vendredi 20 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2402998 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge unique - 1ère chambre |
| Avocat requérant | OPYRCHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Opyrchal, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision 24 septembre 2024 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a limité à 277,84 euros la remise gracieuse de sa dette résultant d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 370,45 euros, la somme de 92,61 euros restant due par la requérante ;
2°) d'annuler la décision 11 octobre 2024 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a limité à 2 321,63 euros la remise gracieuse de sa dette résultant d'un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 3 095,50 euros, la somme de 658,17 euros restant due par la requérante ;
3°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Ardennes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Ardennes la somme de 1 000 euros à verser à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que sa situation de précarité ne lui permet pas de procéder au remboursement de la somme totale de 750,78 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, la caisse d'allocations familiales des Ardennes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions de la requérante relatives à l'allocation de soutien familial et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2023-1184 du 14 décembre 2023 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Henriot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été régulièrement entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Opyrchal, représentant Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 29 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales des Ardennes a indiqué à Mme B qu'une nouvelle étude de ses droits avait révélé un trop-perçu relatif à différentes prestations familiales pour un montant total de 14'760,86 euros, Mme B ayant perçu indument la somme de 4 885,48 euros au titre de l'allocation de soutien familial, 3 095,50 euros au titre de l'aide personnalisée au logement et 6 779,88 euros au titre du revenu de solidarité active. Après déduction de prestations dont aurait dû bénéficier la requérante en lieu et place des allocations précitées, la caisse d'allocation familiales a arrêté le montant total de la dette de la requérante s'agissant de ces trois prestations à la somme de 13 735,40 euros. Par un courrier du 3 août 2024, la caisse d'allocations familiales des Ardennes a signifié à Mme B qu'elle avait indument perçu une prime exceptionnelle de fin d'année de 370,45 euros. Le 16 août 2024, Mme B a sollicité une remise gracieuse de ses dettes. Par une décision du 24 septembre 2024, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a limité à 277,84 euros la remise gracieuse de sa dette résultant de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année. Par une décision du 11 octobre 2024, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes a limité à 2 321,63 euros la remise gracieuse de sa dette résultant de l'indu d'aide personnalisée au logement. Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur le cadre du litige et la compétence de la juridiction administrative :
2. Mme B ne sollicite, dans la présente instance, ni l'annulation de la décision du 27 septembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental des Ardennes a refusé de lui accorder une remise de dette s'agissant de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 779,88 euros, ni la décision portant sur l'indu relatif à l'allocation de soutien familial d'un montant de 4 885,48 euros. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales des Ardennes tirée de ce que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître d'une décision relative au versement de cette aide doit être écartée.
Sur la demande de remise de dette :
3. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () / Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale.". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ". Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur :
() / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ".
4. Aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 2023-1184 du 14 décembre 2023 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux bénéficiaires de l'une des allocations suivantes qui ont droit à son versement au titre du mois de novembre 2023 ou, à défaut, au titre du mois de décembre 2023, sauf lorsque cette aide exceptionnelle leur a été versée au titre du revenu de solidarité active () ". Selon l'article 7 du même décret : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. () ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. S'agissant d'un indu constaté au titre des aides personnelles au logement, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité de l'intéressé et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
6. D'une part, la bonne foi de la requérante n'est pas contestée par la caisse d'allocations familiales des Ardennes.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que si Mme B est mariée à un ressortissant érythréen bénéficiant du statut de réfugié au Danemark, elle vit seule en France avec deux enfants à charge. En effet, son époux, qui ne dispose pas d'un titre de séjour lui permettant de résider durablement en France dispose de son propre logement au Danemark et ne contribue pas aux charges du foyer de la requérante, dont les enfants sont issus d'une précédente relation. Dès lors, Mme B, qui n'exerce pas d'activité professionnelle, dispose pour seules ressources d'allocations d'un montant d'environ 150 euros, le bénéfice du revenu de solidarité active lui ayant été retiré. La requérante établit que le montant mensuel de son loyer s'élève à 504 euros et qu'elle était endettée vis-à-vis de son bailleur à hauteur de 2 409 euros au 15 octobre 2024. En outre, le montant total des dettes de Mme B en lien avec des indus de prestations sociales s'élève à la somme de 15 131,31 euros. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que Mme B se trouve dans un état de précarité qui justifie de lui accorder une remise gracieuse de la totalité des indus en litige de 370,45 euros, s'agissant de la prime exceptionnelle de fin d'année, et de 3 095,50 euros, s'agissant de l'aide personnelle au logement.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la demande de remise de dette de Mme B.
Sur les frais du litige :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Opyrchal, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Ardennes le versement à cette avocate d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er: Les décisions du directeur de la caisse d'allocations familiales des Ardennes des 24 septembre et 11 octobre 2024 sont annulées.
Article 2 : Il est accordé à Mme B une remise totale de ses dettes résultant, d'une part d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 370,45 euros et, d'autre part, d'un indu d'aides personnelles au logement d'un montant de 3 095,50 euros.
Article 3 : La caisse d'allocations familiales des Ardennes versera à Me Opyrchal la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse d'allocations familiales des Ardennes, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de la famille et à Me Aurore Opyrchal.
Copie en sera délivrée au département des Ardennes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
J. HENRIOTLa greffière,
Signé
A DEFORGE
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026