jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001507 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SELAS AXONE DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 juin 2020, 22 février, 15 et 29 mars, 14 avril et 9 décembre 2022, le département de Meurthe-et-Moselle, représenté par Me Zimmer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum le groupement conjoint et solidaire de maîtrise d'œuvre ou la société Otéis à lui verser la somme de 869 538 euros sur le fondement de sa responsabilité contractuelle ;
2°) de mettre à la charge in solidum du groupement conjoint et solidaire de maîtrise d'œuvre ou de la société Otéis le versement de la somme de 4 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le groupement de maîtrise d'œuvre a contribué de manière déterminante à la survenance du sinistre relatif à l'étanchéité du niveau N-2 du centre des mémoires, plusieurs manquements lui étant imputables :
* l'absence de production d'un plan d'exécution et de détail relatif aux ouvrages d'étanchéité du sous-sol alors que cela relevait de sa mission ;
* le manquement à ses obligations dans l'exécution de sa mission VISA pour ne pas avoir exigé de l'entreprise EGTS les détails avant l'exécution des travaux et au cours de ceux-ci ;
* l'absence d'observations pendant la réalisation des travaux d'étanchéité alors que les malfaçons étaient apparentes ;
* le non-respect du compte rendu n°1 du bureau de contrôle imposant de respecter intégralement l'avis technique du produit GRACE mis en œuvre et demandant un supplément de précisions pour le mode de pose de l'isolant ;
- l'indemnisation de son préjudice s'étend de la date du sinistre à la date de réception avec réserves de l'ouvrage, et non de la date d'achèvement des travaux, ce qui n'inclut par ailleurs pas la période de garantie de parfait achèvement ;
- le sinistre étant intervenu en cours d'exécution du chantier, la solidarité du groupement doit s'appliquer pour ses membres qui doivent être condamnés in solidum ;
- le retard dans la livraison du bâtiment dû à ces manquements lui a causé les préjudices suivants :
* des dépenses de fonctionnement et d'entretien des sites accueillant les archives depuis 2016 jusqu'à la date de réception de l'ouvrage pour un montant de 923 470 euros ;
* des dépenses de fonctionnement des installations de ventilation et de chauffage du centre des mémoires exposées pour préserver les ouvrages intérieurs avant réception et celles qu'il a dû réaliser pour préserver l'intégrité de l'ouvrage en se substituant aux entreprises, pour un montant de 347 895 euros ;
* des dépenses supplémentaires liées à l'allongement de la durée des travaux et des reprises d'étanchéité, soient les honoraires complémentaires de la maîtrise d'œuvre, du contrôleur technique, du coordonnateur sécurité, de l'OPC, du diagnostic des analyses de l'air, ainsi que les dépenses liées au traitement des moisissures, au pompage des eaux résiduelles lié au sinistre du 31 décembre 2019, au surcoût d'installation d'étagères fixes et à la révision des prix des marchés de travaux en raison du décalage calendaire, pour un montant de 373 503 euros ;
* des dépenses liées aux procédures (frais d'expertise et de conseils juridiques), et au coût de la mobilisation des services du département (coûts calculés par le service de contrôle de gestion, en lien avec la DRH), pour un montant de 386 477 euros ;
* des préjudices immatériels liés au fonctionnement restreint du service des archives
départementales, pour un montant de 47 500 euros ainsi qu'un préjudice moral estimé à 95 000 euros ;
- la responsabilité du maître d'œuvre dans la survenance des dommages ayant été évaluée à 40% du montant total du préjudice, il y a lieu de condamner le groupement de maîtrise d'œuvre à lui verser une somme de 869 538 euros ;
- l'avenant n°5 au contrat de maîtrise d'œuvre n'a pas eu pour objet la renonciation de ses recours contre le groupement de maîtrise d'œuvre dans l'indemnisation de ses préjudices liés au sinistre, notamment de ses conséquences sur la prolongation du délai de réalisation des travaux ; seul le titulaire a renoncé à tout recours par le biais de cet avenant ;
- son préjudice n'a été que partiellement réparé par la somme versée par la société GTM-Hallé dans le cadre de l'accord transactionnel.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 septembre 2021, le 15 mars 2022 et le 27 janvier 2023, la société Daniel Rubin architecte, représentée par Me Salles, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge du département de Meurthe-et-Moselle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le département de Meurthe-et-Moselle ne démontre pas que le groupement de maître d'œuvre aurait méconnu ses obligations et que sa responsabilité devrait, par suite, être engagée ;
- elle a, à plusieurs reprises, alerté des défaillances de la société GTM Hallé sur la non étanchéité de l'ouvrage ;
- le retard dans la réception des travaux est uniquement imputable au département ;
- à titre subsidiaire, la période d'indemnisation ne peut débuter qu'à compter du 24 mai 2018, date de la signature de l'avenant n°5 ;
- le préjudice du département n'est pas établi.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 février 2022, 15 et 29 mars 2022, 15 avril 2022 et 26 janvier 2023, la société Otéis, représentée par Me Ben Zenou, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la société Daniel Rubin architecte la garantisse de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre ;
3°) à ce que les entiers dépens et la somme de 10 000 euros soit mise à la charge du département de Meurthe-et-Moselle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le département de Meurthe-et-Moselle n'établit pas qu'elle aurait commis une faute en lien avec les préjudices allégués ;
- s'agissant de la période antérieure aux travaux de reprise en 2018, la signature de l'avenant n° 5 au contrat de maîtrise d'œuvre et le fait que la société GTM Hallé ait été responsable des plans d'exécution font obstacle à l'engagement de sa responsabilité ;
- s'agissant de la période postérieure aux travaux de reprise, les désordres initiaux ne sont pas à l'origine du retard dans la réception des travaux ;
- le préjudice du département est réparé par les pénalités de retard appliquées dans le cadre du décompte général des travaux de la société GTM Hallé et n'est en tout en état de cause pas établi.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, l'agence Philippe A, représentée par Me Gottlich, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Daniel Rubin architecte et la société Otéis la garantissent de toute condamnation qui serait prononcée à son encontre ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du département de Meurthe-et-Moselle sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise lui est inopposable ;
- le département ne démontre l'existence d'aucune faute qui lui serait imputable ;
- la requête du département, en tant qu'elle est dirigée contre elle est irrecevable dès lors que toute action était prescrite à compter du 12 septembre 2018 ;
- elle n'est pas intervenue dans les travaux relatifs aux bâtiments, mais uniquement sur les espaces extérieurs ;
- elle est fondée à appeler en garantie la société Daniel Rubin architecte et la société Otéis en raison des éventuelles fautes qu'elles auraient pu commettre dans l'exercice de leurs prestations contractuelles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics,
- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,
- les observations de Me Zimmer, avocat du département de Meurthe-et-Moselle,
- les observations de Me Salles, avocat de la société Daniel Rubin architecte,
- et les observations de Me Ben Zenou, avocate de la société Otéis.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 6 janvier 2011, le département de Meurthe-et-Moselle a confié la maîtrise d'œuvre de la construction du Centre des mémoires de Meurthe-et-Moselle, bâtiment destiné à accueillir les archives départementales, à un groupement composé de la société Daniel Rubin architecte, mandataire, de la société Ginger Sechaud et Bossuyt, aux droits de laquelle vient la société Otéis, et de la société Philippe A. Le 12 septembre 2013, des infiltrations ont été relevées sur l'ouvrage en cours d'exécution des travaux. Un expert a été désigné pour identifier la cause des désordres et a rendu son rapport le 31 juillet 2017. La société GTM Hallé, venue aux droits des sociétés Halle SAS et GTM Lorraine, titulaire du lot n° 1 " démolition - terrassement - fondations - ravalement gros œuvre - charpente - étanchéité - couverture - zinguerie peinture de sol - cellule de synthèse des études des entreprises " a effectué des travaux de reprise pour mettre fin à ces infiltrations. Par un jugement n° 1800815 du 14 novembre 2019, le tribunal administratif de Nancy a condamné la société Otéis à verser à la société GTM Hallé la somme de 413 745,65 euros au titre de ces travaux de reprise. Par un arrêt nos 20NC00090 - 20NC00091 du 25 mai 2022, la cour administrative d'appel de Nancy a réformé ce jugement et condamné la société Otéis à verser à la société GTM Hallé la somme de 274 494,80 euros. Par la requête susvisée, le département de Meurthe-et-Moselle demande au tribunal de condamner le groupement de maîtrise d'œuvre à lui verser la somme de 869 538 euros sur le fondement de sa responsabilité contractuelle en réparation de la part des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des désordres précités et du retard engendré dans la réception de l'ouvrage.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'exception de prescription :
2. L'article 1792-4-3 du code civil dispose que : " En dehors des actions régies par les articles 1792-3, 1792-4-1 et 1792-4-2, les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs désignés aux articles 1792 et 1792-1 et leurs sous-traitants se prescrivent par dix ans à compter de la réception des travaux ". Ces dispositions, créées par la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile, figurant dans une section du code civil relative aux devis et marchés et insérées dans un chapitre consacré aux contrats de louage d'ouvrage et d'industrie, ont vocation à s'appliquer aux actions en responsabilité dirigées par le maître de l'ouvrage contre les constructeurs ou leurs sous-traitants.
3. Les membres du groupement de maîtrise d'œuvre ayant la qualité de constructeurs, le délai de prescription de dix ans prévu par les dispositions de l'article 1792-4-3 du code civil s'applique à l'action en responsabilité contractuelle formée par le département de Meurthe-et-Moselle contre eux. Il résulte de l'instruction que les travaux de l'ouvrage en litige n'ont été réceptionnés que le 30 novembre 2020, soit postérieurement à la requête introduite par le département le 24 juin 2020. Ainsi, sans qu'il soit besoin d'examiner les éventuelles causes suspensives ou interruptives du cours de la prescription, l'action du département de Meurthe-et-Moselle à l'égard des membres du groupement de maîtrise d'œuvre, dont fait partie l'agence Philippe A, sur le fondement de leur responsabilité contractuelle, n'était pas prescrite à la date de l'introduction de la requête susvisée.
En ce qui concerne la responsabilité du groupement de maîtrise d'œuvre :
S'agissant des fautes :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 du décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé : " I. Les études d'exécution permettent la réalisation de l'ouvrage. Elles ont pour objet, pour l'ensemble de l'ouvrage ou pour les seuls lots concernés : / a) D'établir tous les plans d'exécution et spécifications à l'usage du chantier ainsi que les plans de synthèse correspondants ; / b) D'établir sur la base des plans d'exécution un devis quantitatif détaillé par lot ou corps d'état ; / c) D'établir le calendrier prévisionnel d'exécution des travaux par lot ou corps d'état ; / d) D'effectuer la mise en cohérence technique des documents fournis par les entreprises lorsque les documents pour l'exécution des ouvrages sont établis partie par la maîtrise d'œuvre, partie par les entreprises titulaires de certains lots. / II. Lorsque les études d'exécution sont, partiellement ou intégralement, réalisées par les entreprises, le maître d'œuvre s'assure que les documents qu'elles ont établis respectent les dispositions du projet et, dans ce cas, leur délivre son visa ".
5. Il résulte des stipulations de l'annexe A au cahier des clauses administratives paritaires (CCAP) applicable au marché de maîtrise d'œuvre en litige que la mission du groupement de maîtrise d'œuvre comportait une mission " EXE " et que les plans d'exécution devaient être réalisés et produits par les co-traitants du marché en même temps que la phase projet et transmis aux entreprises dans le dossier de consultation des entreprises. Il est constant que le bureau d'études techniques Ginger Séchaut et Bossuyt, aux droits duquel vient la société Otéis, a réalisé les plans d'exécution du lot n°4 " Toiture végétalisée - Protections - Etanchéité " et qu'il les a produits dans le dossier de consultation des entreprises. Si l'acceptation de l'offre variante de la société GTM Hallé, proposant un procédé technique d'étanchéité différent de celui prévu dans les plans d'exécution initiaux, aurait nécessité la réalisation de nouveaux plans, aucune stipulation contractuelle n'obligeait le maître d'œuvre à produire de nouveaux plans d'exécution postérieurement à sa mission d'assistance à la conclusion des marchés de travaux. Dans ces conditions, le département de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondé à soutenir que le groupement de maîtrise d'œuvre aurait commis une faute contractuelle dans la réalisation des plans d'exécution et de détail relatifs aux ouvrages d'étanchéité.
6. En deuxième lieu, il résulte des stipulations du CCAP applicable au marché de maîtrise d'œuvre en litige et du cahier des clauses techniques communes que la société EGTS, chargée des travaux d'étanchéité en qualité de sous-traitante de la société GTM Hallé, était tenue de développer les plans d'exécution des travaux dont elle avait la charge, de les compléter et de réaliser les plans de fabrication de chantier avant de débuter la réalisation des ouvrages. Il résulte par ailleurs des stipulations contractuelles applicables au groupement de maîtrise d'œuvre que celui-ci était chargé d'assurer une mission " VISA " partielle des documents des entreprises. La société Otéis ne conteste pas que ces travaux, qui lui incombaient, n'ont pas été réalisés. Dans ces conditions, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que le groupement de maîtrise d'œuvre a manqué à ses obligations contractuelles en s'abstenant de solliciter les plans d'exécution auprès de la société EGTS afin de donner un avis sur ceux-ci au titre de sa mission " VISA ".
7. En troisième lieu, il résulte des stipulations contractuelles applicables au marché de maîtrise d'œuvre que le département de Meurthe-et-Moselle a confié au groupement de maîtrise d'œuvre une mission de direction de l'exécution des contrats de travaux (DET). Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les désordres liés aux sous-sols de l'ouvrage sont imputables aux nombreuses et graves malfaçons commises par la société EGTS dans la mise en œuvre de la membrane d'étanchéité. Or, le groupement de maîtrise d'œuvre n'a pas accompli avec diligences sa mission, s'est abstenu de présenter des observations sur la réalisation des travaux d'étanchéité du sous-sol et n'a pas pris en compte le compte-rendu du contrôleur technique de l'opération émis sur le procédé d'étanchéité. Dans ces conditions, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que le groupement de maîtrise d'œuvre a méconnu les obligations contractuelles relatives à sa mission de direction de l'exécution des travaux.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 7 du présent jugement que le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à rechercher la responsabilité du groupement de maîtrise d'œuvre pour les fautes contractuelles ainsi commises dans l'exercice de ses missions.
S'agissant de la possibilité pour le département d'engager la responsabilité solidaire du groupement :
9. Aux termes de l'article 51 du code des marchés publics alors en vigueur : " Les opérateurs économiques sont autorisés à se porter candidat sous forme de groupement solidaire ou de groupement conjoint, sous réserve du respect des règles relatives à la concurrence. / Le groupement est conjoint lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement s'engage à exécuter la ou les prestations qui sont susceptibles de lui être attribuées dans le marché. / Le groupement est solidaire lorsque chacun des opérateurs économiques membres du groupement est engagé financièrement pour la totalité du marché. () III. - En cas de groupement conjoint, l'acte d'engagement est un document unique qui indique le montant et la répartition détaillée des prestations que chacun des membres du groupement s'engage à exécuter. / En cas de groupement solidaire, l'acte d'engagement est un document unique qui indique le montant total du marché et l'ensemble des prestations que les membres du groupement s'engagent solidairement à réaliser. () ".
10. Il résulte des stipulations de l'acte d'engagement signé le 6 janvier 2011 par le département de Meurthe-et-Moselle et les membres du groupement de maîtrise d'œuvre que le groupement est solidaire dans ses relations avec le maître d'ouvrage. En vertu de ces stipulations contractuelles, le groupement s'est engagé solidairement vis-à-vis du maître d'ouvrage à réparer les préjudices nés des manquements à ses obligations contractuelles. Aucune convention à laquelle fait partie le département n'ayant prévu la répartition des missions de chacune des entreprises membres du groupement, la société Daniel Rubin ne peut utilement soutenir que le département de Meurthe-et-Moselle ne se prévaut que de manquements contractuels imputables à la société Otéis pour échapper à sa responsabilité solidaire avec les autres entreprises co-contractantes. Le département de Meurthe-et-Moselle est ainsi fondé à demander la condamnation solidaire des membres du groupement de maîtrise d'œuvre à l'indemniser des préjudices qu'il a subis.
S'agissant du lien de causalité :
11. Si le défaut d'étanchéité de la membrane posée par la société EGTS constitue la cause principale des désordres affectant le centre des mémoires, les manquements contractuels commis par le groupement de maîtrise d'œuvre, ainsi qu'il a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement, ont contribué à la survenance du dommage. La société Otéis, en faisant valoir que l'absence de visas des plans d'exécution des travaux de la société EGTS est dépourvue de lien avec la survenance des désordres, n'apporte aucun élément de nature à établir que la vérification des plans d'exécution, qui lui incombait, n'aurait pas permis d'éviter l'absence de conformité de la membrane d'étanchéité aux règles de l'art. Il est en outre constant que l'absence d'observations durant la réalisation de ces travaux d'installation, dans le cadre de sa mission DET, a contribué à la survenance des désordres. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité du groupement de maîtrise d'œuvre en la fixant à 25 % de la survenance des dommages.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant de la renonciation du département ou de ses droits à réparation :
12. Si le département de Meurthe-et-Moselle a, par un avenant n°5 au contrat de maîtrise d'œuvre signé le 25 mai 2018, accepté de rémunérer les prestations complémentaires de maîtrise d'œuvre liées à la reprise des travaux par la société GTM-Hallé, cette circonstance ne suffit pas à considérer que le département a entendu renoncer à l'indemnisation des préjudices subis du fait des manquements contractuels retenus aux points 6 et 7 du jugement, qui ont occasionné des retards dans l'exécution des travaux. La circonstance que le département de Meurthe-et-Moselle n'ait jusqu'alors infligé aucune pénalité de retard à la maîtrise d'œuvre, qui n'était au demeurant pas contractuellement prévue, n'établit pas davantage une telle renonciation. Les sociétés Daniel Rubin et Otéis ne sont ainsi pas fondées à soutenir que la signature de cet avenant fait obstacle à l'indemnisation des préjudices subis par le département de Meurthe-et-Moselle du fait des manquements précités.
S'agissant de la part déjà indemnisée du préjudice :
13. Il résulte de l'instruction qu'un accord transactionnel a été conclu entre le département de Meurthe-et-Moselle et la société GTM-Hallé. Aux termes de celui-ci, la société GTM-Hallé a accepté de verser une somme de 1 250 000 euros au département en réparation des préjudices subis du fait des désordres affectant le chantier, notamment des retards qu'ils ont entraînés. Si les sociétés Daniel Rubin et Otéis soutiennent que les préjudices dont le département demande l'indemnisation dans le cadre de la présente instance ont ainsi fait l'objet d'une réparation intégrale, il résulte de l'instruction que la somme transigée a été calculée après application d'un taux de 60 % correspondant à la part de responsabilité de la société GTM-Hallé dans la survenance des désordres, selon les parties à l'accord, et que la transaction n'a ainsi eu ni pour effet ni pour objet d'indemniser l'intégralité des préjudices subis par le département. En outre, si la société Otéis soutient que les pénalités de retard infligées à la société GTM-Hallé, dans le décompte général, ont été de nature à réparer le préjudice subi par le département du fait des retards de chantier, ce décompte a fait l'objet de la transaction précitée et il n'en ressort pas, ainsi qu'il a été dit, que le montant transigé couvre l'intégralité du préjudice. Dans ces conditions, les sociétés défenderesses ne sont pas fondées à soutenir que la part du préjudice dont le département demande réparation, à l'appui de la présente instance, aurait déjà été indemnisée par la société GTM-Hallé.
S'agissant de la période d'indemnisation :
14. Il résulte de l'instruction que les désordres en litige ont été à l'origine d'importants retards dans l'exécution des travaux dont la réception était initialement prévue le 25 novembre 2015. Si les travaux de reprise de l'étanchéité ont été achevés au cours du mois de juin 2018, la réception de l'ouvrage n'est intervenue, avec réserve, qu'au cours du mois de novembre 2020. La société Otéis fait valoir que la réception des travaux a été retardée non pas en raison du problème d'étanchéité précité mais d'une difficulté affectant les gaines de désenfumage. Il résulte toutefois de l'instruction que ce problème a été réglé à la fin du mois d'octobre 2019, tandis que les incertitudes relatives aux travaux d'étanchéité ont persisté après cette date, faisant obstacle à la réception des travaux. En outre, la société Otéis n'établit ni même n'allègue que les défauts d'étanchéité qui se sont poursuivis en sous-sol et qui ont retardé la réception de l'ouvrage seraient imputables à une exécution défaillante des travaux de reprise des désordres. Dans ces conditions, le département requérant est fondé à soutenir que les manquements imputables au groupement de maîtrise d'œuvre dans les visas des plans d'exécution et sa direction de l'exécution des contrats de travaux ont retardé jusqu'au mois de novembre 2020 la réception de l'ouvrage.
S'agissant du montant des préjudices :
Quant aux frais engagés pour le maintien des archives aux bâtiments situés rue de la Monnaie, sur le site d'Essey-lès-Nancy et sur le site de Ludres :
15. La tardiveté de la prise de possession de l'ouvrage en litige a conduit le département a engagé des frais pour le maintien des archives dans d'autres locaux et ce coût doit être mis à la charge du groupement de maîtrise d'œuvre pour la période allant du mois de juillet 2016, date à laquelle était prévu le début de l'exploitation du centre des mémoires, au mois de novembre 2020, date à laquelle les travaux ont effectivement été réceptionnés.
16. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le retard dans la réception de l'ouvrage du centre des mémoires a conduit le département de Meurthe-et-Moselle à garder à bail une partie des archives dans des locaux situés à Essey-lès-Nancy et à Ludres postérieurement au 1er juillet 2016, date à laquelle leur exploitation devait cesser. Les préjudices nés des coûts de location de ces locaux, ainsi que des dépenses d'entretien, postérieurs au 1er juillet 2016, ont un lien direct avec les manquements du groupement de maîtrise d'œuvre. Le département établit avoir versé les sommes de 481 975, 15 euros pour le loyer et 3 013, 87 euros pour l'entretien du site situé à Essey-lès-Nancy ainsi que les sommes de 171 609,15 euros pour le loyer et 1 273,46 euros pour l'entretien pour le site situé à Ludres. Il est donc fondé à soutenir que son préjudice total de ce chef est de 657 871,63 euros.
17. En revanche, le bâtiment situé rue de la Monnaie à Nancy, accueillant une partie des archives départementales, appartient au département de Meurthe-et-Moselle. Celui-ci ne soutient ni même n'allègue que ce bâtiment ne devait plus être utilisé une fois les archives transférées au centre des mémoires. Dans ces conditions, il n'établit pas qu'il n'aurait pas exposé les mêmes dépenses de fonctionnement et d'entretien si les archives avaient pu être transférées au cours de l'année 2016, tel que cela était initialement prévu. Par suite, il n'est pas fondé à demander à être indemnisé au titre des dépenses de fonctionnement, d'exploitation, de maintenance et d'entretien du bâtiment situé rue de la Monnaie à Nancy.
18. En deuxième lieu, d'une part, le département de Meurthe-et-Moselle demande à être indemnisé des dépenses de maintenance des installations techniques, des dépenses d'entretien minimal extérieur et des dépenses de surveillance du site affectées au centre des mémoires entre 2016 et 2020. Toutefois, le département n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il n'aurait pas supporté ces mêmes coûts s'il avait pu prendre possession des lieux dès l'année 2016, comme cela avait été initialement prévu, ni que ces coûts auraient été inférieurs à ceux qu'il a effectivement supportés.
19. D'autre part, si le département de Meurthe-et-Moselle justifie avoir exposé des dépenses relatives à l'électricité, au gaz et à l'eau pour le site d'Essey-lès-Nancy ainsi que celui du centre des mémoires, il n'apporte aucun élément propre à établir que les dépenses globales exposées à ce titre sur les sites d'Essey-lès-Nancy et du centre des mémoires excèderaient celles qu'il aurait dû exposer si les archives avaient été transférées à la date initialement prévue au centre des mémoires. Ses demandes présentées à ce titre ne peuvent donc qu'être rejetées.
Quant aux dépenses d'honoraires complémentaires :
20. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par un avenant signé le 28 novembre 2016, le département de Meurthe-et-Moselle et la société Boucher Serge Prevlor BTP, coordinateur sécurité protection de la santé, sont convenus de prolonger la mission de ce dernier afin d'assurer le suivi des travaux de reprise des désordres liés à l'absence d'étanchéité du bâtiment A et d'augmenter sa rémunération à une somme de 1 355 euros hors taxes (HT) soit 1 626 euros toutes taxes comprises (TTC). Dans ces conditions, dès lors qu'il est constant que ces travaux ont été rendus nécessaires par les désordres dont le groupement de maîtrise d'œuvre est en partie responsable, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à demander l'indemnisation de son préjudice, d'un montant de 1 626 euros.
21. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par des avenants signés le 26 février 2016 et le 20 juillet 2016, le département de Meurthe-et-Moselle et le bureau Veritas, contrôleur technique, sont convenus de prolonger la mission de ce dernier afin, d'une part, de recueillir son analyse sur le protocole de réparation de l'étanchéité et, d'autre part, de contrôler le suivi des travaux de réparation de l'étanchéité et d'augmenter sa rémunération pour des montants respectifs de 2 820 et 4 800 euros HT soient 9 144 euros TTC. Dans ces conditions, dès lors qu'il est constant que ces travaux ont été rendus nécessaires en raison des désordres dont le groupement de maîtrise d'œuvre est en partie responsable, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à en demander l'indemnisation pour un montant total de 9 144 euros.
22. En troisième lieu, le département de Meurthe-et-Moselle demande le versement d'une somme de 167 756 euros au titre des " dépenses complémentaires d'honoraires de maîtrise d'œuvre ". Toutefois, par la signature de l'avenant n°5 au contrat de maîtrise d'œuvre, il doit être regardé comme ayant accepté la rémunération de ces prestations complémentaires dues aux désordres en litige sans se réserver la possibilité d'en demander le remboursement dans l'hypothèse où la responsabilité contractuelle du groupement de maîtrise d'œuvre devait être engagée à raison des fautes commises dans la survenance de ces désordres. Dans ces conditions, la demande du département tendant à l'indemnisation de ces dépenses complémentaires de maîtrise d'œuvre ne peut qu'être écartée.
23. En quatrième lieu, le département de Meurthe-et-Moselle demande également à être indemnisé des dépenses complémentaires d'honoraires de " l'OPC " pour un montant de 61 437 euros, correspondant, selon l'acompte n°23 qu'il produit, au montant total TTC du marché de la mission " organisation, pilotage, coordination " (OPC), conclu avec la société Eyxo. Toutefois, le département n'établit ni même n'allègue que la conclusion initiale d'un contrat avec un OPC aurait été justifiée par les désordres liés à l'étanchéité. En outre, il résulte de l'instruction que si l'avenant n°1 à ce contrat, signé le 24 juin 2019, a pour objet d'intégrer une mission complémentaire OPC pour la période de garantie de parfait achèvement, le département n'établit ni même n'allègue que celle-ci a été confiée à la société titulaire du marché OPC en raison des désordres initiaux affectant l'étanchéité de l'ouvrage. Dans ces conditions, le département de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondé à demander la somme de 61 437 euros au titre des honoraires de la mission OPC.
24. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les études de l'air constituent une mesure de précaution antérieure à la réception des ouvrages pour l'utilisation des locaux et que le maître d'ouvrage aurait dû réaliser cette étude nonobstant l'existence de désordres relative à l'étanchéité. Le département n'établit ni même n'allègue que l'étude réalisée le 12 avril 2017 par la société Eurofins aurait été rendue nécessaire par les désordres en litige ni que ces derniers en auraient augmenté le coût. Dans ces conditions, le département de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondé à demander la somme de 3 397 euros au titre des dépenses de diagnostic.
Quant aux dépenses liées à des prestations supplémentaires :
25. Il résulte de l'instruction que les désordres liés à l'étanchéité ont causé des moisissures qu'il a été demandé à la société Wucher, par deux ordres de services du 14 mars 2016 et du 1er décembre 2016, de traiter en déposant les plinthes et en appliquant un traitement à base d'eau de Javel. Il n'est pas contesté que ces prestations ont été rendues nécessaires en raison des désordres en litige. Dès lors, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à en demander l'indemnisation pour des montants de 4 304 et 3 680 euros toutes taxes comprises.
26. En revanche, si le département demande l'indemnisation des dépenses liées au pompage des eaux résiduelles en raison du sinistre du 31 décembre 2019, pour un montant de 1 729 euros, il ne produit aucun élément de nature à démontrer le lien entre cette dépense et les désordres initiaux liés à l'étanchéité. Par suite, cette demande ne peut qu'être rejetée.
27. Enfin, le département de Meurthe-et-Moselle demande à être indemnisé du surcoût d'installations d'étagères fixes. Toutefois, il n'établit pas que la somme de 50 221,58 euros correspondant au coût de la fourniture et du montage du mobilier n'aurait pas été engagée en l'absence des désordres en litige. S'il résulte de l'instruction que le mobilier a dû être stocké auprès de l'entreprise fournisseuse pour une plus longue période que celle initialement prévue, compte tenu des désordres affectant le centre des mémoires, le département n'établit pas, par la production du seul courriel du 16 mars 2020, qu'il aurait versé une somme correspondant à des frais de stockage. Enfin, faute de production de toute facture correspondante, le département n'établit pas, par la seule attestation de la présidente du conseil départemental, avoir payé des prestations d'entreposage complémentaire de l'ensemble des mobiliers commandés pour un montant de 5 722,68 euros TTC. Par suite, le département n'est pas fondé à demander une indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi au titre du surcoût d'installation de mobiliers.
Quant aux autres dépenses :
28. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les désordres en litige ont nécessité la réalisation d'une expertise auprès du juge des référés du tribunal de grande instance de Nancy ordonnée le 13 novembre 2014. Les frais et honoraires de l'expert ont été taxés à la somme de 29 878,25 euros. Dès lors que ces frais présentent un lien direct avec les désordres en litige, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à en demander l'indemnisation.
29. En deuxième lieu, dès lors qu'ils présentent un lien direct avec les désordres en litige, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à demander à être indemnisé des frais utilement exposés à l'occasion des instances judiciaires relatives à la procédure d'expertise, soit des honoraires d'avocat et des frais d'huissier. Il est ainsi fondé à demander le versement des sommes de 63,96, 168,30, 150,98, 59,79, 44,05 et 126,49 euros pour les frais d'huissier et honoraires d'avocat au titre des assignations des différentes sociétés mises en cause dans les opérations d'expertise par le juge des référés du tribunal de commerce, des honoraires d'avocats dans le cadre de l'assistance aux opérations d'expertise, pour les montants de 4 128, 1560, 1698, 2 892, 1818, 3 372, 4 860, 3 540 et 3 168 euros. S'agissant des factures d'honoraires d'avocat des 15 décembre 2015, 28 janvier 2016, 26 juin 2016, 31 janvier 2017 et 17 février 2020, il y a lieu d'indemniser uniquement les honoraires en lien avec les réunion d'expertise et la rédaction de la demande indemnitaire préalable et non les différentes sommes relatives à la tenue de réunions et rédactions de courriers pour lesquelles le lien avec le désordre en litige n'est pas établi, soit des sommes hors taxes de 580, 130, 400, 130, 320, 350, 800, 260, 280, 320, 420, 910, 480, 55, 150, 660, 110, 240, 150, 110, 600, 220 et 1 740 euros soit 12 498 euros TTC. Il y a également lieu d'indemniser le département de la somme de 1 440,01 euros au titre des honoraires d'avocat dans le cadre des audiences devant le tribunal de commerce.
30. A l'inverse, le département n'établit pas l'existence d'un lien entre les désordres en litige et les sommes de 1812 euros du 28 novembre 2014, du 82,05 euros du 5 décembre 2014, 116,86 euros du 9 décembre 2014, de 65 euros du 15 janvier 2015, de 198,84 euros du 24 février 2015, de 1 140 euros du 26 novembre 2015, de 1 960 euros du 27 mars 2017, de 2 124 euros du 21 décembre 2017, de 1 692 euros du 30 août 2018, de 1 620 euros du 10 octobre 2018, de 1 512 euros du 29 novembre 2018, de 4 500 euros du 29 mars 2019, de 2 748 euros du 29 mai 2019, de 2 264 euros du 28 juin 2019, de 2 340 euros du 30 septembre 2019, de 2 232 euros du 31 octobre 2019, de 3 144 euros du 29 novembre 2019, de 984 euros du 25 février 2020 et de 3 002,33 euros du 29 septembre 2020. Enfin, dès lors que la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens exposés au titre du présent contentieux est réputée intégralement réparée par la mise à la charge des sociétés d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, tel qu'indiqué au point 38 ci-dessous, le département n'est pas fondé à demander la somme de 1 802,64 euros pour la rédaction de sa requête indemnitaire devant le tribunal de céans. Au titre des honoraires d'avocat et frais d'huissier, le département de Meurthe-et-Moselle est ainsi uniquement fondé à demander l'indemnisation de la somme de 39 351,58 euros.
31. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'il a engagé une somme de 47 734 euros au titre de l'augmentation du montant de révision des prix des marchés de travaux et en produisant un tableau ne mentionnant pas même une telle somme, le département de Meurthe-et-Moselle n'assortit pas sa demande des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
32. En quatrième lieu, le département de Meurthe-et-Moselle ne produit aucun élément de nature à démontrer que les désordres en litige ont entraîné une surcharge de travail pour ses services qui aurait nécessité la rémunération d'agents ou d'heures supplémentaires. Dans ces conditions, sa demande liée aux frais de personnel supplémentaires exposés ne peut qu'être écartée.
33. En cinquième lieu, le département de Meurthe-et-Moselle demande à être indemnisé du coût des navettes entre les centres des archives situés à Essey-lès-Nancy et Ludres et les locaux de la préfecture de Meurthe-et-Moselle où sont entreposées les archives relatives aux dossiers d'installations classées pour l'environnement, il n'établit pas que le coût du transport de ces dossiers n'aurait pas été exposé si les travaux du centre des mémoires avaient été achevés plus tôt et il ne soutient d'ailleurs pas que ces documents y ont finalement été transférés. Dans ces conditions, le lien entre les désordres en litige et la somme demandée à ce titre n'est pas établi.
34. En dernier lieu, le département de Meurthe-et-Moselle soutient avoir subi un préjudice moral lié à l'atteinte à son image. Toutefois, s'il invoque des articles de presse relatant les difficultés sur le chantier, il ne les produit pas dans le cadre de la présente instance. Il ne produit par ailleurs aucun élément de nature à démontrer une baisse de fréquentation du site des archives, ni un quelconque impact négatif sur l'image de ce service du fait du retard dans les travaux. Par suite, sa demande au titre du préjudice moral doit être rejetée.
35. Il résulte de tout ce qui précède que le montant du préjudice subi par le département de Meurthe-et-Moselle s'élève à la somme totale de 745 855,46 euros. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11, la somme mise à la charge des membres du groupement de maîtrise d'œuvre, responsable de ces désordres à hauteur de 25 %, doit être fixée à 186 463,87 euros. Eu égard au caractère solidaire du groupement de maîtrise d'œuvre, tel que rappelé au point 10 du présent jugement, le département de Meurthe-et-Moselle est fondé à demander la condamnation solidaire de la société Daniel Rubin architecte, de la société Otéis et de l'agence Philippe A à lui verser la somme de 186 463,87 euros.
Sur les appels en garantie :
36. La société Otéis n'invoque aucune faute de nature à démontrer le bien-fondé de son appel en garantie dirigé contre la société Daniel Rubin architecte. Ses conclusions d'appel en garantie ne peuvent donc qu'être rejetées.
37. En se bornant à soutenir que les sociétés Otéis et Daniel Rubin architecte devront la garantir de toute condamnation en raison " d'éventuelles fautes contractuelles ", l'agence Philippe A n'invoque, de manière précise, aucune faute de nature à démontrer le bien-fondé de son appel en garantie dirigé contre la société Daniel Rubin architecte et la société Otéis. Ses conclusions d'appel en garantie ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
38. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la société Daniel Rubin architecte, de la société Otéis et de l'agence Philippe A le paiement de la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par le département de Meurthe-et-Moselle et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
39. Les dispositions de ce même article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du département de Meurthe-et-Moselle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes demandées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par la société Daniel Rubin architecte, la société Otéis et l'agence Philippe A.
40. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société Otéis ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La société Daniel Rubin architecte, la société Otéis et l'agence Philippe A sont condamnés solidairement à verser au département de Meurthe-et-Moselle la somme de 186 463,87 euros.
Article 2 : La société Daniel Rubin architecte, la société Otéis et M. C A verseront solidairement au département de Meurthe-et-Moselle une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la société Otéis sont rejetées.
Article 5 : Les conclusions présentées par l'agence Philippe A sont rejetées.
Article 6 : Les conclusions présentées par la société Daniel Rubin architecte, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié au département de Meurthe-et-Moselle, à la société Daniel Rubin architecte, à la société Otéis et à l'agence Philippe A.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, première conseillère,
- Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 mars 2023.
La rapporteure,
L. BLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001507
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026