jeudi 25 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-1903229 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | MARCHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 décembre 2017 et le 15 octobre 2018, au greffe du tribunal des pensions militaires de Nancy et transférée au greffe du tribunal administratif de Nancy pour y être enregistrée sous le n°1903229, le 4 novembre 2019, M. E B, représenté par Me C, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la ministre des armées du 30 juin 2017 portant refus de la demande de révision de la pension de son père, M. F B, enregistrée le 31 juillet 2014 ;
2°) de juger que Mme D C, épouse B, a été victime de guerre ;
3°) de statuer ce que de droit quant aux dépens.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'il a produit en cours d'instance la décision de la ministre des armées du 30 juin 2017 ;
- la ministre des armées a commis une erreur d'appréciation en considérant que les infirmités " syndrome subjectif post-traumatique, troubles dysmnésiques, difficultés de l'attention et à la concentration intellectuelle, insomnies, sensations vertigineuses atypiques ", " troubles psychologiques avec syndrome anxio-dépressif " et " séquelles d'un éclat d'obus situé au niveau du poignet gauche entrainant douleurs, raideur et diminution de la force musculaire " ne se sont pas aggravées ;
- la ministre des armées a commis une erreur d'appréciation en considérant que l'infirmité nouvelle " séquelles d'amputation distale du 5ème doigt de la main gauche " n'est pas imputable au service " ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 18 avril 2018, 30 octobre 2018 et 17 janvier 2019, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision attaquée ;
- M. B n'a pas qualité pour agir au nom de son père en vue d'obtenir la revalorisation de la majoration de sa pension pour " tierce personne " ;
- M. B n'a pas qualité pour agir au nom de sa mère, en vue de voir reconnaître cette dernière en qualité de victime civile ;
- la majoration pour " tierce personne " dont bénéficie le père du requérant ne constitue pas une créance transmissible à ses héritiers ;
- l'aggravation des infirmités pensionnées et le lien entre l'infirmité " séquelles d'amputation distale du 5ème doigt de la main gauche " n'est pas établi.
Par un jugement avant-dire droit du 10 juillet 2019, le tribunal des pensions militaires de Nancy a :
1°) déclaré M. B recevable en son action poursuivie au son de son père, M. A B ;
2°) déclaré M. B irrecevable en son action formée au nom de sa mère, Mme D B ;
3°) ordonné avant-dire droit l'expertise du dossier médical, civil et militaire et du dossier de M. A B ;
4°) désigné pour y procéder Mme le Dr. G pour les infirmités physiques et M. le Dr. Brunner pour le syndrome subjectif post-traumatique et l'infirmité " troubles psychologiques " ;
5°) réservé les dépens.
Le rapport d'expertise du Dr. Brunner a été déposé au greffe du tribunal des pensions militaires de Nancy, le 30 août 2019.
Le rapport d'expertise du Dr G a été déposé au greffe du tribunal administratif de Nancy, le 13 décembre 2019.
Par une ordonnance du 18 juillet 2022, les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 900 euros.
Par des mémoires enregistrés les 3 avril et 10 juin 2020 et un mémoire enregistré le 18 août 2020, postérieurement à la clôture et non communiqué, M. B, représenté par Me C, conclut aux mêmes fins que précédemment, par les mêmes moyens.
Par un mémoire enregistré le 10 décembre 2019 et un mémoire enregistré le 19 mai 2021, postérieurement à la clôture, et non communiqué, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 24 avril 2018
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B était titulaire d'une pension militaire pour invalidité définitive, concédée par arrêté ministériel du 1er juillet 2013 aux taux de 90%, pour " syndrome subjectif post-traumatique, troubles dysmnésiques, difficultés de l'attention et à la concentration intellectuelle, insomnies, sensations vertigineuses atypiques ", " troubles psychologiques avec syndrome anxio-dépressif " et " séquelles d'un éclat d'obus situé au niveau du poignet gauche entrainant douleurs, raideur et diminution de la force musculaire ". Par une demande enregistrée le 31 juillet 2014, l'intéressé a sollicité la révision de sa pension pour aggravation et en raison de la survenue de l'infirmité nouvelle " séquelles d'amputation distale du 5ème doigt de la main gauche ". M. A B est décédé le 26 décembre 2016. Par une décision du 30 juin 2017, la ministre des armées a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. E B, fils de M. A B, demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la revalorisation de la pension militaire d'invalidité :
En ce qui concerne les infirmités déjà pensionnées :
2. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, alors applicable : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée () ".
Quant aux infirmités " syndrome subjectif post-traumatique, troubles dysmnésiques, difficultés de l'attention et à la concentration intellectuelle, insomnies, sensations vertigineuses atypiques ", " troubles psychologiques avec syndrome anxio-dépressif " :
3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport médical établi par le Dr. Kriout, le 28 juillet 2016, qu'à cette date M. B présentait des troubles de la mémoire de fixation, avec oubli des éléments récents mais que lors du discours sur les faits anciens, la formulation est claire et cohérente. M. B n'avait pas d'idées noires, son alimentation restait préservée avec un appétit correct et une absence d'apathie. Le Dr. Brunner, psychiatre expert désigné par le tribunal des pensions militaires, conclut que les constatations réalisées par son confrère, quelques mois avant le décès de M. B, ne permettait pas de déceler une aggravation de l'état de M. B et que les atteintes identifiées à cette date relevaient uniquement des effets inéluctables de l'âge. Si M. E B se prévaut des certificats médicaux peu circonstanciés dressés par le Dr. Debruille, le 7 novembre 2016, 17 janvier 2018 et le 27 novembre 2018, ces derniers ne sauraient remettre en cause les conclusions concordantes des médecins-experts désignés par l'administration et le tribunal des pensions. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a estimé que le taux des infirmités " syndrome subjectif post-traumatique, troubles dysmnésiques, difficultés de l'attention et à la concentration intellectuelle, insomnies, sensations vertigineuses atypiques ", " troubles psychologiques avec syndrome anxio-dépressif " ne s'est pas aggravé de plus de 10%.
Quant à l'infirmité " séquelles d'un éclat d'obus situé au niveau du poignet gauche entrainant douleurs, raideur et diminution de la force musculaire " :
4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du Dr. Ludig-Lescinsky que M. A B a été victime d'éclats d'obus, le 7 avril 1945, entrainant une lésion de son poignet gauche. L'expert constate que les différents examens cliniques pratiqués par des rhumatologues et des neurologues ne révélaient pas de lésion des articulations, pas de limitation des amplitudes articulaires mais simplement des douleurs à la mobilisation du poignet. Il n'était pas constaté d'atteinte neurologique, de syndrome pyramidal, de syndrome cérébelleux, de syndrome extra-pyramidal ou de maladie de Dupuytren. Le bilan radiographique révélait deux petits éclats d'obus mais qui n'étaient pas à l'origine de lésions tendineuses pouvant entrainer une rétractation des mains, ce qui conduit l'expert à conclure à l'absence d'aggravation probante de l'infimité. M. B ne produit aucun élément médical de nature à remettre en cause les conclusions du rapport d'expertise. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a estimé que le taux de l'infirmité " séquelles d'un éclat d'obus situé au niveau du poignet gauche entrainant douleurs, raideur et diminution de la force musculaire " ne s'est pas aggravé de plus de 10%.
En ce qui concerne l'infirmité nouvelle :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 151-6 du même code : " La décision comportant attribution de pension est motivée. Elle fait ressortir les faits et documents ou les raisons d'ordre médical établissant que l'infirmité provient de l'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ou, lorsque la pension est attribuée par présomption, le droit de l'intéressé à cette présomption ".
6. Lorsque le demandeur de pension ne peut bénéficier de la présomption légale d'imputabilité et que cette imputabilité est niée par l'administration, il doit apporter la preuve que l'infirmité provient d'une blessure reçue, d'un accident subi ou d'une maladie contractée par le fait ou à l'occasion du service. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, ni d'une probabilité même forte, d'une vraisemblance ou d'une simple hypothèse médicale.
7. M. A B a été amputé du cinquième doigt de la main gauche à la suite d'une chute survenue le 3 avril 2009. Il ne résulte pas de l'instruction que cette chute est en lien avec une infirmité ou une blessure subies à l'occasion du service. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la ministre des armées a considéré que l'infirmité " séquelles d'amputation distale du 5ème doigt de la main gauche " n'est pas imputable au service.
Sur les dépens de l'instance :
8. Il y a lieu de mettre définitivement à la charge de l'Etat, au titre de l'aide juridictionnelle, les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 900 euros TTC par l'ordonnance du tribunal administratif de Nancy du 18 juillet 2022.
D E C I D E :
Article 1er : Les dépens de l'instance, correspondant aux frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 900 euros, sont mis à la charge définitive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1903229
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026