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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400775

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400775

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400775
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRICHER & ASSOCIÈS DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne, venant aux droits du syndicat intercommunal pour la piscine du nord-ouest ardennais, à lui verser une somme totale

de 11 215 122,16 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'accident dont il a été victime

le 16 août 2014 à la piscine de Rocroi.

Par une ordonnance n° 2100703 du 8 avril 2021, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté cette demande sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et mis les frais d'expertise à la charge définitive de M. C.

Par une décision n° 21NC01476 du 2 avril 2024, la Cour administrative d'appel de Nancy a annulé l'ordonnance du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 8 avril 2021 et renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Procédure devant le tribunal :

Le tribunal a informé les parties par des courriers du 5 avril 2024 de la reprise de l'instance sous le n° 240775.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mai, 23 et 24 juillet 2024, la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne, ayant pour avocat Me Colombet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre

des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 21 mai 2024, M. C, représenté par Me Vernassière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne a rejeté sa demande indemnitaire préalable du 17 décembre 2020 ;

2°) de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne à lui verser une somme totale de 11 215 122,16 euros au titre de la réparation intégrale des préjudices subis en raison de l'accident survenu le 16 août 2014 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la communauté de communes est susceptible d'être engagée en raison du défaut d'affichage visible des profondeurs d'eau du bassin, du défaut de surveillance du maître-nageur sauveteur en service au moment de l'accident et de la violation des dispositions de l'article D. 322-16 du code du sport ;

- son préjudice indemnisable s'établit, pour les préjudices patrimoniaux,

à 11 312,53 euros pour les dépenses de santé actuelles, 2 340 euros au titre des frais liés aux opérations d'expertise, 100 euros pour les frais d'obtention de son dossier médical, 11 640 euros pour les besoins d'assistance par une tierce personne avant consolidation, 584 891,95 euros pour l'aménagement du domicile, 58 763,33 euros pour l'aménagement du véhicule, 21 095,47 euros pour la perte de gains professionnels avant consolidation, 419 647,84 euros pour les dépenses de santé futures, 9 316 821,04 euros pour le besoin d'assistance par une tierce personne après consolidation, incluant l'indemnisation de l'impossibilité de participer à l'entretien de ses enfants, 1 305 650,27 euros pour la perte de gains professionnels après consolidation, 1 865 230,49 euros pour l'incidence professionnelle ; il a droit, s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux,

à 13 510 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 60 000 euros pour les souffrances endurées, 10 000 euros pour le préjudice esthétique temporaire, 480 000 euros pour le déficit fonctionnel permanent, 35 000 euros pour le préjudice esthétique permanent, 60 000 euros pour le préjudice d'agrément, 50 000 euros pour le préjudice sexuel, 80 000 euros pour le préjudice d'établissement, incluant les frais de la procédure de divorce ; il sollicite également 2 000 euros au titre des frais d'avocat liés à l'expertise ; il y aura lieu de déduire les sommes de 1 509,36 euros au titre de l'incapacité temporaire, 347 152,80 euros au titre de l'incapacité permanente partielle, 86 788,20 euros au titre de l'aménagement de son cadre de vie et 86 788,20 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, qui lui ont été versées par son assureur, la MAAF.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 1er juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne à lui verser la somme de 318 526, 18 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte

de M. C ;

2°) de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'ordonnance n°96-51 du 24 janvier 1996 ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que M. C a été victime d'un accident dont la responsabilité semble incomber à la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne et qu'elle a exposé la somme de 318 526,18 euros dans le cadre de la prise en charge de son assuré social.

Par un mémoire en intervention enregistré le 11 juillet 2024, la caisse nationale d'assurance pension du Grand-Duché du Luxembourg demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne à lui verser la somme de 267 731,35 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. C ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que M. C a été victime d'un accident dont la responsabilité incombe à la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne et qu'elle a exposé la somme

de 267 731,35 euros dans le cadre de la prise en charge de son assuré.

La caisse primaire d'assurance maladie des Ardennes, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024 par une ordonnance du 6 août 2024.

Vu :

- le rapport de l'expert désigné par l'ordonnance n°1600226 du 30 juin 2016 ainsi que l'ordonnance de taxation du 30 septembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du sport ;

- l'arrêté du 14 septembre 2004 portant prescription de mesures techniques

et de sécurité dans les piscines privatives à usage collectif ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 30 septembre 1979, a subi un traumatisme cranio-cervical

le 16 août 2014 après avoir plongé dans un bassin de la piscine de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne, située à Rocroi. Malgré sa prise en charge par les services de secours et une intervention neurochirurgicale réalisée le 17 août au sein du centre hospitalier universitaire de Reims, il est demeuré lourdement handicapé à la suite de cet accident. Par une requête en date du 8 février 2016, M. C a demandé au juge des référés du tribunal administratif

de Châlons-en-Champagne d'ordonner une expertise en vue de déterminer si des fautes avaient été à l'origine de l'accident dont il a été victime le 16 août 2014 et si une carence ou un manquement avaient été commis par les maîtres-nageurs lui ayant porté assistance. Une expertise, ordonnée par une décision du juge des référés du 30 juin 2016, a donné lieu au dépôt d'un rapport

le 20 novembre 2018. M. A a adressé une demande indemnitaire à la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne le 28 mai 2019 qui a été rejetée le 12 juillet 2019. Par une ordonnance du 8 avril 2021, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté

la requête de M. C sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par un arrêt du 2 avril 2024, la Cour administrative d'appel de Nancy a annulé l'ordonnance précitée et a renvoyé l'affaire devant le tribunal. M. C demande au tribunal de condamner la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne à lui verser

la somme de 11 215 122,16 euros.

Sur la recevabilité de la requête de M. C :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant

à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués

par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. En revanche, si une fois expiré ce délai

de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

4. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu'il s'agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l'administration d'une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus.

5. Il résulte de l'instruction que, par un courrier adressé par son conseil, daté

du 28 mai 2019 et reçu le 5 juin suivant, M. C avait demandé l'indemnisation du préjudice découlant de l'accident dont il a été victime à la piscine municipale de Rocroi le 16 août 2014, en recherchant la responsabilité de la personne publique compétente. Par un courrier

du 12 juillet 2019, le président de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne lui a indiqué que le syndicat intercommunal avait été intégré à cet établissement public de coopération intercommunale depuis le 1er janvier 2018 et a refusé de faire droit à sa demande, tout en précisant les voies et délais de recours. Cette décision de rejet a été portée à la connaissance de M. C au plus tard le 10 septembre 2019, date à laquelle il a saisi le tribunal d'un premier recours.

La circonstance que cette requête ait alors été qualifiée de recours en déclaration de droit, et rejetée pour ce motif par une ordonnance du 23 septembre 2019, est sans incidence sur la qualification à donner à son courrier du 28 mai 2019, qui recherche la responsabilité de l'administration et présente les caractéristiques d'une réclamation indemnitaire préalable, quand bien même il ne sollicite pas le versement d'une somme déterminée. La seconde demande adressée

à la communauté de communes le 17 décembre 2020 pour M. C porte sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur. Elle est, dès lors, tardive, compte tenu de ce qui a été rappelé au point 3, étant précisé que M. C ne se prévaut d'aucune des circonstances citées au point 4 et que le recours tendant à l'engagement de la responsabilité de l'administration s'agissant d'un accident survenu dans un ouvrage public ne relève pas des recours susceptibles d'être exercés à tous moments. Par suite, la requête de M. C est tardive et doit, de ce fait, être rejetée.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne et de la caisse nationale d'assurance pension du Grand-Duché du Luxembourg :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article A. 322-25 du code du sport : " Les profondeurs minimale et maximale d'eau de chaque bassin sont indiquées de telle manière qu'elles soient visibles depuis les plages et les bassins. Les plots de départ ne peuvent être installés lorsque la profondeur d'eau dans la zone de plongeon est inférieure à 1,80 mètre. () ". Selon l'article 7 de l'arrêté du 14 septembre 2004 portant prescription de mesures techniques et de sécurité dans les piscines privatives à usage collectif : " Les profondeurs minimales et maximales de l'eau de chaque bassin sont indiquées sur un panneau et un marquage est imposé sur le haut de la paroi verticale du bassin, de telle manière qu'elles soient visibles et lisibles depuis les plages et les bassins. Elles sont indiquées à chaque variation de pente

du radier. () "

7. D'autre part, il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'absence de défaut d'entretien normal, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

8. Il résulte de l'instruction que M. C s'est grièvement blessé le 16 août 2014 après avoir plongé dans un bassin de la piscine de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne, située à Rocroi. Dans ces conditions, le lien de causalité entre l'ouvrage public que constitue le bassin de la piscine et les préjudices consécutifs au plongeon est établi. Néanmoins,

il est constant que le bassin dans lequel a eu lieu l'accident était muni de panneaux indiquant

une profondeur minimale de 1,20 mètre à une extrémité et de 3,20 mètres, à l'autre extrémité. En outre, si M. C soutient que les panneaux indiquant la profondeur minimale n'étaient visibles que depuis l'intérieur du bassin, il résulte des photographies produites que les deux panneaux indiquant la profondeur de 1,20 mètre étaient apposés sur une paroi verticale du bassin visible depuis les abords du bassin que la configuration des lieux impose d'emprunter pour se rendre à l'endroit depuis lequel M. C a plongé. De plus, le fait que les plongeoirs aient été disposés uniquement à l'extrémité la plus profonde du bassin aurait dû alerter la victime sur le fait que seule cette zone été adaptée aux plongeons. Enfin, il résulte du procès-verbal relatant l'audition

d'une baigneuse témoin de l'accident par les servies de la gendarmerie le 2 octobre 2014, qu'avant de plonger, M. C a aidé l'un de ses enfants à rejoindre son épouse qui se trouvait déjà dans la partie du bassin d'une profondeur de 1,20 mètre. Dès lors, il avait nécessairement connaissance du faible niveau d'eau à cet endroit. Par conséquent, l'aménagement de la piscine

de Roccroi, qui comportait notamment la signalisation appropriée, ne présentait pas un risque excédant, pour les usagers, ceux auxquels ils doivent normalement s'attendre et contre lesquels

il leur appartient de se prémunir eux-mêmes en prenant les précautions nécessaires. Par suite, l'entretien normal de la piscine de Roccroi est établi et, dès lors, la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne n'est pas responsable des dommages subis par M. C du fait de l'accident survenu le 16 août 2014.

9. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article D. 322-16 du code du sport : " Chaque établissement établit un plan d'organisation de la surveillance et des secours qui fixe, en fonction de la configuration de l'établissement mentionné à l'article D. 322-12 :

1° Le nombre des personnes chargées de garantir la surveillance et le nombre des personnes chargées de les assister ; 2° Le nombre des pratiquants pouvant être admis simultanément dans l'établissement de baignade d'accès payant pour y pratiquer les activités considérées. Ce nombre est déterminé en fonction du nombre des personnes mentionnées au 1° Ce plan est transmis au préfet de département deux mois avant l'ouverture de l'établissement ainsi qu'après chaque modification. Les ministres chargés de la sécurité civile et des sports fixent par arrêté le contenu du plan d'organisation de la surveillance et des secours. "

10. Il résulte de l'instruction que M. C s'est grièvement blessé après avoir plongé dans le bassin de la piscine de Roccroi à une seule reprise. Dès lors, compte-tenu du caractère soudain d'un plongeon, un nombre accru de maîtres-nageurs ou une surveillance renforcée du bassin n'auraient pas permis d'interrompre le saut de M. C. Par suite, la faute constituée par un défaut de surveillance et la méconnaissance des dispositions de l'article

D. 322-16 du code du sport, invoquée par le requérant est, à la supposée établie, sans lien avec l'accident dont il a été victime.

11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les maitres-nageurs qui ont été témoins de l'accident de M. C n'ont pas adopté un comportement approprié eu égard

à la gravité de la situation. Ainsi, ils ne sont pas intervenus pour extraire M. C du bassin, laissant à d'autres baigneurs la charge de le sortir de l'eau, ils n'ont pas fait usage d'une planche rigide de soutien dont l'utilisation s'imposait à la suite d'un traumatisme cervical et ils n'ont pris aucune mesure pour maintenir le rachis cervical de la victime dans l'attente de l'arrivée de secours. Dans ces circonstances, l'absence de réaction appropriée des maitres-nageurs constitue une faute de nature à engager la responsabilité la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne. Cependant, il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise

du 4 novembre 2018, que la lésion dont a souffert M. C est une contusion médullaire dont l'apparition a été immédiatement consécutive au choc sur le fond du bassin et dont les conséquences n'auraient pas pu être amoindries par une intervention plus diligente des maitres-nageurs. De plus, M. C n'a pas subi de lésions qui auraient pu être aggravées en l'absence de maintien de l'axe vertébral et du rachis, telles qu'une fracture ou une luxation vertébrale. Dans ces conditions, l'expert estime que les manquements des maitres-nageurs n'ont eu aucune conséquence sur l'évolution des séquelles de M. C. Le requérant

ou la CPAM de la Haute-Marne ne produisent aucun élément médical circonstancié de nature à remettre en cause l'appréciation de l'expert. Par suite, la faute commise par la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne est sans lien l'évolution de l'état de santé de M. C.

12. Il résulte de ce qui précède que tant les conclusions de la CPAM de la Haute-Marne tendant à ce que la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne soit condamnée

à lui verser la somme de 318 526,18 euros au titre des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. C, que celles de la caisse nationale d'assurance pension du Grand-Duché du Luxembourg, tendant à ce que l'établissement précité soit condamné à lui verser la somme de 267 731,35 euros doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence,

des conclusions tendant à ce que cet établissement soit condamné à verser à la CPAM de la Haute-Marne la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'ordonnance n°96-51 du 24 janvier 1996.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme sollicitée par la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'établissement précité, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

14. Les frais d'expertise taxés à la somme de 1600 euros par une ordonnance du 30 septembre 2019 sont mis à la charge définitive de M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne et de la caisse nationale d'assurance pension du Grand-Duché du Luxembourg ainsi que les conclusions de la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 1 600 euros par une ordonnance du 30 septembre 2019 sont mis à la charge définitive de M. C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la communauté de communes Vallées et Plateau d'Ardenne, aux caisses primaires d'assurance maladie de la Haute-Marne

et des Ardennes et à la caisse nationale d'assurance pension du Grand-Duché du Luxembourg.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

Mme Alibert, première conseillère,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne

et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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