jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2001756 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2020, et un mémoire enregistré le 16 janvier 2021, M. A C, représenté par Me Gossin, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges à lui verser la somme totale de 182 618 euros au titre de l'indemnité de précarité et de l'indemnité de rupture ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- il a été embauché sans interruption par un contrat initial du 10 juin 2008 jusqu'au 18 mai 2020 ;
- les dispositions de l'article R. 6152-403 du code de la santé publique auraient dû lui être appliquées, il aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée au-delà de six ans ;
- il peut prétendre à la prime de précarité à concurrence de 38 618 euros en application des dispositions de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique et de l'article L. 1243-8 du code du travail ;
- il peut prétendre à une indemnité de licenciement à concurrence de 144 000 euros en application des article 49 et 50 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2020 et le 10 février 2021, le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges, représenté par Me Dubois, conclut à ce que le tribunal prononce la déchéance quadriennale à la prime de précarité, de ramener la somme due au titre de l'indemnité de précarité à la somme de 11 331,09 euros, de fixer la somme due au titre de l'indemnité de licenciement à 34 740 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique,
- les observations de Me Gossin, avocat, représentant M. C,
- et celles de Me Dubois, avocat, représentant le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a exercé les fonctions de praticien hospitalier contractuel au centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges, à compter du 10 juin 2008. Son premier contrat de travail a fait l'objet de renouvellements successifs jusqu'au 18 mai 2020, date à laquelle, par un courrier du 13 mars 2020, son employeur a décidé de ne pas renouveler le dernier avenant à son échéance. Par un courrier du 27 avril 2020, M. C a demandé au centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges de lui verser l'indemnité de précarité pour un montant de 38 618 euros et de l'indemniser du préjudice subi du fait de son licenciement à concurrence d'un montant de 144 000 euros. Aucune réponse du centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges n'ayant été apportée à ce courrier, M. C demande au tribunal de condamner ce dernier à lui verser les montants qu'il réclame.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article R. 6152-401 du code de la santé publique dans sa rédaction applicable au litige : " Les établissements publics de santé, en application des dispositions du 2° de l'article L. 6152-1 () peuvent recruter des médecins, des pharmaciens et des odontologistes en qualité de praticiens contractuels à temps plein ou de praticiens contractuels à temps partiel () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 6152-418 de ce même code : " Les dispositions du code du travail et celles du code de la sécurité sociale sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives () à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail () ". Et l'article L. 1243-8 du code du travail dispose que : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. Cette indemnité est égale à 10% de la rémunération totale brute versée au salarié. Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ".
En ce qui concerne le principe du bénéfice de l'indemnité de fin de contrat :
3. Il est constant que M. C a bénéficié, sans interruption, d'une succession de contrats à durée déterminée à compter du 10 juin 2008, jusqu'au 18 mai 2020. En sa qualité de praticien contractuel relevant des dispositions précitées, dans leur rédaction en vigueur, de l'article R. 6152-401 du code de la santé publique, M. C, dont les relations de travail avec son employeur ne se sont pas poursuivies par un contrat de travail à durée indéterminée, a droit au titre de complément de salaire, à l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L. 1243-8 précité du code du travail, ce qui n'est pas contesté par le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges.
En ce qui concerne le montant dû à M. C au titre de l'indemnité de fin de contrat :
4. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit et que le fait générateur de la créance se trouve ainsi dans les services accomplis par l'intéressé, la prescription est acquise au début de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû être rémunérés.
5. Si le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges, comme il vient d'être dit plus haut, ne conteste pas le principe de l'éligibilité de M. C au bénéfice de l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L. 1243-8 précité du code du travail, il oppose toutefois à sa demande, la prescription quadriennale prévue par la loi susvisée du 31 décembre 1968. Le fait générateur de la créance de l'intéressé se trouvant dans le service qu'il a accompli, le délai de prescription de cette créance court donc à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle il aurait dû être rémunéré, soit le dernier jour de l'exécution de chacun des contrats successifs. Les créances dont M. C demande le versement sont donc prescrites pour la période du 10 juin 2008 au 13 septembre 2015, la prescription de la créance issue du contrat exécuté à compter du 14 septembre 2015 ayant été interrompue par la réclamation préalable de M. C du 27 avril 2020.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander le versement d'une indemnité équivalente à 10% du montant des salaires bruts qu'il a perçus pour l'exécution de chaque contrat non prescrit, exécutés à compter du 14 septembre 2015 jusqu'à la date du 18 mai 2020.
En ce qui concerne l'indemnité de licenciement :
7. Aux termes de l'article R. 6152-413-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions de l'article R. 6152-413, le praticien contractuel qui bénéficie d'un contrat à durée indéterminée prévu à l'article R. 6152-403 peut être licencié, après avis de la commission médicale d'établissement ou, le cas échéant, de la commission médicale d'établissement locale. Le préavis est alors de trois mois. La décision de licenciement prononcée par le directeur est motivée. Le praticien a droit à une indemnité égale au montant des émoluments afférents au dernier mois d'activité, multiplié par le nombre d'années de services effectifs réalisées dans l'établissement concerné, dans la limite de douze () ".
8. M. C revendique le versement de l'indemnité de licenciement prévue par les dispositions susmentionnées de l'article R. 6152-413-1 du code de la santé publique, estimant qu'il aurait dû bénéficier d'un contrat à durée indéterminée en application des dispositions de l'article R. 6152-403 du code de la santé publique qui dispose que la durée des contrats à durée déterminée conclus successivement ne peut excéder six ans et que si, à l'issue de la période de reconduction, le contrat est renouvelé sur le même emploi dans le même établissement, il ne peut l'être que pour une durée indéterminée. Toutefois, la prolongation par des contrats à durée déterminée irréguliers de l'emploi comme praticien contractuel de M. C n'a pas pour effet de transformer ces contrats en contrat à durée indéterminée. Son recrutement par contrats à durée déterminée successifs depuis 2008 ne lui donnait pas vocation à disposer d'un contrat à durée indéterminée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il disposait, du fait des illégalités commises par le centre hospitalier, d'un contrat à durée indéterminée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander le versement d'une indemnité équivalente à 10% du montant des salaires bruts qu'il a perçus pour l'exécution de chaque contrat non prescrit, exécutés à compter du 14 septembre 2015 jusqu'à la date du 18 mai 2020. Les éléments du dossier ne permettant pas de calculer le montant dû à M. C à ce titre, le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges sera condamné à verser à l'intéressé une somme égale à 10% du montant des salaires bruts perçus par M. C pour l'exécution de chacun des contrats non prescrits, à savoir, celui exécuté à compter du 14 septembre 2015 et les suivants jusqu'au 18 mai 2020.
Sur les frais de l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges, une somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges est condamné à payer à M. C une somme égale à 10% du montant des salaires bruts perçus par M. C pour l'exécution de chacun des contrats non prescrits, à savoir, celui exécuté à compter du 14 septembre 2015 et les suivants exécutés jusqu'au 18 mai 2020.
Article 2 : Le centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges versera la somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Boulangé, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
P. B
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001756
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026