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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401410

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401410

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401410
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Boudaya, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un récépissé de titre de séjour.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en l'espèce dès lors que l'absence de délivrance d'un récépissé de sa demande de titre de séjour la met dans une situation d'incertitude administrative affectant sa vie quotidienne et notamment ne lui permet pas d'effectuer l'ensemble des examens prénataux sans un titre de séjour valide, qu'elle peut entraîner la perte de certains droits sociaux tels que l'accès à la sécurité sociale, aux allocations ou à l'emploi, ce qui est inconcevable avec sa situation actuelle notamment sa grossesse, et qu'elle peut entraîner des conséquences graves sur sa vie personnelle et familiale dès lors qu'elle peut nuire à la scolarisation de ses enfants ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors que malgré de nombreuses relances depuis l'introduction de sa demande en 2023 et depuis plus d'un an, le préfet de la Marne n'a pas donné suite à sa demande de délivrance d'un titre de séjour et d'un récépissé en méconnaissance du délai de quatre mois imparti à l'administration pour statuer sur une demande de titre de séjour par l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 27 juillet 1995, déclare être entrée en France en janvier 2019 sous couvert d'un passeport tunisien puis d'un visa valable du 18 juillet 2019

au 18 juillet 2020, et s'être maintenue depuis sur le territoire français. Elle indique avoir déposé une première demande de titre de séjour par courrier du 22 septembre 2023, déposée

le 28 septembre 2023 auprès de la préfecture de la Marne, sans qu'une attestation de dépôt ni récépissé ne lui ait été délivré, puis avoir demandé un rendez-vous auprès des services

de la préfecture par un mél du 23 janvier 2024 auquel la préfecture s'est bornée à lui répondre que dès que son dossier serait en cours d'instruction elle en serait informée, et avoir, enfin, mis en demeure la préfecture de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour par un courrier notifié le 22 février 2024, sans avoir reçu de réponse à cette dernière demande. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de la Marne de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 28 septembre 2023, le préfet de la Marne a informé Mme B de sa décision de ne pas enregistrer sa demande de titre de séjour en date du 22 septembre 2023 indiquée ci-avant, au motif de l'incomplétude de son dossier de demande, à savoir qu'elle n'avait pas fourni un examen de situation complété et signé dont un exemplaire vierge lui a été adressé avec ce courrier, ainsi que trois photographies et 50 euros en timbres fiscaux. Aux termes d'un courrier du 22 février 2024 adressé aux services de la préfecture de la Marne, Mme B y a pris acte de ce que ces services lui avaient confirmé la complétude de son dossier par un mél du 13 février 2024, que Mme B ne produit cependant pas à l'instance, et qu'elle demeurait dans l'attente de la fixation d'un rendez-vous pour lui délivrer son récépissé de dépôt de demande de titre de séjour. Alors que Mme B se prévaut de ce que sa demande de titre de séjour n'a pas reçu de réponse depuis plus d'un an ou depuis 2023, et même en retenant que, compte tenu des éléments ci-avant, au plus tard sa dernière demande de titre de séjour a été reçue de manière complète par la préfecture de la Marne le 13 février 2024, cette demande, dès lors qu'elle a été présentée depuis plus de quatre mois au jour de la présente requête, a été implicitement rejetée en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquels le silence gardé pendant plus de quatre mois sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. Or, le récépissé ayant pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner, et le cas échéant de travailler, régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour, et l'instruction

de la demande de titre de séjour de Mme B ayant, ainsi qu'indiqué précédemment, pris fin avec la naissance d'une décision implicite de rejet, il est manifeste que le préfet de la Marne ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ne procédant pas à la délivrance d'un récépissé au titre de la demande de titre de séjour de Mme B.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition de l'urgence, et en l'absence d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 17 juin 2024.

Le juge de référés,

R. C

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