jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001168 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS AUDIT CONSEIL DEFENSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 mai 2020 et le 30 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Mangin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des sommes mises à sa charge au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2015 à 2017, tant en principal qu'en majoration et intérêts de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'actif incorporel figurant à l'actif de son bilan ne constitue pas un fonds de commerce dès lors qu'il ne dispose pas de clientèle propre ; il s'agit d'une convention de successeur, en raison de l'activité exercée et les conditions de poursuite avec le mandataire ;
- la valeur de l'élément incorporel litigieux est constitué uniquement par la valeur intrinsèque du contrat de dépositaire conclu avec la société du journal de l'Est républicain, ce contrat étant incessible, sa valeur est nulle ;
- en cas d'agrément du successeur, la valeur vénale de l'actif incorporel doit être déterminée en tenant compte de transactions portant sur des actifs similaires dans le même secteur d'activité et notamment par référence à une cession d'un actif similaire intervenue le 28 décembre 2017 ;
- les provisions litigeuses sont déductibles du fait de l'incertitude liée à la possibilité de conclure ou non une convention de successeur en fin d'activité, de la baisse importante du nombre de dépositaire de presse depuis 2005 et de la rationalisation de l'activité de dépositaire de presse.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2020 et un mémoire enregistré le 5 octobre 2022 et non communiqué, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, qui exerce l'activité de dépositaire de presse, a inscrit en comptabilité au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 trois provisions pour dépréciation du fonds de commerce qu'il exploite, d'un montant respectif de 62 000 euros. L'intéressé a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur ses bénéfices industriels et commerciaux des exercices 2015 à 2017 à l'issue de la laquelle le vérificateur a remis en cause ces trois dépréciations. Les rappels d'impôt sur les revenus correspondants ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2019. M. C a saisi l'administration d'une réclamation contentieuse préalable, le 3 décembre 2019, explicitement rejetée, le 24 mars 2020. Par sa requête, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et majorations, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contribution sociale auxquelles il a été assujetti en conséquence.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ". En vertu de l'article 38 sexies de l'annexe III au même code, dans sa version alors applicable : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment les terrains, les fonds de commerce, les titres de participation, donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ".
3. M. C, dépositaire de presse, a acquis son fonds de commerce, le 25 avril 2005, pour un prix de 248 000 euros, montant pour lequel il l'a comptabilisé. Le requérant a inscrit en provision au titre de l'exercice clos 2015, une dotation initiale de 62 000 euros, à raison de la dépréciation de son fonds de commerce ainsi que, au titre des exercices clos suivants, 2016 et 2017, deux dotations supplémentaires du même montant.
4. Pour justifier le bien-fondé des trois provisions litigieuses, M. C soutient tout d'abord que l'actif incorporel figurant à l'actif de son bilan ne constitue pas un fonds de commerce dès lors qu'il ne dispose pas de clientèle propre, qu'il s'agit d'une convention de successeur, en raison de l'activité exercée et les conditions de poursuite avec le mandataire et qui n'aurait dès lors aucune valeur. Toutefois, il résulte des termes du contrat de dépositaire conclu entre M. C et la société du journal de l'Est républicain, le 21 mai 2005, que cette dernière société a confié à l'intéressé la livraison de son journal ainsi que de tout produit presse et/ou hors presse commercialisé par elle des points de presse ainsi que des abonnés par le biais d'un réseau de vendeurs-colporteurs de presse. En application de ce contrat, le requérant doit livrer les points de vente et colporteurs de presse dans des conditions compatibles avec la satisfaction de la clientèle, organiser des tournées quotidiennes de réassortiment des exemplaires, de contrôle de présentation et de mise en valeur du titre, organiser les retours des invendus, utiliser les outils de l'éditeur pour concourir à la bonne diffusion des produits commercialisés. Malgré les stipulations contractuelles contraires, il existe une clientèle commune que M. C doit fidéliser et développer. Par suite, c'est à tort que l'intéressé soutient qu'il ne dispose d'aucune clientèle et que l'actif inscrit en comptabilité n'est pas un fonds de commerce.
5. M. C soutient ensuite que la valeur de l'élément incorporel litigieux est constituée uniquement par la valeur intrinsèque du contrat de dépositaire conclu avec la société du journal de l'Est républicain, qui est incessible en l'absence d'agrément et que la valeur de ces contrats a diminué en raison de la baisse importante du nombre de dépositaires de presse depuis 2005 et de la rationalisation de l'activité de dépositaire de presse. Toutefois et en premier lieu, il résulte de l'instruction que, lors de sa cessation d'activité, le dépositaire peut conclure une convention à titre onéreux avec un successeur présenté à la société du journal de l'Est républicain, sous condition d'agrément de celui-ci par cette dernière. Les modalités d'agrément applicables en cas de cession demeurent inchangées depuis 2005 et il n'est pas établi ni même allégué que le journal refuserait par principe de donner son agrément au successeur qui lui est présenté. En deuxième lieu, si le nombre de dépositaires de presse diminue régulièrement depuis l'acquisition du fonds, en 2005, par M. C, il résulte de l'instruction que cette diminution a débuté bien avant l'acquisition de son fonds par le requérant, qui ne justifie par ailleurs d'aucune perte significative de son chiffre d'affaires au cours de la période vérifiée ou de tout évènement probant de nature à justifier une perte de valeur de son fonds durant les exercices 2015 à 2017. En troisième lieu, si le requérant se prévaut du terme de comparaison tiré de la cession du fonds de commerce par un dépositaire du journal de l'Est républicain en 2017, ce dernier ne peut être considéré comme comparable avec l'activité de M. C dès lors que l'entreprise en question exerçait son activité dans un département différent de celui du requérant et avait une productivité, définie comme le rapport du résultat d'exploitation par le chiffre d'affaires, inférieure de près de 10% à la sienne. En dernier lieu, si M. C soutient qu'il a vendu son fonds le 3 août 2022, pour un prix de 52 500 euros, très inférieur à sa valeur d'acquisition, cet évènement n'est pas contemporain des exercices vérifiés. Dans ces conditions, M. C ne peut être regardé comme justifiant du principe et du montant des dépréciations qu'il a comptabilisées au tire des exercices 2015 à 2017. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration les a réintégrées dans son résultat imposable. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions en décharge de M. C.
Sur les frais de l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. B
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2001168
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026