jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-1903586 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL FILOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2019, M. B A, représenté par Me Brancaleoni, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à l'administration de transmettre les éléments de détermination de charges et une liste de médecins praticiens ainsi que le ratio de charges déclarés par eux ;
2°) de prononcer la décharge en droits et pénalités des suppléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2014 et 2015 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que
- le compte ouvert dans les livres de la banque BNP Parisbas ne constitue pas un compte professionnel mais personnel, il ne peut dès lors être inclus dans le périmètre de la vérification de comptabilité ;
- les deux comptes en banque ouverts auprès de la banque Crédit mutuel intègrent, d'une part, certains honoraires inclus dans le système national inter régime (SNIR), tels que ceux versés par la maison hospitalière Saint-Charles et le centre Jacques Parisot et, d'autre part, des versements en espèce ;
- l'écart entre le montant des honoraires portés sur les relevés du SNIR et celui mentionné sur les copies d'écran issus du logiciel Médistory est faible ;
- la liste des médecins retenus pour évaluer les frais de véhicule ne comprend aucun médecin pratiquant des expertises médicales ;
- il incombe à l'administration de produire les calculs ayant servi à l'évaluation du coefficient de charges ;
- il a bénéficié d'un arrêt maladie et a été hospitalisé pendant huit mois durant l'année 2015 ;
- les pénalités de mauvaise foi ne sont pas dues dès lors que le manque de rigueur ne présente aucun caractère intentionnel.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut :
1°) au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements pratiqués ;
2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête ;
Il soutient que :
- il est admis que le compte détenu dans les livres de la banque BNP Parisbas ne constitue pas un compte professionnel si bien que les sommes portées à son crédit ne constituent pas des recettes professionnelles ;
- l'écart entre le montant figurant sur les relevés SNIR et ceux issus du logiciel Medistory est élevé ; il est impossible d'opérer des rapprochements entre les données issues du logiciel Medistory et la liste des patients communiquée, en l'absence de totaux figurant sur cette dernière liste ;
- afin d'éviter des doublons, il convient de substituer à la méthode initialement retenue par le vérificateur, une nouvelle méthode évaluant les recettes en additionnant les sommes portées au crédit des comptes professionnels et mixtes tenus dans les livres des banques Crédit mutuel et Banque populaire, les sommes correspondant au montant des expertises, communiqués automatiquement par les tiers, et non crédités sur ces trois comptes ainsi que les honoraires perçus en espèce, estimés à 10% du total des encaissements par carte bleue, chèques et virements, du fait de l'absence de tout dépôt en espèce sur les comptes bancaires ;
- les charges déductibles de l'année 2015 ne sont pas appuyées par des pièces justificatives à hauteur de 11 433 euros ; en l'absence de justification des kilométrages parcourus, le montant des frais de véhicule admis en déduction doit être fixé par référence à la moyenne des frais de véhicule mentionnés sur la déclaration des médecins généraliste annexée à la proposition de rectification ;
- la majoration pour manquements délibérés est due dès lors que le requérant ne pouvait ignorer qu'il était astreint à la tenue d'une comptabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerce une activité de médecin généraliste à Vandœuvre-lès-Nancy, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2014 et 2015. L'intéressé n'a pas été en mesure de présenter la comptabilité correspondant à la période vérifiée. M. A n'ayant souscrit aucune déclaration au titre de l'année 2014, l'administration a procédé à l'évaluation d'office de ses revenus imposables de cette année et à la détermination, selon la procédure contradictoire, des bénéfices imposables au titre de l'année 2015. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement, le 30 septembre 2017. Par deux réclamations contentieuses du 6 février 2018 et du 11 juin 2019, M. A a sollicité la décharge des redressements ainsi pratiqués. Par sa requête, l'intéressé demande au tribunal de prononcer la décharge en droits et pénalités des impositions supplémentaires mises à sa charge.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, par un mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif de Nancy le 11 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle a communiqué à M. A les documents sur lesquels il s'est fondé pour procéder à la reconstitution de son résultat imposables. Les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de communiquer ces documents sont, par suite, devenues sans objet.
3. D'autre part, par une décision du 9 juin 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle a prononcé la décharge des sommes de 1 552 euros en droit et de 768 euros en pénalités au titre de l'impôt sur les revenus de l'année 2014. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
4. Aux termes de l'article 93 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ". Aux termes de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable à la procédure d'imposition en litige : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure () ". Aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : () 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal () ".
En ce qui concerne la charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu par l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge pour la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".
6. Il résulte de l'instruction que les bénéfices non commerciaux de M. A ont été régulièrement évalués d'office au titre de l'années 2014 en application de l'article L. 68 du livre des procédures fiscales en raison de l'exercice d'une activité occulte. Dès lors, le requérant supporte la charge d'établir le caractère exagéré des impositions mises à sa charge au titre de l'année 2014.
7. Le contribuable, à qui incombe la charge de prouver l'exagération des bases d'imposition retenues par le service, peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable et démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour certains montants, à une exagération des bases d'imposition, soit soumettre à l'appréciation du juge de l'impôt une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode utilisée par l'administration.
En ce qui concerne la détermination des bénéfices non commerciaux :
8. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer le montant des recettes de M. A, le service vérificateur a ajouté aux sommes portées au crédit des comptes de l'intéressé, les honoraires dont le montant a été communiqué par les organismes de sécurité sociale et inclus dans le système national inter régime (SNIR) et ceux dont l'existence est portée automatiquement à la connaissance du service par les parties versantes, conformément aux dispositions de l'article 240 du code général des impôts, puis en retranchant les montants susceptibles de constituer des doublons.
9. Pour démontrer le caractère exagéré des recettes ainsi calculées, M. A soutient que la méthode ainsi pratiquée englobe les sommes créditées sur le compte ouvert dans les livres de la banque BNP Parisbas, qui ne constitue pas un compte professionnel, et que les deux comptes en banque ouverts auprès de la banque Crédit mutuel intègrent, d'une part, certains honoraires inclus dans le SNIR, tels que ceux versés par la maison hospitalière Saint-Charles et le centre Jacques Parisot et, d'autre part, des versements en espèce, ce qui aboutit à des doublons.
10. L'administration a entendu substituer à la méthode d'évaluation initialement retenue par le vérificateur une nouvelle méthode évaluant les recettes en additionnant les sommes portées au crédit des comptes professionnels et mixtes tenus dans les livres des banques Crédit mutuel et Banque populaire, les sommes correspondant au montant des expertises, communiqués automatiquement par les tiers, et non crédités sur ces trois comptes, ainsi que les honoraires perçus en espèce, estimés à 10% du total des encaissements par carte bleue, chèques et virements, du fait de l'absence de tout dépôt en espèce sur les comptes bancaires. Il est constant qu'une telle méthode exclut du montant des recettes imposables les sommes créditées sur le compte non professionnel détenu par M. A dans les livres de la banque BNP Parisbas et élimine tout doublon entre les sommes comptabilisées sur les comptes professionnels et mixtes de l'intéressé et inclus dans le SNIR. Par suite, M. A, qui ne conteste pas la méthode retenue par l'administration pour évaluer le montant de ses recettes payées en espèce, n'est pas fondé à soutenir que le montant des recettes retenu par l'administration présente un caractère exagéré.
11. Pour évaluer le montant des frais de véhicule déductible, l'administration, en l'absence de justification du kilométrage parcouru, a fixé ces frais à la moyenne des frais de véhicule mentionnés sur les déclarations de revenus non commerciaux des médecins généralistes exerçant leur activité au cours des années 2014 et 2015 dans la commune de Vandœuvre-lès-Nancy.
12. Si M. A soutient que parmi les professionnels de santé retenus par l'administration figurent des médecins spécialistes ou hospitaliers ayant peu ou pas de frais de déplacement et qu'il conviendrait de ne retenir que les médecins généralistes réalisant des expertises, il résulte de l'instruction que seuls des praticiens ayant une activité de médecine générale ont été effectivement retenus par l'administration. Par ailleurs M. A ne justifie pas que la réalisation d'expertises médicales générerait des frais de déplacement supérieurs à ceux engagés par des médecins n'en réalisant pas. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la méthode d'évaluation retenue aboutit à une minoration des charges déductibles.
Sur les pénalités :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
14. Pour justifier la pénalité appliquée l'administration a relevé que M. A avait déjà fait l'objet, en 1993, d'une vérification de comptabilité au titre des années 1990, 1991 et 1992 au cours duquel un procès-verbal pour défaut de comptabilité avait été établi au titre des années 1991 et 1992. M. A a laissé sans réponse un courrier du 17 novembre 2016 de son association de gestion agréée lui demandant la production de ses livres comptables ainsi que différentes informations sur les recettes et les dépenses de l'année 2015. Ces faits étant établis, l'administration démontre ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le caractère délibéré des manquements relevés.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge à hauteur des montants dégrevés en cours d'instance ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
M. Boulangé, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°1903586
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026