jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001098 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELARL CABANES NEVEU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés les 23 avril 2020, 15 novembre 2021 et 14 mars 2022, la société EetF Architect, représentée par Me Broglin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2019 par laquelle le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien a prononcé la résiliation du marché de maîtrise d'œuvre conclu avec elle ;
2°) d'ordonner la reprise des relations contractuelles, conclusions dont elle se désiste dans le dernier état de ses écritures ;
3°) de condamner le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien à lui verser la somme de 60 788,82 euros, assortie des intérêts au taux légal ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'Ouest Vosgien les dépens et le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision de résiliation est irrégulière et infondée ;
- la mise en demeure était irrégulière dès lors qu'il n'est pas mentionné qu'une résiliation aux frais et risques du titulaire pourrait être prononcée en cas de non-respect de celle-ci ; le délai laissé pour produire les plans d'exécution n'était pas raisonnable ;
- les conséquences de la résiliation du marché de maîtrise d'œuvre ne peuvent être mises à sa charge dès lors qu'elle n'a pas été informée de la procédure du marché de substitution, lequel ne lui a pas été notifié ;
- la décision de résilier le contrat n'est pas motivée ;
- elle est abusive dès lors que les plans d'exécution ont été transmis au maître d'ouvrage en temps utile, elle n'était pas tenue de fournir l'intégralité des plans d'exécution de la phase 2 qui sont élaborés au fur et à mesure de l'exécution des travaux ;
- elle n'est pas responsable du retard dans l'exécution des travaux alors que le maître d'ouvrage a tardé à valider les modifications du programme et élaborer les avenants au marché de maîtrise d'œuvre ;
- les aléas techniques ayant retardé les travaux ne lui sont pas imputables ;
- la résiliation ne peut être fondée sur d'autres motifs que ceux présents dans le courrier de mise en demeure ;
- le marché de maîtrise d'œuvre ayant été réattribué, elle renonce à sa demande tendant à la reprise des relations contractuelles ;
- son préjudice s'élève aux sommes de 31 758,96 euros HT pour les prestations réalisées, 8 898,39 euros pour l'indemnité de résiliation et 10 000 euros de dommages et intérêts pour la perte d'image ;
- les conclusions reconventionnelles présentées par le centre hospitalier sont irrecevables dès lors que la résiliation du marché n'est pas fondée, que le courrier de mise en demeure ne mentionne pas la possibilité d'une résiliation aux frais et risques et que le marché de substitution ne lui a pas été notifié ;
- elles ne sont pas fondées dès lors que le marché de substitution porte sur des travaux distincts que ceux qui lui avaient été confiés et résulte de modifications du programme.
Par des mémoires enregistrés les 22 septembre 2020 et 6 juillet 2021, la société BET2C, représentée par Me Dupied, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce qu'il soit donné acte de ce qu'elle entend solliciter le paiement de la dernière facture impayée auprès de la société EetF Architect.
Elle soutient que :
- elle fait siennes les observations de la société EetF Architect quant au caractère abusif de la résiliation du marché de maîtrise d'œuvre ;
- la mesure de résiliation n'est pas motivée et les études nécessaires à la poursuite du chantier ont été transmises au cours du mois de juillet 2019 ;
- elle sollicite la condamnation de la société EetF Architect à lui verser le montant de la dernière facture impayée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 27 octobre 2020, les 22 février, 30 mars et 25 novembre 2022, le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien, représenté par Me Cabanes, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre reconventionnel, à la condamnation de la société EetF Architect à lui verser la somme de 3 232 490,93 euros, assortie des intérêts moratoires contractuels et de leur capitalisation ;
3°) à ce qu'un expert soit désigné avant dire droit ;
4°) à ce que les dépens ainsi que la somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, soient mis à la charge de la société EetF Architect.
Il soutient que :
- la demande en reprise des relations contractuelles est tardive ;
- faute de règlement définitif du marché de substitution, la requête est irrecevable ;
- les plans d'exécution n'ont pas été fournis par la maîtrise d'œuvre dans un délai permettant l'achèvement des travaux de la phase 2 en octobre 2019, les plans finalement transmis n'étaient pas utilisables en l'absence de validation par le contrôleur technique ;
- les aléas n'étaient pas imprévus dès lors que le diagnostic était inclus dans la mission de maîtrise d'œuvre ;
- les modifications du programme ont été négociées par avenant et il appartenait à la société d'inclure dans celui-ci les conséquences induites par ces modifications ; en tout état de cause, elle n'établit pas que ces modifications l'empêchaient de produire les plans d'exécution de la phase 2 ;
- la demande de paiement des travaux doit être rejetée dès lors que les missions EXE et SYNTHESE n'ont été réalisées qu'à hauteur de 70% et la mission DET à hauteur de 40% ;
- la société EetF Architect n'a pas le droit à une indemnité de résiliation dès lors que la résiliation n'a pas été prononcée pour un motif d'intérêt général ;
- le préjudice moral n'est pas établi ;
- à titre reconventionnel, le montant du marché de substitution, qui s'élève à la somme de 2 484 992,37 euros doit être mis à la charge de la société EetF Architect ;
- si le tribunal s'estimait insuffisamment éclairé par les pièces produites, il y aurait lieu d'ordonner une expertise avant dire droit.
Par un courrier du 27 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de se fonder sur des moyens relevés d'office tirés :
- de l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions de la société BET2C tendant à la condamnation de la société EetF architect dès lors que cette demande est relative à l'exécution d'un contrat de droit privé ;
- de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de résiliation du 11 octobre 2019 dès lors que la société EetF Architect s'est désistée de ses conclusions tendant à ce que soit ordonnée la reprise des relations contractuelles.
Par un courrier du 28 octobre 2022, la société BET2C a répondu au moyen susceptible d'être relevé d'office.
Par des courriers des 7 et 10 novembre 2022, la société EetF Architect a répondu à la mesure d'instruction ordonnée par le tribunal le 27 octobre 2022.
Un mémoire a été présenté, le 5 décembre 2022, pour la société EetF Architect et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°93-1268 du 29 novembre 1993,
- l'arrêté du 16 septembre 2009 approuvant le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de prestations intellectuelles,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,
- les observations de Me Broglin, avocat de la société EetF Architect,
- les observations de Me Couette, substituant Me Cabanes, représentant le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien,
- et les observations de Me Caglar, substituant Me Dupied, représentant la société BET2C.
Une note en délibéré a été produite, pour le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien, et n'a pas été communiquée.
Une note en délibéré a été produite, pour la société EetF Architect, et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 24 février 2014, le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien a confié à la société EetF Architect et à son cotraitant, la société BETEREM, aux droits de laquelle est venu le BET TPFI, la maîtrise d'œuvre d'un projet de restructuration des urgences, du bloc opératoire et des consultations externes du centre hospitalier. Par un avenant du 19 juillet 2017, les prestations du BET TPFI, dont le marché a été résilié, ont été confiées à la société requérante. Le centre hospitalier a confié à la société d'équipement vosgienne, aux droits de laquelle vient la société lorraine d'économie mixte d'aménagement urbain (" SOLOREM ") un mandat de maîtrise d'ouvrage déléguée. Par un courrier du 24 juin 2019, le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien a mis en demeure la société EetF Architect de produire les plans d'exécution du marché restant à réaliser. Par une décision du 11 octobre 2019, le centre hospitalier a prononcé la résiliation du contrat aux frais et risques de la société requérante. Les prestations de maîtrise d'œuvre restantes ont ensuite été confiées au cabinet Rieder en vertu d'un marché de substitution matérialisé par un acte d'engagement du 26 février 2020. Par la présente requête, la société EetF Architect demande au tribunal l'annulation de la décision de résiliation et la reprise des relations contractuelles ainsi que la condamnation du centre hospitalier à lui verser des sommes correspondants aux travaux réalisés, à l'indemnité de résiliation et au préjudice moral subi. A titre reconventionnel, le centre hospitalier demande la condamnation de la société requérante à lui verser la somme globale de 3 232 490,93 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la mesure de résiliation et celles tendant à la reprise des relations contractuelles :
2. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité.
3. Par un mémoire enregistré le 14 mars 2022, la société EetF Architect renonce à sa demande tendant à la reprise des relations contractuelles. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
4. La société EetF Architect s'étant désistée de ses conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de résiliation du 11 octobre 2019 sont irrecevables et doivent, ainsi qu'en ont été informées les parties, être rejetées, sans préjudice de l'examen des conclusions indemnitaires présentées par ailleurs.
Sur les conclusions indemnitaires de la société EetF Architect :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
5. D'une part, aux termes de l'article 29 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG PI) tel qu'approuvé par l'arrêté du 16 septembre 2009 : " Le pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l'exécution des prestations faisant l'objet du marché avant l'achèvement de celles-ci, soit à la demande du titulaire dans les conditions prévues à l'article 31, soit pour faute du titulaire dans les conditions prévues à l'article 32, soit dans le cas des circonstances particulières mentionnées à l'article 30. () ". Aux termes de l'article 34 du même cahier : " () 34. 1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. / () 34. 3. Le décompte de résiliation à la suite d'une décision de résiliation prise en application de l'article 32 comprend : / 34. 3. 1. Au débit du titulaire : ' le montant des sommes versées à titre d'avance, d'acompte, de règlement partiel définitif et de solde ; ' la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer, ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; ' le montant des pénalités ; ' le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 36. / 34. 3. 2. Au crédit du titulaire : ' la valeur contractuelle des prestations reçues y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ; ' la valeur des prestations fournies éventuellement à la demande du pouvoir adjudicateur telles que le stockage des fournitures ". Aux termes de l'article 36 du CCAG PI : " A la condition que les documents particuliers du marché le prévoient et que la décision de résiliation le mentionne expressément, le pouvoir adjudicateur peut faire procéder par un tiers à l'exécution des prestations prévues par le marché, aux frais et risques du titulaire, soit en cas d'inexécution par ce dernier d'une prestation qui, par sa nature, ne peut souffrir aucun retard, soit en cas de résiliation du marché prononcée pour faute du titulaire. () ". Il résulte de la combinaison des stipulations précitées que le cocontractant de l'administration dont le marché a été résilié à ses frais et risques ne peut obtenir le décompte général de ce marché, en vue du règlement des sommes dues au titre des travaux exécutés, qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Les conclusions présentées au juge du contrat en vue d'obtenir le règlement des sommes contractuellement dues avant le règlement définitif du nouveau marché sont ainsi irrecevables. Ces dispositions, applicables lorsque le marché a été régulièrement résilié, ne font cependant pas obstacle à ce que, sous réserve que le contentieux soit lié, le cocontractant dont le marché a été résilié à ses frais et risques saisisse le juge du contrat afin de faire constater l'irrégularité ou le caractère infondé de cette résiliation et demande, de ce fait, le règlement des sommes qui lui sont dues, sans attendre le règlement définitif du nouveau marché après, le cas échéant, que le juge du contrat a obtenu des parties les éléments permettant d'établir le décompte général du marché résilié.
6. D'autre part, aux termes de l'article 14.2 cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au présent litige : " En cas de résiliation pour faute il sera fait application des articles 32 et 36 du CCAG PI avec les précisions suivantes : / - le maître d'ouvrage pourra faire procéder par un tiers à l'exécution des prestations prévues par le marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions définies à l'article 36 du CCAG PI. La décision de résiliation le mentionnera expressément. - le titulaire n'a droit à aucune indemnisation. () ".
7. Enfin, les articles 1.4 du CCAP et 1.5 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) confient au maître d'œuvre la réalisation des études d'exécution (EXE) et la participation à la cellule de synthèse. Aux termes de l'article 7.1 du CCAP : " L'acte d'engagement fixe les délais d'établissement des documents d'études, ainsi que leur point de départ. () ". L'acte d'engagement stipule que " le maître d'œuvre est chargé des études d'exécution des ouvrages " et que celles-ci sont réalisées " à l'avancement " tandis que, s'agissant des autres documents que la maîtrise d'œuvre est chargée de réaliser, des délais compris entre 5 jours et 12 semaines sont expressément prévus. Il est également stipulé que le point de départ de la mission " EXE - Etudes d'exécution " est " fixé dans l'ordre de service prescrivant sa réalisation et, à défaut, à compter de la date de l'accusé réception par le maître d'œuvre de l'ordre d'engager la mission concernée ". Par ailleurs, l'acte d'engagement confie au maître d'œuvre une mission d'études de diagnostic (DIAG) dont l'objet est, selon les termes de l'article 19 du décret n°93-1268 du 29 novembre 1993, de permettre, dans le cas d'une opération de réhabilitation, " () de renseigner le maître de l'ouvrage sur l'état de l'ouvrage et sur la faisabilité de l'opération et ont pour objet : / a) D'établir un état des lieux ; / b) De procéder à une analyse technique sur la résistance de la structure et sur les équipements techniques ; / c) De permettre d'établir un programme fonctionnel d'utilisation de l'ouvrage ; / d) De proposer, éventuellement, des méthodes de réparation ou de confortement assorties de délais de réalisation et de mise en œuvre. () ". En application des stipulations contractuelles, le maître d'œuvre préconise éventuellement des études complémentaires d'investigation des existants. Enfin, l'annexe 1 du cahier des clauses techniques particulières met à la charge de la titulaire du marché la réalisation des plans des réseaux tandis que le repérage de la présence d'amiante résulte des documents fournis par le maître d'ouvrage.
8. Pour prononcer la décision de résiliation en litige, le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien s'est fondé sur la circonstance que la société EetF Architect n'avait pas transmis, dans les délais requis, les plans d'exécution relatifs au projet architectural.
9. S'il résulte des stipulations contractuelles précitées que le maître d'œuvre est tenu de fournir au maître d'ouvrage les études d'exécution de chaque phase du marché en fonction de l'avancement des travaux, il résulte toutefois de l'instruction que l'exécution des travaux a été retardée en phase 2, d'une part, par la découverte de réseaux dans des gaines amiantées à l'occasion des travaux de curage, d'autre part, par les modifications du programme à l'initiative de la maîtrise d'ouvrage ainsi que par la conclusion d'un avenant visant à entériner ces changements dans les missions du maître d'œuvre. Le centre hospitalier fait valoir que les aléas techniques liés à la présence d'amiante auraient dû être anticipés par la société EetF Architect lors des études de diagnostic. Il résulte cependant des stipulations précitées du CCTP que la société requérante devait, s'agissant du repérage de la présence d'amiante, se fonder sur les documents fournis par la maîtrise d'ouvrage elle-même, aucune des stipulations du CCAP ou du CCTP applicables au présent litige n'obligeant le maître d'œuvre à procéder à des études de diagnostic sur une autre base que ceux des documents dont la fourniture incombait au maître d'ouvrage. Par ailleurs, le centre hospitalier fait également valoir que les modifications du programme ne faisaient pas obstacle à ce que la maîtrise d'œuvre poursuive la mission qui lui était confiée. Il résulte toutefois de l'instruction qu'un septième avenant au contrat de maîtrise d'œuvre a été signé par le centre hospitalier et la société EetF Architect et notifié à cette dernière le 25 janvier 2019. Il est constant que cet avenant comportait des modifications du programme et prévoyait notamment la création d'un garage pour un véhicule ambulancier ainsi que la création d'un service de chirurgie ambulatoire. En outre, il résulte des nombreux courriers produits par les parties que la transmission des plans d'exécution était subordonnée aux réponses du maître d'ouvrage délégué, la SOLOREM, aux questions techniques posées par la société EetF Architect portant notamment sur les caractéristiques du bloc obstétrique. La société requérante établit ainsi que, pour poursuivre la réalisation de certains des points des études d'exécution, elle devait préalablement obtenir les précisions du maître d'ouvrage délégué, lesquelles sont intervenues jusqu'au 7 juin 2019. Enfin, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la mise en demeure du 24 juin 2019, la société EetF Architect a produit les études d'exécution demandées les 25 juillet et 21 août 2019. Le bureau Veritas, contrôleur technique des opérations, a, d'une part, apposé un avis favorable sans réserve sur ces études concernant la plomberie et les sanitaires et, d'autre part, présenté des observations et sollicité des précisions s'agissant des autres travaux, sans toutefois émettre un avis défavorable aux plans proposés. Si le centre hospitalier soutient en défense que les études d'exécution réalisées par la société EetF n'auraient pas permis une reprise rapide des travaux, cela ne résulte pas de l'instruction. Dans ces conditions, la société EetF Architect apporte la preuve de ce qu'elle n'était pas fautive dans les difficultés rencontrées pour l'établissement des études d'exécution. Elle est ainsi fondée à soutenir que c'est à tort que le centre hospitalier de l'Ouest vosgien a résilié pour faute le marché de maîtrise d'œuvre conclu le 24 février 2014.
10. En application des principes rappelés au point 5 du présent jugement et eu égard au caractère infondé de la résiliation, la société requérante est recevable à demander le règlement des sommes qu'elle estime lui être dues, sans attendre le règlement définitif du nouveau marché. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre en défense ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé des demandes indemnitaires :
11. En premier lieu, d'une part, pour démontrer qu'elle a réalisé un pourcentage de 91% des travaux d'études d'exécution de sa mission, la société EetF Architect produit la liste de l'intégralité des études qu'elle a réalisées au titre des trois phases des travaux ainsi qu'un document récapitulant les travaux restant à réaliser. Il est constant que l'intégralité des études d'exécution de la phase 1 ont été réalisées. Si le centre hospitalier soutient que les études de la phase 2 étaient incomplètes, il ne résulte pas de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, qu'elles ne permettaient pas la réalisation des travaux nonobstant les observations du contrôleur technique. S'agissant des travaux relatifs à la phase 3, le centre hospitalier ne conteste pas que les études restantes à réaliser s'élèvent à 20% du travail de synthèse et 17% des études d'exécution. Elle ne conteste ainsi pas sérieusement que la société EetF Architect a réalisé 91% de la mission EXE + SYNT. Dès lors que la société requérante a déjà perçu la somme de 141 858,80 euros au titre de cette mission, sur la totalité de la somme de 173 094,56 euros qu'elle aurait dû percevoir, elle est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 31 235,76 euros.
12. D'autre part, si la société EetF soutient avoir réalisé 44,7% des travaux de DET, elle se borne à soutenir sans l'établir que l'avancement des travaux est de 25 mois sur un délai de 40 mois. Au contraire, il ressort du planning d'exécution produit par le centre hospitalier qu'elle a assuré la mission DET durant les 14 mois de la phase 1 et 2 mois seulement de la phase 2. Dans ces conditions, la société EetF Architect n'établit pas avoir réalisé plus de 41,95 % des travaux, pourcentage qui a été indemnisé en dernier lieu par l'acompte n°37 pour un montant de 96 057,43 euros.
13. En deuxième lieu, si la société EetF Architect demande le paiement d'une indemnité de résiliation fixée à 5% du montant initial du marché hors taxes, le versement d'une telle indemnité n'est prévu par les stipulations du CCAP que dans le cas d'une résiliation pour un motif d'intérêt général. La société requérante ne soutient ni même n'allègue que la résiliation en litige obéit à ce régime. Sa demande ne peut donc qu'être rejetée.
14. En dernier lieu, en se bornant à demander des " dommages et intérêts pour perte d'image ", sans assortir sa demande d'aucune autre précision ni d'aucune pièce, la société requérante n'établit pas l'existence d'un tel préjudice. Sa demande à ce titre ne peut donc qu'être rejetée.
15. Il résulte de ce qui précède que la société EetF Architect est seulement fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de l'ouest vosgien à lui verser la somme de 31 235,76 euros au titre des travaux exécutés qui n'ont pas fait l'objet d'une rémunération.
Sur les intérêts :
16. La société EetF Architect a droit aux intérêts légaux de la somme de 31 235,76 euros à compter du 22 avril 2020, date de réception par l'administration de sa réclamation préalable.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le centre hospitalier :
17. Dès lors que la mesure de résiliation prononcée par le centre hospitalier n'est pas fondée, la société EetF Architect ne doit pas supporter les conséquences onéreuses de la résiliation. Par suite, le centre hospitalier de l'ouest vosgien n'est pas fondé à demander l'indemnisation des mesures de substitution constituées par la conclusion d'un marché de maîtrise d'œuvre avec la cabinet Rieder le 26 février 2020.
18. En outre, eu égard à ce qui a été dit au point 11 ci-dessus, le centre hospitalier n'est pas fondé à demander la somme de 63 966,25 euros hors taxes au titre des travaux qu'il estime avoir rémunéré à tort pour la phase 2.
19. Enfin, le centre hospitalier ne produit aucun élément de nature à démontrer que les frais supplémentaires exposés pour l'opération de travaux seraient imputables aux travaux du groupement de maîtrise d'œuvre. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit mise à sa charge une somme de 639 000 euros au titre des surcoûts doivent être rejetées.
20. Les conclusions reconventionnelles présentées en défense doivent donc être rejetées.
Sur la demande de désignation avant dire-droit d'un expert :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de procéder à la désignation d'un expert tel que demandée par le centre hospitalier.
Sur les conclusions présentées par la société BET2C :
22. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, quel que soit le fondement juridique de l'action engagée, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.
23. La société BET2C, sous-traitante de la société requérante, doit être regardée comme demandant la condamnation de la société EetF Architect à lui verser une somme 10 103,62 euros hors taxes. Dès lors que ces conclusions relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire, elles doivent, ainsi qu'en ont été informées les parties, être rejetées comme étant portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais de l'instance :
24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de l'Ouest Vosgien le paiement de la somme de 1500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société EetF Architect, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par la société EetF Architect et le centre hospitalier de l'Ouest vosgien ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la société EetF Architect de ses conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles.
Article 2 : Les conclusions de la société BET2C sont rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 3 : Le centre hospitalier de l'ouest vosgien est condamné à verser à la société EetF Architect la somme de 31 235,76 euros avec intérêts au taux légal à compter du 22 avril 2020.
Article 4 : Le centre hospitalier de l'ouest vosgien versera à la société EetF Architect la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de l'Ouest Vosgien sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société EetF Architect, au centre hospitalier de l'Ouest Vosgien et à la société BET2C.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, première conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public après mise à disposition au greffe, le 23 mars 2023.
La rapporteure,
L. ALe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. LepageLa République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001098
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026