot-sur-Rognon et l'église de Mareilles. Concernant, enfin, l'ancienne abbaye de Septfontaines, l'étude d'impact retient que les sensibilités sont modérées à faibles. Elle relève ainsi, d'une part, des vues théoriques pouvant être attendues en frange sud, mais uniquement en dehors du site compte tenu de la circonstance que l'abbaye est ceinte de boisements et de bâtiments agricoles limitant les vues directes vers le sud, et qu'une haie continue au niveau d'un cyclorail marque l'horizon. Elle recense, d'autre part, une covisibilité depuis un chemin de randonnée. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la préfète de la Haute-Marne a entaché sa décision d'erreur de fait en retenant que l'étude d'impact ne comportait aucune analyse de l'impact paysager par rapport aux monuments historiques.

15. Si la préfète de la Haute-Marne demande que soit substitué aux motifs de sa décision attaquée, celui tiré de ce que le projet porte atteinte à son environnement au regard de la condition prévue par le plan local d'urbanisme intercommunal Meuse-Rognon selon laquelle la construction de locaux techniques et industriels pour des équipements d'intérêt collectif en zones A et N ne doivent porter atteinte ni au caractère agricole ni au caractère naturel de ces zones, elle se borne toutefois à faire valoir à cet égard que cette absence d'atteinte ne ressort pas des pièces PC4 et PC11. Dans ces conditions, elle n'apporte pas suffisamment d'éléments permettant de faire droit à une telle demande de substitution de motif.

16. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen soulevé par la société requérante n'est susceptible de justifier l'annulation des décisions en litige.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la société TotalEnergies Renouvelables France est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 octobre 2023 par laquelle la préfète de la Haute-Marne a expressément rejeté sa demande de permis de construire. Par voie de conséquence, la décision implicite par laquelle la préfète de la Haute-Marne a rejeté son recours gracieux doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. En raison des motifs qui les fondent, les annulations prononcées au point 17 du présent jugement impliquent que la préfète de la Haute-Marne reprenne l'instruction de la demande de permis de construire déposée par la société TotalEnergies Renouvelables France. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne d'effectuer une telle reprise d'instruction, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la société TotalEnergies Renouvelables France.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société TotalEnergies Renouvelables et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 octobre 2023, par laquelle la préfète de la Haute-Marne a rejeté la demande de permis de construire un parc agrivoltaïque sur le territoire de la commune d'Andelot Blancheville présentée par la société TotalEnergies Renouvelables France, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par cette société à l'encontre de cette décision, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer la demande de permis de construire de la société TotalEnergies Renouvelables France dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société TotalEnergies Renouvelables France une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société TotalEnergies Renouvelables France est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société TotalEnergies Renouvelables France, au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, et à la commune d'Andelot-Blancheville.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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