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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401598

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401598

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401598
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, complétée par un mémoire enregistré

le 10 juillet 2024, M. D B, maire de Millières (Haute-Marne) demande au tribunal, sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, de déclarer démis d'office de son mandat de conseiller municipal M. Didier Lhuillier.

Il soutient que M. C a été convoqué le 29 mai 2024 pour tenir le bureau de vote pour les élections européennes du 9 juin 2024 et le 26 juin 2024 pour tenir le bureau de vote pour les élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, et qu'il a à chaque fois répondu qu'il ne serait pas disponible sans indiquer de motif.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2024 par une ordonnance

du 4 juillet 2024.

Par courrier du 19 juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était pour partie susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la saisine du tribunal concernant le refus de M. C de participer à la tenue du bureau de vote

le 9 juin 2024 dès lors que le refus a été exprimé le 29 mai 2024 et que la requête a été adressée par courriel au tribunal le 3 juin 2024, au-delà du délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code électoral ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, président rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, maire de la commune de Millières (Haute-Marne), a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne sur le fondement des articles L. 2121-5 et R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales afin qu'il prononce la démission d'office de M. Didier Lhuillier, conseiller municipal, au motif qu'il a refusé, sans excuse valable, de remplir

les fonctions d'assesseur dans le bureau de vote de la commune pour les élections au parlement européen du 9 juin 2024 et pour les élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024.

2. Aux termes de l'article R. 42 du code électoral : " Chaque bureau de vote est composé d'un président, d'au moins deux assesseurs et d'un secrétaire choisi par eux parmi les électeurs de la commune. [] ". Aux termes de l'article R. 44 du même code : " Les assesseurs de chaque bureau sont désignés conformément aux dispositions ci-après : / - Chaque candidat ou chaque liste en présence a le droit de désigner un assesseur et un seul pris parmi les électeurs du département ; / - Des assesseurs supplémentaires peuvent être désignés par le maire parmi les conseillers municipaux dans l'ordre du tableau, puis, le cas échéant, parmi les électeurs de la commune. () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 45 de ce code : " Chaque conseiller municipal assesseur peut également désigner son suppléant, soit parmi les autres conseillers municipaux, soit parmi les électeurs de la commune ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre d'un conseil municipal qui, sans excuse valable, a refusé de remplir une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois, est déclaré démissionnaire par le tribunal administratif. / Le refus résulte, soit d'une déclaration expresse adressée à qui de droit ou rendue publique par son auteur, soit de l'abstention persistante après avertissement de l'autorité chargée de la convocation. / Le membre ainsi démissionnaire ne peut être réélu avant le délai d'un an. ", et selon l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales : " Dans les cas prévus à l'article L. 2121-5, la démission d'office des membres des conseils municipaux est prononcée par le tribunal administratif. / Le maire, après refus constaté dans les conditions prévues

par l'article L. 2121-5 saisit dans le délai d'un mois, à peine de déchéance,

le tribunal administratif. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la fonction d'assesseur de bureau de vote qui, en vertu de l'article R. 44 du code électoral, peut être confiée par le maire à des membres du conseil municipal, compte parmi les fonctions qui leur sont dévolues par les lois au sens de l'article L. 2121-5 du code général des collectivités territoriales. Un membre du conseil municipal ne peut se soustraire à cette obligation que s'il est en mesure, sous le contrôle du juge administratif, de présenter une excuse valable.

Sur le refus de M. C de participer à la tenue du bureau de vote le 9 juin 2024 :

4. M. C a expressément refusé d'exercer la fonction d'assesseur lors des élections au parlement européen du 9 juin 2024 par un courriel du 29 mai 2024. Le délai

d'un mois pour saisir le tribunal de ce refus prévu par les dispositions de l'article R. 2121-5 du code général des collectivités territoriales, qui est un délai franc, a expiré le lundi 1er juillet 2024. Or, la requête du maire de Millières a été déposée par courriel le 3 juillet 2024, soit au-delà du délai d'un mois. Elle est donc tardive pour ce qui concerne ce refus, et doit sur ce point être rejetée comme irrecevable.

Sur l'abstention de M. C concernant la tenue du bureau de vote les 30 juin

et 7 juillet 2024 :

5. M. B a constaté l'abstention de M. C à exercer la fonction d'assesseur lors du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024, ce conseiller municipal se bornant à faire état de son indisponibilité, y compris pour le second tour des élections législatives, sans faire part d'aucun motif permettant d'expliquer son absence. Toutefois, M. C n'a pas fait état d'un refus par une déclaration expresse qui aurait été adressée au maire ou qu'il aurait rendue publique. Il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'il lui aurait été adressé

un avertissement l'informant des conséquences de son abstention persistante. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme ayant refusé de remplir, le 30 juin et le 7 juillet 2024, l'une des fonctions qui lui sont dévolues par les lois. Par conséquent, le maire de la commune de Millières n'est pas fondé à demander au juge administratif de prononcer d'office la démission de M. B.

6. Il résulte de ce tout qui précède que la requête de M. B, maire de Millières (Haute-Marne), doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, maire de Millières (Haute-Marne) est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Didier Lhuillier et au ministre de l'intérieur

et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à M. D B, maire de Millières,

et à la préfète de la Haute- Marne.

Délibéré après l'audience du 23 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

M. Deschamps, président,

M. Soistier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le Président-rapporteur,

signé

A. DESCHAMPS

La présidente,

signé

S. MEGRET

Le greffier,

signé

A. PICOT

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