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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401088

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401088

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401088
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique - 1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 mai 2024, le 12 juin 2024 et le 16 juin 2024, Mme D A C demande au tribunal d'enjoindre à la préfète de l'Aube, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, de lui proposer un logement tenant compte de ses besoins et capacités, sous astreinte.

Elle soutient que :

- elle n'a reçu aucune proposition depuis la décision de la commission de médiation alors qu'elle vit avec ses huit enfants dans un logement de type 4 ;

- elle a tenté à plusieurs reprises de trouver un logement social ;

- elle a adressé une demande indemnitaire préalable à la préfecture de l'Aube mais n'a pas déposé de recours indemnitaire devant le tribunal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'intéressée occupe un logement quasiment similaire à celui exigé par la législation ;

- le bailleur social ne dispose d'aucun logement disponible, eu égard à la pénurie de logements sociaux de type 6 ;

- sa requête indemnitaire est irrecevable en l'absence de demande préalable en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mach en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- et les observations de M. B, représentant la préfète de l'Aube.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par Mme A C, a été enregistrée le 20 juin 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. () ". Aux termes de l'article R. 441-16-1 du même code : () / le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. () ".

2. Il résulte des dispositions citées précédemment que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, s'il constate qu'un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d'urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, doit ordonner à l'administration de loger ou reloger l'intéressé, sauf si celle-ci apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu.

3. Par décision du 14 février 2024, la commission de médiation du département de l'Aube a, sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, reconnu Mme A C comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités financières de type T6, au motif que le logement est sur-occupé et comprend des enfants mineurs à charge. N'ayant pas reçu de proposition de logement dans le délai de trois mois visé à l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, Mme A C demande au tribunal d'ordonner à la préfète de l'Aube d'assurer son logement.

4. En premier lieu, il ressort expressément des termes de la requête et des mémoires que, si Mme A C a adressé une demande indemnitaire préalable à la préfète de l'Aube par un courrier du 19 mai 2024, elle ne demande pas au tribunal de condamner l'Etat au versement d'une indemnité. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Aube et tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires ne peut être qu'être écartée.

5. En second lieu, si la préfète de l'Aube fait valoir que le bailleur social désigné par ses services le 23 février 2024 ne dispose d'aucun logement répondant aux critères et besoins de Mme A C eu égard à la pénurie dans le département de logements de type 6 et que la situation de l'intéressée a été réexaminée le 31 mai 2024 par le comité de suivi des relogements, elle ne justifie pas des démarches ainsi entreprises. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme A C n'a reçu aucune proposition de logement de la part de la préfète de l'Aube. Si en défense, il est relevé que la requérante occupe un logement d'une surface de 78m², légèrement inférieure à la surface de 81m² à laquelle l'intéressée peut prétendre, cette seule circonstance ne saurait établir que l'urgence aurait disparu alors que la commission départementale de médiation a expressément reconnu Mme A C comme prioritaire et devant être relogée d'urgence à raison de la suroccupation de ce logement. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Aube d'assurer l'hébergement de Mme A C dans un logement adapté à ses besoins et à ses capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, il y a lieu d'assortir d'office cette injonction d'une astreinte dont le montant doit être fixé, au regard des éléments du dossier, à la somme de 450 euros par mois entier de retard, à compter du 1er août 2024. Cette astreinte sera versée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l'article L. 441-2-3-1 précité du code de la construction et de l'habitation, jusqu'à sa liquidation définitive par le juge.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Aube d'assurer l'hébergement de Mme A C dans un logement tel que prescrit par la commission de médiation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement.

Article 2 : L'astreinte, d'un montant de 450 euros par mois de retard à compter du 1er août 2024, sera versée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, jusqu'à sa liquidation définitive par le juge.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise pour information à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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