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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401487

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401487

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401487
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantOPYRCHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 24 juin 2924 et le 26 juillet 2024, les SASU Le pneu à prix discount et Mon contrôle technique dervois, et M. B A, représentés par Me Laumin, demandent au juge des référés statuant au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner, solidairement, la commune La porte du Der, le département de la Haute-Marne et la communauté d'agglomération de Saint-Dizier Der et Blaise à verser, la somme de :

- 163 863 euros à la SASU Le pneu à prix discount,

- 41 325, 40 euros à la SASU Mon contrôle technique dervois,

- 10 000 euros à M. A ;

2°) d'augmenter les sommes précitées des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête ;

3°) d'enjoindre aux défendeurs de verser les sommes précitées dans un délai de quinze jours suivant l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge des défendeurs le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'obligation de payer n'est pas sérieusement contestable, dès lors que le préjudice qu'ils subissent à raison des travaux de réfection de l'avenue de Champagne est anormal et spécial et que des fautes ont été commises dans l'usage des pouvoirs de police.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet 2024, le 5 septembre 2024 et 10 septembre 2024, le département de la Haute-Marne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 juillet 2024 et 17 septembre 2024, la commune de la Porte du Der et la communauté d'agglomération de Saint-Dizier Der et Blaise, représentées par M. C, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. D'autre part et nonobstant le caractère provisoire de la décision à prendre, il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de provision, d'examiner si les moyens qui lui sont présentés par le défendeur, quels qu'ils soient, ne conduisent pas à regarder comme sérieusement contestable l'obligation invoquée à l'encontre de ce dernier.

2. M. A exploite aux 51 et 55 avenue de Champagne à La porte du Der les sociétés " Le pneu à prix discount " et " Mon contrôle technique ". L'avenue de Champagne constitue la partie située en agglomération de la RD 12. Des travaux ont été entrepris sous maitrise d'ouvrage de la commune, de la communauté d'agglomération de Saint-Dizier Der et Blaise, et du département de la Haute-Marne, selon qu'étaient en cause, la réfection des réseaux, de la chaussée, des trottoirs et pistes cyclables ou de l'éclairage public. M. A agissant en tant que représentant des deux sociétés précitées, soutient, à titre principal, que la privation d'accès partielle ou totale à ses établissements, est à l'origine d'un préjudice grave et spécial, engageant la responsabilité des personnes publiques précitées. A titre subsidiaire il fait valoir que l'usage fautif, par les mêmes intervenants, des pouvoirs de police qu'ils détiennent, lui a également causé un préjudice.

3. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 17 juillet 2023 le maire de la commune de La porte du Der, afin de permettre la réalisation de travaux précités, a modifié les conditions de circulation avenue de Champagne. Cet arrêté, s'il interdisait la circulation sur l'intégralité de la RD12 prévoyait une exception au profit des usagers cherchant à accéder aux riverains. Par un second arrêté du 11 avril 2024, la circulation des véhicules légers a été autorisée, alors que celle des poids-lourds était interdite, de mi-avril à la fin juin 2024. Enfin par un troisième arrêté du 28 juin 2024 la circulation des poids lourds est strictement interdite avenue de Champagne du 28 juin au 15 juillet 2024.

4. M. A fait valoir que d'octobre 2023 à décembre 2023 ses établissements n'étaient plus accessibles par la voie habituelle, que l'accès depuis la commune de Montier-en-Der n'était plus possible et qu'à compter du début 2024 ainsi que pendant les périodes du 21 au 24 juin 2024 et le 11 juillet 2024, l'accès à ses entreprises était totalement impossible.

5. Toutefois, M. A qui, en sa qualité de riverain de la voie publique en travaux, profite de la présence de cet ouvrage public dans le cadre de son activité professionnelle, doit supporter les contraintes résultant des travaux en cause, sous réserve de l'existence de troubles excédant par leur ampleur ceux que les riverains des voies publiques sont tenus de supporter sans indemnité. Il ne résulte pas des prescriptions imposées par les arrêtés précités que l'accès aux établissements en cause aient été, sauf ponctuellement, impossible pendant la période en litige. Les pièces produites et notamment les constats réalisés à la demande de M. A par des commissaires de justice, ne permettant pas de l'établir. Cependant, il résulte de l'instruction que l'accès aux établissements de M. A a été rendu plus difficile pendant la période des travaux, entrainant une baisse, indiscutable, du chiffre d'affaires de ces deux sociétés. Toutefois, ces contraintes, alors que comme il a été dit, l'intéressé bénéficie de la présence de la RD 12, et qu'au demeurant, la rénovation de cette voie sera profitable aux établissements détenus par M. A, ne permettent pas d'établir, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, que l'obligation dont se prévalent les requérants, et fondée sur l'existence d'un préjudice grave et spécial en lien avec la réalisation des travaux, ne serait pas sérieusement contestable.

6. Il ne résulte pas plus de l'instruction que le maire, en prenant les arrêtés précités aurait imposé des prescriptions excessives, constitutives d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.

7. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant au versement d'une provision doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de rejeter l'ensemble de conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SASU Le pneu à prix discount, de la SASU Mon contrôle technique dervois et de M. B A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de la Haute-Marne, la commune de La porte du Der et la communauté d'agglomération de Saint-Dizier Der et Blaise, au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Le pneu à prix discount, à la SASU Mon contrôle technique dervois, à M. B A, au département de la Haute-Marne, à la commune de La porte du Der et à la communauté d'agglomération de Saint-Dizier Der et Blaise.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés

O. NIZET

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