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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002096

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002096

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002096
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LCE - LES CONSEILS D'ENTREPRISES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une réclamation adressée au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales et enregistrée sous le n°2002096 et des mémoires enregistrés le 30 août 2021 et le 17 août 2022, la société Frigo transports 54, représentée par Rocaboy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a qualifié son établissement de Gondreville d'industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts, dès lors que les moyens techniques mis en œuvre ne sont ni importants, ni prépondérants ;

- les moyens techniques dont il convient de tenir compte pour apprécier la nature industrielle d'un établissement ne comprennent pas les installations foncières, mais sont limités aux installations techniques, matériels et outillages figurant au compte 215 du plan comptable général et visés au 11° de l'article 1382 du code général des impôts ;

- elle a pour activité le transport de marchandises sous température dirigée par la route et non le stockage, l'entreposage ou le conditionnement de marchandises ; sa plateforme logistique lui permet de réceptionner des marchandises transportées par ses propres camions, qui sont dégroupées puis regroupées en fonction de leur lieu de destination ; la marchandise ne reste sur place qu'entre quelques minutes et quelques heures ;

- la plateforme logistique n'est équipée que du matériel nécessaire à la climatisation, du matériel de manutention et de quelques meubles ; elle emploie 84 salariés dont 45 chauffeurs ;

- il n'y a pas lieu de tenir compte du matériel du garage où sont entretenus les véhicules de sa flotte et le matériel de bureau ; la valeur des installations techniques, matériels et outillages, comprenant les installations de production de froid nécessaires au maintien d'une température dirigée, s'établit entre 146 201 euros et 170 533 euros selon les exercices comptables et elle varie entre 315 000 euros et 335 000 euros lorsque l'on intègre les installations de production de froid, ce qui représente 6% des investissements totaux du site ;

- la présence des seuls transpalettes et de l'équipement de production de froid n'apparaît donc pas être un critère pertinent à même de qualifier une plateforme logistique d'établissement industriel ;

- elle ne dispose pour les besoins de son activité d'aucun système de tri et de stockage informatisé et automatisé, de matériel piloté par des logiciels d'entrepôt, de préparateurs de commandes asservis avec informatique embarquée, de cellules de stockage comportant des étagères de grande hauteur, de racks, de convoyeurs, de transtockeurs, de sorte que l'automatisation ne supplante pas le personnel qui dans l'activité de manutention conserve un rôle central ;

- la valeur des installations techniques, matériels et outillages est inférieure au seuil de 500 000 euros fixé par l'article 1500 du code général des impôts dans sa rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2020 en deçà duquel la qualification d'établissement industriel ne peut plus être retenue ;

- les moyens techniques mis en œuvre ne présentent pas de caractère prépondérant ; elle ne transporte que des produits frais et les marchandises ne font que transiter par la plateforme ; le contrôle de la température de la plateforme est nécessaire à son activité sans lui être indispensable ; la manipulation des marchandises est essentiellement manuelle et elle n'utilise pas d'équipements d'automatisation ; la surface de sa plateforme qu'elle exploite est réduite.

Par son mémoire introductif d'instance enregistré le 26 août 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 2 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de cette réclamation.

Il soutient que l'établissement exploité par la société sur le territoire de la commune de Gondreville est un établissement industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Rocaboy, représentant la société Frigo transports 54.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Frigo transports 54, dont le siège social est à Guidel ( Morbihan), utilise des locaux situés sur le territoire de la commune de Gondreville (Meurthe-et-Moselle), qui sont pour partie pris à bail, dans le cadre d'un contrat de crédit-bail, conclu le 29 décembre 2004 avec la société Natixis lease immo et qui sont, pour le reste, sa propriété. A la suite de la vérification de la comptabilité de la société du 1er juin au 11 juillet 2016, l'administration a qualifié l'établissement en cause d'établissement industriel au sens des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts et a majoré l'assiette de contribution foncière des entreprises des entreprises des années 2013 à 2016. Les impositions litigieuses ont été mises en recouvrement, par rôles émis le 30 novembre 2017. La société a formé une réclamation contentieuse le 16 janvier 2018, expressément rejetée le 16 décembre 2019. La SAS Frigo transports 54 est devenue propriétaire des immeubles pris à bail auprès de la société Natixis lease immo à compter du 1er octobre 2017. Elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2018 et 2019 selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts au titre des années 2018 et 2019. Le 2 avril 2020, la société a saisi l'administration de deux réclamations préalables tendant, d'une part, au dégrèvement partiel de la taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2018 et 2019 et, d'autre part, au dégrèvement partiel de la cotisation foncière due au titre de l'année 2018. Par la requête susvisée le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle soumet d'office au tribunal la réclamation du 2 avril 2020, relative à la taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2018 et 2019, en application des dispositions des articles R. 199-1 et R. 200-3 du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / () ".

3. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. ". Aux termes de l'article 1467 A du même code : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile ".

4. Les règles suivant lesquelles est déterminée la valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties sont définies à l'article 1496 du code général des impôts pour ce qui est, jusqu'en 2016 " des locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une activité salariée à domicile, soit d'une activité non commerciale au sens du 1 de l'article 92 ", à compter de 2017 " des locaux affectés à l'habitation ou servant à l'exercice d'une activité salariée à domicile ", à l'article 1498 du même code pour " tous les biens autres que les locaux d'habitation ou à usage professionnel visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 " et à l'article 1499 pour les " immobilisations industrielles ". En vertu de l'article 1499 du code général des impôts : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Revêtent un caractère industriel, au sens des dispositions précitées de l'article 1499 du code général des impôts, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.

6. L'administration a considéré que la plate-forme logistique exploitée par la société requérante à Gondreville, dont la valeur locative avait été précédemment fixée par application des règles figurant à l'article 1498 du code général des impôts, était un établissement industriel devant être évalué conformément aux dispositions de l'article 1499 du même code.

7. Il résulte de l'instruction que la société requérante exerce deux activités distinctes sur le site de Gondreville que sont le transport de marchandises et la logistique en secteur réfrigéré. Les locaux en litige en lien avec cette seconde activité, comprennent une plateforme de 2 705 m² dont 2 010 m² en froid, située sur un terrain de 15 587 m², dotée de 23 quais de chargement et déchargement des marchandises, d'une station de lavage, d'un local de charge des batteries des équipements de manutention, d'un local de stockage des palettes, d'un atelier de mécanique, de vestiaires et de bureaux. La plateforme logistique est dotée d'équipements frigorifiques en maintenant la température de 2° C., d'un prix de revient total de 186 180 euros, intégrant la plomberie, auquel il convient d'ajouter le montant des panneaux isothermes d'une valeur non contestée de 150 788 euros, la circonstance que les panneaux isothermes ne seraient pas dissociables de l'immeuble qui les abritent ne faisant pas obstacle à ce qu'ils soient regardés comme des moyens techniques. Les quais comprennent des équipements techniques d'un prix de revient estimé par les parties à un montant de 10 650 euros et des extensions de la plateforme froid d'une valeur estimée par la société à 77 000 euros. Par ailleurs, la société requérante utilise également du matériel et de l'outillage de manutention, dont le prix de revient est estimé par elle à 79 807 euros en 2017 et 98 835 euros en 2018. Le poste équipement de bâtiment est quant à lui évalué à 23 733 euros au titre de ces différents exercices. Le prix de revient total des moyens techniques peut donc être estimé à un montant compris entre 495 095 euros et 547 186 euros selon les années. Les moyens techniques, en lien avec l'activité de logistique, qui permettent notamment de maintenir une température de quelques degrés au-dessus de zéro sur une surface de 1 508 m² sont importants au regard de leur consistance et de leur valeur.

8. Il résulte par ailleurs de l'instruction que les installations techniques permettent la conservation des denrées transportées durant leur transfert d'un camion à un autre, accroissent les capacités de manutention du personnel de quai, qui était composé durant les années en litige de 17 à 20 personnes pour 23 quais de chargement et déchargement, réduisent les durées de déchargement et chargement et, par suite, le temps de transport total des denrées périssables que sont les produits de la mer et accroissent les volumes pouvant être traités par cette plate-forme logistique. Si la société Frigo transports 54 soutient que la part des installations techniques ne représente que 6% des investissements totaux sur le site, il est constant que la société exerce deux activités économiquement distinctes que sont, d'une part le transport et, d'autre part la logistique. Il résulte des liasses fiscales produites que le montant total des actifs corporels de la société s'élève, respectivement, à 6 889 867 euros et 7 530 154 euros au jour de la clôture des exercices 2018 à 2019 et que, parmi les actifs de la société, figurent du matériel de transport, pour une valeur de 4 442 944 euros et de 4 616 084 euros selon les exercices considérés. Ces éléments de transport ne sont pas directement mis en œuvre dans le local litigieux et n'ont, par suite, pas à être pris en compte pour apprécier de la prépondérance des moyens techniques mis en œuvre. Soustraction faite du prix des terrains de 296 153 euros, les immobilisations correspondant aux moyens techniques mis en œuvre évoluent représentent 20% des équipements matériels, outillages et autres immobilisations corporelles. Le rôle des moyens techniques est essentiel à l'activité exercée sur le site, pour laquelle le maintien de la chaîne du froid est indispensable. Si la société requérante fait valoir qu'elle n'exerce aucune activité de stockage des produits et ne recourt pas à un système global mécanisé autonome ou informatisé, l'activité exercée nécessite toutefois des moyens techniques importants pour la production de froid et le contrôle de la température dans l'entrepôt, ainsi que pour la manutention des produits transportés dont le rôle est prépondérant pour les besoins de l'activité exercé dans son établissement. Ainsi, l'établissement exploité par la SAS Frigo Transports 54 à Gondreville doit être regardé comme étant un établissement industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts. C'est donc à bon droit, au regard de la loi fiscale, que le service a mis en œuvre la méthode comptable pour procéder à son évaluation.

Sur les frais de l'instance:

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code d justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Frigo transports 54 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Frigo transports 54 et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2002096

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