Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2024, la commune d’Onjon demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d’habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2023 à raison du gîte rural dont elle est propriétaire.
2°) de surseoir au paiement de l’imposition contestée dans l’attente de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- ayant conclu un contrat de mandat commercial avec la société par actions simplifiée Gîtes de France Aube en vue de la gestion du bien en cause, elle n’a à aucun moment de l’année la disposition de ce bien ;
- elle ne pouvait être à la fois assujettie à la taxe d’habitation et à la cotisation foncière des entreprises.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le directeur départemental des finances publiques de la Marne conclut au rejet de la requête de la commune d’Onjon.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Briquet, vice-président, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer seul sur les litiges énumérés par cet article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de M. Briquet a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d’Onjon demande au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d’habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2023 à raison du gîte rural, situé 1 rue du bois, dont elle est propriétaire sur le territoire de cette commune et qui est destiné à la location saisonnière ou de courte durée.
2. Aux termes de l’article 1407 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l’année d’imposition en litige : « I. – La taxe d’habitation sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l’habitation principale est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l’habitation autres que ceux affectés à l’habitation principale ; / (…) / II. – Ne sont pas imposables à la taxe : / 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu’ils ne font pas partie de l’habitation personnelle des contribuables ; / (…) ». Aux termes de l’article 1408 de ce code : « I. – La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. (…) ». Aux termes de l’article 1415 du même code : « La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d’habitation sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l’habitation principale sont établies pour l’année entière d’après les faits existants au 1er janvier de l’année de l’imposition. ». Aux termes de l’article 1449 dudit code : « Sont exonérés de la cotisation foncière des entreprises : / 1° Les collectivités territoriales, les établissements publics et les organismes de l’Etat, pour leurs activités de caractère essentiellement culturel, éducatif, sanitaire, social, sportif ou touristique, quelle que soit leur situation à l’égard de la taxe sur la valeur ajoutée ; / (…) ».
3. Il résulte de ces dispositions qu’est en principe redevable de la taxe d’habitation le locataire d’un local imposable au 1er janvier de l’année d’imposition. Toutefois, par dérogation à ce principe, lorsqu’un logement meublé fait l’objet de locations saisonnières ou de courte durée, le propriétaire du bien est redevable de la taxe d’habitation dès lors qu’au 1er janvier de l’année de l’imposition, il peut être regardé comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l’année.
4. Il résulte de l’instruction que si la commune d’Onjon a conclu un contrat de mandat commercial avec la société par actions simplifiée Gîtes de France Aube, par le biais duquel celle-ci s’engage à diffuser l’offre de location sur son internet ou sur les sites de ses opérateurs partenaires, à recueillir les demandes, à conclure les contrats de location, à recevoir les paiements, à gérer les réclamations, et à tenir un calendrier de réservation, ce contrat, qui n’est selon son intitulé que de « planning partagé », permet néanmoins au mandant de conserver la pleine disposition du bien lorsque celui-ci n’est pas loué auprès du mandataire. Dans ces conditions, et quand bien même la commune d’Onjon n’aurait en pratique pas fait usage d’une telle possibilité, l’intéressée pouvait, au 1er janvier 2023, être regardée comme entendant en conserver la disposition ou la jouissance une partie de l’année. Par ailleurs, si la commune d’Onjon fait valoir qu’elle ne pouvait être à la fois assujettie à la taxe d’habitation et à la cotisation foncière des entreprises, il résulte en tout état de cause des dispositions précitées de l’article 1449 du code général des impôts que les collectivités territoriales sont exonérées de la cotisation foncière des entreprises pour les activités de caractère essentiellement touristique, et qu’ainsi la commune d’Onjon ne saurait être tenue à ladite cotisation foncière pour l’activité de location en cause. Dès lors, la commune d’Onjon était bien redevable, au titre de l’année 2023, de la taxe d’habitation à raison du gîte rural dont elle est propriétaire. Elle n’est par suite pas fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe d’habitation en litige.
5. Aux termes de l’article L. 277 du livre des procédures fiscales : « Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s’il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / (…) / Lorsque le comptable a fait procéder à une saisie conservatoire en application du quatrième alinéa, le contribuable peut demander au juge du référé prévu, selon le cas, aux articles L. 279 et L. 279 A, de prononcer la limitation ou l’abandon de cette mesure si elle comporte des conséquences difficilement réparables. Les dispositions des troisième et quatrième alinéas de l’article L. 279 sont applicables à cette procédure, la juridiction d’appel étant, selon le cas, le tribunal administratif ou le tribunal judiciaire. ».
6.°Il résulte des dispositions précitées que les tribunaux administratifs ne peuvent être saisis de conclusions aux fins de sursis de paiement qu'après réclamation préalable auprès du comptable du trésor et, en cas de rejet de ladite réclamation, après décision du juge des référés. En l’espèce, il ne résulte pas de l’instruction que la commune d’Onjon ait demandé, en formulant sa réclamation devant l’administration fiscale, le bénéfice du sursis de paiement prévu par l’article L. 277 du livre des procédures fiscales, ni même qu’elle ait saisi le juge des référés. Les conclusions tendant à l’octroi d’un sursis de paiement, directement présentées devant le tribunal, sont, par suite, irrecevables. Par ailleurs, le présent jugement se prononçant sur le fond de l’affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement de l’imposition contestée se trouvent en tout état de cause privées d’objet. Elles ne peuvent dans ces conditions qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune d’Onjon est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune d’Onjon et au directeur départemental des finances publiques de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI-DJANFAR
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.