vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402411 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024 2024, M. A B, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de prendre attache avec les autorités consulaires roumaines, afin qu'un laisser-passer consulaire lui soit délivré dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous une astreinte de 800 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la mesure de libération conditionnelle expulsion qui lui a été accordée est exécutoire depuis le 22 juillet 2024, soit un peu plus de deux mois ;
- l'inaction des services de la préfecture de l'Aube porte atteinte à sa liberté de circulation garantie par l'article 2 du protocole n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme, au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à son droit à la liberté et à la sûreté garanti par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la déclaration universelle des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. C pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. B, né en 1992, de nationalité roumaine, est entré sur le territoire français en 2008. Par un jugement du tribunal correctionnel de Paris du 9 juin 2023, il a été reconnu coupable de proxénétisme aggravé, avec pluralité d'auteurs ou de complices et pluralité de victimes, et de traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes, et condamné en conséquence à une peine de trois ans d'emprisonnement, assortie notamment d'une interdiction définitive du territoire français. Par une requête formée le 2 janvier 2024, il a demandé au juge de l'application des peines de lui faire bénéficier d'une mesure de semi-liberté probatoire à une libération conditionnelle, d'une détention à domicile sous surveillance électronique, d'un placement extérieur probatoire à une libération conditionnelle et d'une libération conditionnelle expulsion. Par un jugement du 18 juillet 2024, le juge de l'application des peines a fait droit à sa demande de libération conditionnelle expulsion, " sous réserve de la mise à exécution de son expulsion du territoire français par les services de la préfecture dès sa libération ", et a rejeté ses autres demandes. Se prévalant de la carence des services de la préfecture de l'Aube, qui n'ont selon lui pas accompli les diligences nécessaires auprès des services consulaires roumains pour mettre à exécution son expulsion du territoire français et lui permettre ainsi de bénéficier de la libération conditionnelle qui lui a été accordée par le jugement du juge de l'application des peines du 18 juillet 2024, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de prendre attache avec les autorités consulaires roumaines, afin qu'un laisser-passer consulaire lui soit délivré dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous une astreinte de 800 euros par jour de retard.
3. Aux termes de l'article 729 du code de procédure pénale : " La libération conditionnelle tend à la réinsertion des condamnés et à la prévention de la récidive. / Les condamnés ayant à subir une ou plusieurs peines privatives de liberté peuvent bénéficier d'une libération conditionnelle s'ils manifestent des efforts sérieux de réinsertion et lorsqu'ils justifient : / 1° Soit de l'exercice d'une activité professionnelle, d'un stage ou d'un emploi temporaire ou de leur assiduité à un enseignement ou à une formation professionnelle ; / () / 5° Soit de leur implication dans tout autre projet sérieux d'insertion ou de réinsertion. / Sous réserve des dispositions de l'article 132-23 du code pénal, la libération conditionnelle peut être accordée lorsque la durée de la peine accomplie par le condamné est au moins égale à la durée de la peine lui restant à subir. () ". Aux termes de l'article 729-2 de ce code : " Lorsqu'un étranger condamné à une peine privative de liberté est l'objet d'une mesure d'interdiction du territoire français, d'interdiction administrative du territoire français, d'obligation de quitter le territoire français, d'interdiction de retour sur le territoire français, d'interdiction de circulation sur le territoire français, d'expulsion, d'extradition ou de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen, sa libération conditionnelle est subordonnée à la condition que cette mesure soit exécutée. () ".
4. M. B fait valoir que l'inaction des services de la préfecture de l'Aube porte atteinte à sa liberté de circulation garantie par l'article 2 du protocole n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 13 de la déclaration universelle des droits de l'homme, au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à son droit à la liberté et à la sûreté garanti par l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il résulte de l'instruction que la privation de liberté, à l'origine des atteintes à ces libertés fondamentales, résulte avant tout de la condamnation prononcée par le tribunal correctionnel de Paris dans son jugement du 9 juin 2023, et non de l'inaction des services de la préfecture, à supposer même celle-ci établie. Par suite, M. B est détenu régulièrement après condamnation par un tribunal compétent, conformément à l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, la mesure de libération conditionnelle prononcée par le juge de l'application des peines le 18 juillet 2024 ne présente aucun caractère automatique, restant subordonnée à " la mise à exécution de son expulsion du territoire français par les services de la préfecture dès sa libération ". L'article 729-2 du code de procédure pénale ne prévoit quant à lui pas de délai pour l'exécution des mesures de libération conditionnelle. Enfin, il résulte des termes mêmes du jugement du 18 juillet 2024 qui est produit par l'intéressé que l'administration, à qui M. B n'a jamais été en mesure de présenter une carte d'identité ou un passeport en cours de validité, n'est pas restée totalement inactive, ayant avant même l'intervention de ce jugement présenté une demande de justificatif d'identité auprès du consulat roumain, à laquelle ce consulat n'a pas répondu. Dans ces conditions, la préfète de l'Aube ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. Au surplus, M. B, qui a attendu deux mois après le jugement du 18 juillet 2024 pour présenter sa requête, ne fait état d'aucune circonstance de nature à caractériser l'existence d'une urgence particulière justifiant que des mesures soient prises dans un délai de quarante-huit heures sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Aube.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 27 septembre 2024.
Le juge des référés
Signé
B. C
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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