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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401589

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401589

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401589
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationR
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Boia, demande au juge des référés :

1°) à titre principal statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à l'enregistrement provisoire de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer sous les mêmes conditions un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

2°) à titre subsidiaire sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à l'enregistrement provisoire de sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer sous les mêmes conditions un récépissé valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence d'enregistrement de sa demande de titre de séjour de d'autorisation de séjour contraint sa liberté de circulation, l'empêche de poursuivre sereinement son insertion et le prive de ressources alors qu'il a désormais un enfant à charge ;

- la mesure sollicitée est utile dans la mesure où elle est le préalable à la délivrance d'un récépissé qui doit lui être délivré dès lors que son dossier est complet ;

- cette mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Deschamps, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 21 août 2003 au vu des documents qu'il produit, avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Le préfet de la Marne a accusé réception de cette demande le 26 juin 2023, sans pour autant lui en délivrer récépissé. Il est devenu père d'un enfant français né le 14 février 2024 et a demandé au plus tard le 24 mai 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet, sous astreinte, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui en délivrer récépissé.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 de ce code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et l'article R. 432-2 de ce code énonce que " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article R. 431-12 de ce code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; () ".

6. Par application des dispositions citées au point 4, la demande de titre de séjour déposée le 26 juin 2023 par M. A a été implicitement rejetée le 26 octobre 2023. Par suite, le préfet de la Marne ne pouvait légalement considérer que la demande présentée le 24 mai 2024 en constituerait un complément. Dès lors qu'il n'est pas contesté que cette seconde demande était complète, il appartenait à l'autorité administrative de procéder à son enregistrement et d'en délivrer récépissé. Le fondement de la demande de titre de séjour est au nombre de ceux pour lesquels le récépissé doit autoriser l'exercice d'une activité professionnelle. Au vu des conséquences de l'absence d'enregistrement de cette demande, et par suite de délivrance d'un récépissé, sur la situation administrative de M. A et notamment sur la possibilité de se déplacer sereinement et de postuler à un emploi, la demande présente un caractère d'urgence et d'utilité. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder, dans un délai de huit jours, à l'enregistrement à titre provisoire de cette demande et de délivrer à M. A dans le même délai à titre provisoire un récépissé l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. A à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Boia, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boia de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder dans un délai de huit jours à l'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée par M. A en qualité de parent d'enfant français et de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Boia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 200 euros à Me Boia, avocate de M. A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Alexandrine Boia et au préfet de la Marne.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 19 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

A. DESCHAMPS

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