jeudi 25 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-1903330 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP JAMIN - LHUILLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 novembre 2019 et le 21 juillet 2020, la sociétéA, représentée, dans le dernier état de ses écritures par Me Cheval, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2014 et 2015, la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 mars 2015 ainsi que la décharge de l'ensemble des pénalités et intérêts correspondant à ces différentes impositions ;
2°) de maintenir, en tant que de besoin, le sursis de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 620 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les dépenses considérées par l'administration comme non engagées dans l'intérêt de l'entreprise se rapportent en réalité à des biens mis en œuvre chez les clients de la société ;
- les indemnités kilométriques comptabilisées au titre des exercices 2014 et 2015 constituent des charges déductibles dès lors qu'ils correspondent à des déplacements effectués pour le compte de l'entreprise et présentant donc un caractère professionnel ; elles doivent être calculées sur la base d'une distance parcourue de 71 000 kilomètre par an et la méthode du kilométrage moyen annuel est dénuée de toute pertinence ;
- la majoration de 40% pour manquement délibéré n'est pas justifiée en l'absence de tout élément intentionnel dans les anomalies constatées.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2020, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut :
1°) au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Elle soutient que :
- au regard des éléments produits, les dépenses initialement considérées comme non engagées dans l'intérêt de l'entreprise présentent un caractère déductible et il n'y a pas lieu de statuer à hauteur des dégrèvements correspondant accordés en cours d'instance ;
- les éléments produits ne permettent pas de justifier de la distance parcourue pour le compte de la société par les deux véhicules automobiles ;
- l'intention frauduleuse du contribuable découle de la nature et de l'importance des omissions constatées par le vérificateur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL A a pour objet la réalisation de travaux de peinture, décoration, plâtrerie, isolation intérieure et extérieure, ravalement de façades, vitrerie, revêtements de sols et murs. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et sur les exercices 2014 et 2015 en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés. A l'issue des opérations de contrôle, la société s'est vu adresser une proposition de rectification, le 5 décembre 2017. Saisie à l'initiative de la société, la commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires a rendu son avis à l'issue de la séance du 17 janvier 2019. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement le 10 avril 2019. La société a formé une réclamation contentieuse contre ces impositions le 12 juin 2019, qui a été rejetée le 17 septembre 2019. Par sa requête, la société A demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 15 mai 2020, postérieure à l'introduction de la requête, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est a prononcé la décharge des sommes de 736 euros en droit et de 372 euros en pénalités au titre de la taxe sur la valeur ajoutée de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et des sommes de 785 euros en droit et de 323 euros en pénalité au titre de l'impôt sur les sociétés des exercices 2014 et 2015. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le sursis de paiement :
3. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au maintien du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.
Sur les conclusions à fin de décharge :
4. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () Toutefois, les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais () ".
5. Il résulte de l'instruction que le dirigeant de la société A a été remboursé au cours des exercices 2014 et 2015 de frais kilométriques correspondant à l'usage de deux véhicules automobiles dont l'un a été vendu par l'intéressé à la société en novembre 2014, pour un total de 41 192,1 kilomètres parcourus de janvier à juillet 2015 et de 50 401,80 kilomètres parcourus de janvier à septembre 2014. Le dépouillement des comptes rendus de réunion communiqués à l'administration au titre de l'exercice 2015 a conduit cette dernière à ne valider la déduction que de 35% des indemnités kilométriques facturées au titre de cet exercice, pourcentage que l'administration a également repris au titre de l'exercice 2014.
6. Pour contester le pourcentage de déduction retenu par le vérificateur, la société A, se limite à produire deux factures d'entretien par des garages automobiles desquelles il ressort que le premier véhicule avait un kilométrage de 253 783 kilomètres le 19 mars 2013 et de 329 707 kilomètres le 27 mars 2014 et le second véhicule un kilométrage de 129 117 kilomètres, le 21 juin 2014, de 184 925 kilomètres le 19 septembre 2015 et de 219 479 kilomètres le 16 avril 2016. Par ailleurs, la société produit plusieurs tableurs " excel ", établis par ses soins, établissant la liste des réunions de chantier pour les mois de mars 2014, août 2014, juin 2015 et décembre 2015. Toutefois, les justificatifs ainsi produits, s'ils sont de nature à établir l'existence d'un kilométrage global important, ne permettent pas de justifier la distance parcourue par les véhicules pour des usages professionnels pour le compte de la société alors qu'il n'est pas contesté par la requérante que les véhicules litigieux ont, pour parties des exercices litigieux, été utilisés pour satisfaire des besoins privés du dirigeant de la société et de son épouse. Dans ces conditions, et alors que l'administration fiscale a admis 35% des indemnités versées au titre des exercices 2014 et 2015, après une analyse cohérente de l'ensemble des éléments dont elle disposait, la requérante ne contredit pas utilement la position du service. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du quantum retenu pour les rectifications.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
8. Pour justifier l'application d'une pénalité pour manœuvre frauduleuse, l'administration a relevé que la société requérante avait systématiquement sous-évalué le montant de TVA collectée à hauteur de 40% en 2014 et de 60% en 2015, que le compte de TVA déductible " 44568 " présentait un solde créditeur de 6 288 € au 31 décembre 2015, ce qui par la nature même de ce compte traduisait un excédent de déduction, que l'analyse du détail de ce compte démontre une opacité totale des libellés, toujours identiques, mettant le service dans l'incapacité de s'assurer que ces écritures correspondent à une TVA déductible sur factures fournisseurs, que la SARL A a déduit de la TVA pour des dépenses qui n'ont pas été engagées dans l'intérêt de la société mais dans l'intérêt du gérant de fait ou de tiers non identifiés, que la SARL A a comptabilisé des charges pour des prestations dont la réalité n'est pas établie, via des factures fictives et qu'au cours des exercices 2014 et 2015, le dirigeant a été remboursé régulièrement de frais kilométriques non justifiés. Dès lors, l'administration a, contrairement à ce que soutient la société requérante, démontré le caractère délibéré des manquements à l'origine des impositions en litige. La société requérante n'est ainsi pas fondée à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge des sommes de 736 euros en droit et de 372 euros en pénalités au titre de la taxe sur la valeur ajoutée de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et des sommes de 785 euros en droit et de 323 euros en pénalités au titre de l'impôt sur les sociétés des exercices 2014 et 2015.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1903330
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026