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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002389

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002389

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002389
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 septembre 2020 et le 22 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Strohman, demande au tribunal :

1°) de consacrer la responsabilité de la commune de Ventron dans la survenance de l'accident qu'elle a subi le 29 mai 2013 du fait du défaut d'entretien de la voie communale dite " chemin de la Peutte Goutte " ;

2°) d'ordonner une expertise à tel expert qu'il plaira au tribunal afin de décrire son état de santé, déterminer si celui-ci est la conséquence directe de l'accident survenu le 29 mai 2013 et chiffrer le préjudice qu'elle a subi par application du barème Dinthilac ;

3°) de réserver la liquidation de son préjudice après dépôt du rapport d'expertise ;

4°) de rejeter toutes les demandes et conclusions reconventionnelles de la commune de Ventron.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- la responsabilité de la commune est engagée en raison du défaut d'entretien du chemin sur lequel elle a chuté ;

- le défaut d'entretien du chemin est directement à l'origine de son accident ;

- elle n'a commis aucune faute ou imprudence ;

- une expertise devra chiffrer les préjudices qu'elle a subis du fait de cet accident.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 juillet 2021 et 14 octobre 2022, la commune de Ventron, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions de Mme B, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 25 novembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par Me Fort, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée par Mme B et réserver ses droits.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle qui n'a pas produit de mémoire.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 30 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Ventron.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 mai 2013, alors qu'elle empruntait la voie dite " chemin de Peutte Goutte " située sur le territoire de la commune de Ventron (Vosges) en direction de la " ferme Bianbian " appartenant à , Mme B a été victime d'une chute au cours de laquelle une pierre d'environ 30 kilogrammes a écrasé son pied. Le 23 juillet 2020, elle a sollicité la commune de Ventron afin que celle-ci reconnaisse sa responsabilité dans cet accident tout en réservant le chiffrage de son préjudice à l'intervention d'une expertise. L'assureur de la commune a rejeté le 30 septembre 2020 cette demande. Par la requête susvisée, Mme B demande la reconnaissance de la responsabilité de la commune à raison du défaut d'entretien du chemin et qu'une expertise soit ordonnée afin de déterminer les préjudices résultant de sa chute.

2. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-2 du même code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale () ". Aux termes de l'article L. 161-5 du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ".

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative soulevée par la commune de Ventron :

3. En premier lieu, constituent des chemins ruraux, appartenant au domaine privé de la commune en application de l'article L. 161-1 précité du code rural et de la pêche maritime, les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas soutenu que le " chemin de Peutte Goutte " ait fait l'objet d'un classement par le conseil municipal de la commune de Ventron dans sa voirie communale. Il relève ainsi de la catégorie des chemins ruraux appartenant au domaine privé de la commune.

4. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment du plan cadastral produit, que le chemin en litige est la seule voie desservant, dans sa première partie, une chèvrerie, puis la maison d'habitation des parents de la requérante et qu'il rejoint d'autres chemins ruraux. Il n'est, par ailleurs, pas contesté par la commune qu'il est emprunté par des randonneurs, des habitants de la commune ainsi que par des chasseurs et débardeurs. Dans ces conditions, ce chemin, qui constitue une voie de passage au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime, est donc présumé être affecté à l'usage du public et revêt de ce fait le caractère d'un ouvrage public. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître de la demande de réparation des préjudices que Mme B impute au défaut d'entretien normal du " chemin de Peutte Goutte " et l'exception d'incompétence soulevée par la commune de Ventron doit être écartée.

Sur la responsabilité de la commune de Ventron :

5. Aux termes de l'article L. 2321-1 du code général des collectivités territoriales : " Sont obligatoires pour la commune les dépenses mises à sa charge par la loi ". Aux termes de l'article L. 2321-2 du même code : " Les dépenses obligatoires comprennent notamment : / () 20° Les dépenses d'entretien des voies communales () ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les dépenses obligatoires pour les communes incluent les dépenses d'entretien des seules voies communales, dont ne font pas partie les chemins ruraux.

6. La responsabilité d'une commune en raison des dommages trouvant leur origine dans un chemin rural n'est pas, en principe, susceptible d'être engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal. Il en va différemment dans le cas où la commune a exécuté, postérieurement à l'incorporation du chemin dans la voirie rurale, des travaux destinés à en assurer ou à en améliorer la viabilité et a ainsi accepté d'en assumer, en fait, l'entretien.

7. Il résulte de l'instruction que la commune de Ventron n'a réalisé que trois interventions, ponctuelles et d'ampleur très limitée, sur une période de plus de cinquante ans entre 1963 et 2012 à la suite de la seule sollicitation des habitants de la ferme " Bianbian " et que, bien que le maire de la commune ait fait part, à ces occasions ainsi qu'à la suite de l'accident de Mme B, de son intention d'exécuter des travaux destinés à assurer la viabilité de ce chemin, ces travaux de viabilisation n'ont jamais été réalisés. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Ventron ait accepté, en fait, d'assumer l'entretien de ce chemin rural.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander à voir engagée la responsabilité de la commune de Ventron en vue de la réparation des préjudices subis à raison du défaut d'entretien normal du " chemin de Peutte Goutte ".

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Ventron présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ventron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy de Dôme, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle et à la commune de Ventron.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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