lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401409 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2024, M. C A, représenté par Me Mainnevret, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer sans délai, et sous astreinte
de 100 euros par jour de retard, une nouvelle autorisation provisoire de séjour assortie
d'une autorisation de travail ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite en l'espèce dès lors que l'absence de renouvellement de récépissé de demande de carte de séjour temporaire le place en situation irrégulière
sur le territoire français et va lui faire perdre son emploi grâce auquel il subvient seul aux besoins de sa famille ;
- en refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, le préfet
de la Marne méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le prive de sa liberté d'aller et venir, de sa liberté de travailler ainsi que de son droit à mener une vie privée et familiale normale, lesquelles constituent des libertés fondamentales ; sa vie privée et familiale a été établie par un jugement n° 2401077 du 13 mai 2024 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 3 juin 2000, déclare être entré en France en novembre 2016. Il a obtenu le 22 octobre 2019 un premier titre de séjour mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 4 septembre 2020 et qui a été renouvelé jusqu'au 4 septembre 2022. A l'occasion de sa dernière demande de renouvellement de ce titre de séjour, il a obtenu plusieurs récépissés de cette demande, et M. A produit à l'instance un dernier récépissé en date
du 19 mars 2024 valable jusqu'au 18 juin 2024. Par un arrêté du 6 mai 2024, notifié le même jour, le préfet de la Marne a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
M. A a introduit le 7 mai 2024 une requête devant tribunal administratif
de Châlons-en-Champagne tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un jugement n° 2401077
du 13 mai 2024, le magistrat désigné de ce tribunal a annulé cet arrêté en tant qu'il emporte obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, fixe le pays à destination, et prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois,
les conclusions de la requête dirigées contre le refus de titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y attachent et celles présentées au titre des frais liés au litige, étant quant
à elles renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal. Enfin, M. A produit un mél des services de la préfecture de la Marne du 7 juin 2024 lui indiquant que dès lors que la décision portant refus de renouveler son titre de séjour n'a pas été annulée par le tribunal administratif,
il n'y a pas lieu de lui délivrer un récépissé. M. A demande au juge des référés, sur
le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet
de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder
une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. Aux termes de l'article L. 522-3 du code de justice administrative : " Lorsque
la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur
le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article
L. 411-2 du même code : " En cas de refus de délivrance ou de renouvellement de tout titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour, l'étranger est tenu de quitter le territoire ". Il résulte de ces dispositions que le récépissé de demande de titre de séjour a pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner, et le cas échéant de travailler, régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour et cesse de produire ses effets à la date à laquelle il a été statué sur sa demande.
5. A l'appui de ses conclusions à fin d'injonction, M. A fait valoir que l'absence de renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ne lui permettra plus de se déplacer librement avec son enfant âgé d'un an et sa compagne et qu'il va perdre son emploi alors qu'il est seul dans son foyer à percevoir des revenus. Sur ce dernier point, il fait valoir un mél du 14 juin 2024 de l'entreprise d'intérim pour laquelle il travaille et l'informant que sans renouvellement de son titre de séjour ce même jour, il ne pourra pas continuer sa mission auprès de l'entreprise Peres. M. A justifie à cet égard occuper un emploi d'électricien auprès de cette dernière entreprise dans le cadre d'un renfort temporaire de personnel et aux termes d'un contrat de mission conclu pour la période du 2 mai 2024 au 7 juin 2024, cette dernière date de fin de mission pouvant être avancée au 3 juin 2024 ou reportée au 13 juin 2024. Cependant, il résulte des dispositions reprises au point précédent que M. A ne dispose plus d'un droit au séjour en France depuis l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, nonobstant l'annulation partielle de cet arrêté par le jugement du 13 mai 2024 indiqué ci-avant qui ne remet pas en cause cette décision de refus de renouvellement du droit au séjour de M. A, et en dépit de la date d'expiration de son dernier récépissé de demande de titre de séjour initialement fixée au 18 juin 2024. Dans ces conditions et au regard des éléments invoqués par M. A, celui-ci ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder
une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
6. Il résulte de ce qui précède que, en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête de M. A doit être rejetée en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 17 juin 2024.
Le juge de référés,
R. B
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