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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2502177

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2502177

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2502177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSILVA MACHADO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. C..., ressortissant tunisien, qui contestait les arrêtés du préfet de police de Paris du 21 mai 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, en se fondant sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la récence du séjour et de l'absence d'insertion durable en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2514022/12-3 du 30 juin 2025, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal, sur le fondement des articles R. 351-3, R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative, la requête de M. D... C..., enregistrée au greffe de ce tribunal le 22 mai 2025.

Par cette requête, enregistrée le 7 juillet 2025, M. C..., représenté
par Me Silva Machado, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 21 mai 2025 par lequel le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 21 mai 2025 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Il soutient que :
- les décisions en litige ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2025, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 12 septembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée
au 12 octobre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Amelot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :


1. M. C..., ressortissant tunisien né le 14 mai 2005, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2023 selon ses déclarations. L’intéressé a fait l’objet d’un contrôle d’identité, le 20 mai 2025, dans le cadre d’une opération des services de police aux fins de rechercher les personnes susceptibles de commettre des infractions dans un périmètre délimité par le complexe de la gare internationale « Gare de Lyon ». Par un arrêté du 21 mai 2025,
le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de son éloignement. Par un second arrêté pris le même jour, le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. C... demande l’annulation de ces arrêtés.



Sur les conclusions aux fins d’annulation :


2. Par un arrêté n° 2025-00492 du 25 avril 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de police, le préfet de police de Paris a donné à Mme A... B..., attachée d’administration de l’Etat, délégation à l’effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement d’autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier
qu’elles n’ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l’acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :


3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.


4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision portant obligation de quitter
le territoire français que la situation de M. C... n’aurait pas fait l’objet d’un examen particulier. Ce moyen doit donc être écarté.


5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».


6. L’entrée en France de M. C... est récente et il ne verse pas aux débats des éléments de nature à établir une insertion durable dans la société française. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il serait dépourvu de tout lien dans son pays d’origine alors
qu’il y a vécu jusqu’à l’âge de 20 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit de M. C... au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.



En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :


7. Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-7 de ce même code : « Lorsque l’étranger s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l’autorité administrative édicte une interdiction de retour (…) ». Aux termes de l’article L. 612-8 du même code : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Selon l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».



8. Alors même que M. C... ne représente pas une menace pour l’ordre public et qu’il n’a pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement, au vu de la durée limitée de son séjour en France et de sa faible intégration, la durée de douze mois fixée pour l’interdiction de retour sur le territoire français n’est pas disproportionnée.



9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de l’arrêté du 21 mai 2025 portant obligation de quitter le territoire français et de l’arrêté du 21 mai 2025 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois doivent être rejetées.










D E C I D E :










Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet
de police de Paris.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,
M. Amelot, premier conseiller,
M. Paggi, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.


Le rapporteur,

F. AMELOT
Le président,

A. DESCHAMPS


Le greffier,





A. PICOT




La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.


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