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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-1903332

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-1903332

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-1903332
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP JAMIN - LHUILLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 novembre 2019 et le 10 juillet 2020, M. C et Mme D B, représentés dans le dernier état de leurs écritures par Me Cheval, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prestations sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016 ainsi que la décharge de l'ensemble des pénalités et intérêts correspondant à ces différentes impositions ;

2°) de maintenir, en tant que de besoin, le sursis de paiement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 980 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les indemnités kilométriques comptabilisées au titre des exercices 2014 et 2015 constituent des charges déductibles pour la société A et ne peuvent être taxées entre leurs mains sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts dès lors qu'elles correspondent à des déplacements effectués pour le compte de l'entreprise et présentant donc un caractère professionnel ; elles doivent être calculées sur la base d'une distance parcourue de 71 000 kilomètre par an et la méthode du kilométrage moyen annuel est dénuée de toute pertinence ;

- les frais remboursés à M. et Mme B correspondent à des remboursements de dépenses effectuées pour le compte de leur société ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré n'est pas justifiée en l'absence de tout élément intentionnel dans les anomalies constatées.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2020, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- les éléments produits ne permettent pas de justifier de la distance parcourue pour le compte de la société par les deux véhicules automobiles ;

- la réalité de l'engagement des dépenses engagées par M. et Mme B pour le compte de la société n'est pas rapportée si bien que ces dernières constituent un avantage occulte au sens du c de l'article 111 du code général des impôts ;

- l'intention frauduleuse du contribuable découle de la nature et de l'importance des omissions constatées par le vérificateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL A a pour objet la réalisation de travaux de peinture, décoration, plâtrerie, isolation intérieure et extérieure, ravalement de façades, vitrerie, revêtements de sols et murs. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et sur les exercices 2014 et 2015 en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés. M. B, gérant de fait de la société, et son épouse ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2014, 2015 et 2016 et se sont vu adresser des propositions de rectification les 14 décembre 2017 et 28 février 2018. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement les 31 janvier 2019, 31 mars 2019 et 30 juin 2019. Les intéressés ont formé des réclamations contentieuses contre ces impositions les 13 mars, 17 mai et 5 juillet 2019, qui ont été partiellement acceptées le 17 septembre 2019. Par leur requête, M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge des impositions en litige.

Sur le sursis de paiement :

2. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au maintien du sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a été remboursé au cours des années 2014 et 2015 de frais kilométriques correspondant à l'usage de deux véhicules automobiles dont l'un a été vendu par l'intéressé à la société en novembre 2014, pour un total de 41 192,1 kilomètres parcourus de janvier à juillet 2015 et de 50 401,80 kilomètres parcourus de janvier à septembre 2014. Le dépouillement des comptes rendus de réunion communiqués à l'administration au titre de l'exercice 2015 a conduit cette dernière à ne valider la déduction que de 35% des indemnités kilométriques facturées au titre de cet exercice, pourcentage que l'administration a également repris au titre de l'exercice 2014 et à considérer le surplus comme des revenus réputés distribués au sens des dispositions susvisées.

5. Pour contester le pourcentage de déduction retenu par le vérificateur, M. B se limite à produire deux factures d'entretien par des garages automobiles desquelles il ressort que le premier véhicule avait un kilométrage de 253 783 kilomètres le 19 mars 2013 et de 329 707 kilomètres le 27 mars 2014 et le second véhicule un kilométrage de 129 117 kilomètres, le 21 juin 2014, de 184 925 kilomètres le 19 septembre 2015 et de 219 479 kilomètres le 16 avril 2016. Par ailleurs, la société produit plusieurs tableurs " excel ", établis par ses soins, établissant la liste des réunions de chantier pour les mois de mars 2014, août 2014, juin 2015 et décembre 2015. Toutefois, les justificatifs ainsi produits, s'ils sont de nature à établir l'existence d'un kilométrage global important, ne permettent pas de justifier la distance parcourue par les véhicules pour des usages professionnels pour le compte de la société alors qu'il n'est pas contesté par la requérante que les véhicules litigieux ont, pour parties des exercices litigieux, été utilisés pour satisfaire des besoins privés du dirigeant de la société et de son épouse. Dans ces conditions, et alors que l'administration fiscale a admis 35% des indemnités versées au titre des exercices 2014 et 2015, après une analyse cohérente de l'ensemble des éléments dont elle disposait, M. B ne contredit pas utilement la position du service.

6. En second lieu, Il résulte de l'instruction et notamment des relevés bancaires de la société A, que cette dernière a remboursé à M. B des frais pour un montant total de 5 729 euros au titre de l'année 2014 et de 8 051 euros au titre de l'année 2015 ainsi qu'une somme totale de 6 151 euros, au profit de Mme B, au titre de l'année 2014. La preuve n'étant pas rapportée de ce que M. et Mme B avaient effectivement avancé ces sommes pour le compte de leur société, l'administration les a qualifiées comme étant des distributions occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts. Dans le cadre de la présente instance, M. B verse deux relevés de son compte personnel datant des 8 septembre 2014 et du 6 juillet 2015, desquels il ressort que l'intéressé a payé, le 2 septembre 2014 une somme de 182,85 euros au magasin " Brico-Dépôt " d'Essey-lès-Nancy, et une somme de 699,99 euros, le 18 juin 2015, pour l'achat d'une suite d'applications professionnelles destinée aux professionnels de la construction, dénommée " archipad ", sommes qui lui ont été remboursées par la société A. Par suite, au regard des pièces ainsi produites, M. et Mme B sont seulement fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré les sommes de 182,85 euros et de 699,99 euros comme étant des distributions occultes.

Sur les pénalités :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".

8. Pour justifier l'application d'une pénalité pour manœuvre frauduleuse, l'administration a relevé qu'en prélevant des sommes sans contrepartie réelle et en se faisant rembourser des frais et des dépenses par la SARL A, M. B était parfaitement conscient de tirer un bénéfice personnel de ce schéma puisque la personne passant les dépenses en charge dans la société est la même personne qui en bénéficie dans les faits. En outre, en tant que gérant de fait de la société, M. B disposait des moyens de paiement de la société et avait donc la possibilité de passer des virements librement sur son compte personnel. De plus, en réalisant lui-même son propre bulletin de salaire et en sa qualité de gérant de fait de la société, M. B avait une connaissance parfaite des sommes versées pour son propre salaire et le rapprochement avec les virements effectués a fait état d'un montant supérieur identifié comme étant des revenus salariaux. Dès lors, l'administration a, contrairement à ce que soutiennent les requérants, démontré le caractère délibéré des manquements à l'origine des impositions en litige. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à demander la décharge des majorations qui leur ont été appliquées.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code d justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le quantum des revenus réputés distribués à M. et Mme B au titre de l'année 2014 est réduit d'une somme de 182,85 euros.

Article 2 : Le quantum des revenus réputés distribués à M. et Mme B au titre de l'année 2015 est réduit d'une somme de 699,99 euros.

Article 3 : M. et Mme B sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi que des pénalités correspondant à la réduction de la base d'imposition décidée aux articles 1°et 2 ci-dessus.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme D B et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°190333

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