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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2000151

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2000151

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2000151
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2020, Mme C A, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) de condamner le CH de Verdun à lui verser la somme de 1 733,26 euros assortie des intérêts au taux légal capitalisés au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du refus du CH de Verdun de lui attribuer la nouvelle bonification indiciaire ;

2°) d'enjoindre au CH de Verdun de lui verser la nouvelle bonification indiciaire pour l'avenir, de lui verser la somme demandée au titre de l'indemnisation de son préjudice, de régulariser le calcul de son indemnité de résidence et des différentes primes et indemnités fixées en pourcentage du traitement indiciaire depuis le 28 novembre 2016, le tout dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CH de Verdun la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle gère la partie administrative des carrières médicales et a ainsi droit au versement de la nouvelle bonification indiciaire ;

- le non versement de la NBI lui a causé un préjudice financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le CH de Verdun, représenté par Me Antoniazzi-Schoen, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Par une ordonnance en date du 14 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2022.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 94-140 du 14 février 1994 ;

- le décret n° 2001-979 du 25 octobre 2001 ;

- le décret n° 2001-1207 du 19 décembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est agent administratif au sein du centre hospitalier de Verdun, affectée à la direction des affaires médicales. Le 26 septembre 2019, elle a demandé à cet établissement la réparation du préjudice financier résultant du non versement de la nouvelle bonification indiciaire. Estimant que le silence du directeur du CH de Verdun a fait naître une décision implicite de rejet, elle demande au tribunal la condamnation du CH de Verdun à l'indemniser de son préjudice financier.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le CH de Verdun :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors applicable : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

3. Il résulte de l'instruction que Mme A a adressé au CH de Verdun une demande d'indemnisation préalable le 26 septembre 2019. L'absence de réponse du CH de Verdun a fait naître une décision implicite de rejet. Contrairement à ce que soutient le CH de Verdun, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait présenté une demande indemnitaire préalable le 26 septembre 2018 qui aurait donné lieu à une réponse expresse en date du 12 décembre 2018. Dès lors, le CH de Verdun n'est pas fondé à soutenir que le recours introduit devant le tribunal le 20 janvier 2020 était tardif. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité du CH de Verdun :

4. Aux termes de dispositions de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () " et aux termes des dispositions de l'article 4 du décret n° 94-140 du 14 février 1994 portant modifications de certaines dispositions relatives à la nouvelle bonification indiciaire et portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique hospitalière : " A compter du 1er août 1993, une nouvelle bonification indiciaire dont le montant est pris en compte et soumis à cotisation pour le calcul de la pension de retraite est attribuée mensuellement, à raison de leurs fonctions, aux fonctionnaires hospitaliers ci-dessous énumérés : () 4° Agents de catégorie B ou C responsables, dans les directions chargées des ressources humaines, de la gestion administrative des personnels de la fonction publique hospitalière : 5 points majorés à compter du 1er août 1993. Ce nombre de points est porté à 10 à compter du 1er août 1994 ; ce nombre de points est porté à 25 pour les adjoints des cadres hospitaliers encadrant au moins cinq personnes ". Ce principe exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification.

5. Mme A a demandé au CH de Verdun le versement de la nouvelle bonification indiciaire au titre de ses fonctions d'agent administratif à la direction des affaires médicales. Il ressort des pièces du dossier et notamment des fiches de poste de Mme A que cette dernière est chargée de la prise en charge des frais de déplacement, de la gestion de la carrière et des congés, de la gestion des affaires courantes, de la saisie des éléments de paie ainsi que de l'établissement du tableau de garde mensuel pour le personnel hospitalier et assure ainsi des fonctions de gestion administrative de ces derniers au même titre que les agents affectés dans les directions des ressources humaines figurant sur la liste des emplois ouvrant droit au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Par ailleurs, il n'est pas contesté que ces fonctions présentent une responsabilité et une technicité particulière au moins équivalentes à celles des postes dans les directions des ressources humaines. De plus, dès lors que Mme A prétend à une bonification de 10 points, la circonstance qu'elle n'exerce aucune activité d'encadrement est sans incidence. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'en lui refusant le versement de la nouvelle bonification indiciaire, le CH de Verdun a méconnu les dispositions précitées et a ainsi commis une faute engageant sa responsabilité.

En ce qui concerne le préjudice :

6. Le préjudice financier subi par Mme A résultant de la faute évoquée au point 5 correspond au montant de la nouvelle bonification indiciaire, calculé sur la base de dix points d'indice, qu'aurait dû percevoir l'intéressée entre le 28 novembre 2016 et la date du jugement, dans la limite de 1 733,26 euros. Toutefois, l'état de l'instruction ne permettant pas de déterminer le montant mensuel de la nouvelle bonification indiciaire auquel Mme A avait droit durant cette période, il y a lieu de renvoyer l'intéressée devant le CH de Verdun pour qu'il soit procédé à la liquidation du principal de cette indemnité. Le principal sera assorti des intérêts moratoires à compter du 26 septembre 2019, date de la demande préalable de Mme A. Ces intérêts ouvrent droit à la capitalisation à compter de la date à laquelle ils auront été dus pour au moins une année entière, soit le 28 septembre 2020.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH de Verdun la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le CH de Verdun est condamné à indemniser Mme A du préjudice résultant de l'absence de versement de la nouvelle bonification indiciaire

Article 2 : Mme A est renvoyée devant le CH de Verdun pour qu'il soit procédé à la liquidation du principal de l'indemnité due et des intérêts de droit eux-mêmes calculés sur cette indemnité selon les modalités définies au point 6 du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au CH de Verdun de procéder au versement de la nouvelle bonification indiciaire pour l'avenir et jusqu'à un éventuel changement de fonction ou d'affectation.

Article 4 : Le CH de Verdun versera la somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Verdun.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure

C. B

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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