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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002463

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002463

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002463
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantKRETZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2020 et un mémoire enregistré le 19 décembre 2022 et non communiqué, la SCI DMG, représentée par Me Kretz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôts sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'exercice 2016 ainsi que des intérêts et pénalités correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a réalisé une décision de gestion en n'achetant que cinq lots de terrains à viabiliser sur les sept vendus par la commune d'Homecourt ;

- son assiette imposable à l'impôt sur les sociétés ne saurait être déterminée comme si elle avait acheté les sept lots ;

- la preuve de l'élément matériel de l'acte anormal de gestion n'est pas rapportée dès lors que la viabilisation des deux lots achetés par M. A a été effectuée par ce dernier et non par la société DMG qui ne s'est ainsi pas appauvrie au profit de ce dernier ; la viabilisation a été effectuée avec les outils du père de M. A et des chutes de chantier ; M. A a bénéficié d'un effet d'aubaine tenant au fait que les travaux de voirie réalisés par la société DMG passaient devant ses deux parcelles ; il a souhaité compenser cet effet en rachetant à la société trois lots viabilisés à un prix majoré de 17% ;

- la quote-part que la société aurait pu refacturer à M. A s'élève au maximum à 21 782 euros et non à 40 336 euros comme le soutient le service ; il convient par ailleurs de déduire la somme de 12 509 euros de cet avantage, correspondant à la majoration de prix des lots viabilisés acheté à la société DMG, si bien que le montant de l'avantage dont il a bénéficié ne saurait excéder la somme de 9 273 euros ;

- la preuve de l'existence d'un manquement délibéré n'est pas rapportée et la motivation des pénalités ne correspond pas au fondement du redressement.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2021, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kretz, représentant la société DMG.

Considérant ce qui suit :

1. La société DMG a pour objet l'acquisition de terrains pour les viabiliser et les revendre en lots. Elle a fait l'objet en 2018, d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2015, 2016 et 2017. A l'issue de ces opérations, le service a réintégré dans l'assiette imposable à l'impôt sur les sociétés le produit dont elle se serait privée en ne facturant pas à son dirigeant les travaux de viabilisation réalisés sur des parcelles appartenant à ce dernier. Par courrier du 1er avril 2020, la société DMG a saisi l'administration d'une réclamation préalable, explicitement rejetée le 22 septembre suivant.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.

3. Le 25 mars 2015, la commune d'Homecourt a vendu à la SCI DMG cinq parcelles à viabiliser du lotissement au lieudit " Bois de la Sarre ", cadastrées AC 323 à AC 330 et, le même jour, elle a cédé à M. A, dirigeant de la société DMG, deux autres parcelles référencées AC 321 et 322 au sein de ce même lotissement. Une convention de réalisation et de remise d'ouvrages électriques de distribution publique en vue d'un raccordement collectif a été signé entre la SCI DMG et ERDF le 28 avril 2015, prévoyant, notamment, la fourniture de sept panneaux X HN62-S compteur-disjoncteur et sept disjoncteurs. Par ailleurs, il est constant que la société DMG a exposé des travaux de viabilisation, d'un montant total de 63 530,15 euros et correspondant à des travaux de voirie provisoire et définitive, des travaux de réseaux secs, des travaux de connexion au réseau électrique et au réseau téléphonique.

4. D'une part, pour caractériser l'existence d'un avantage consenti par la société DMG à M. A, le service s'est fondé sur la circonstance que, par les éléments produits, ce dernier ne rapportait pas la preuve de ce qu'il avait personnellement effectué les travaux de viabilisation avec l'aide de son père et de ce que les dépenses engagées par la société DMG avaient bénéficié à son dirigeant. Si la société DMG soutient qu'elle a effectué une décision de gestion en n'achetant que cinq des sept lots à viabiliser, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des redressements dès lors que ces derniers visent uniquement à réintégrer dans l'assiette imposable les produits dont elle s'est privée en ne facturant pas à son dirigeant les travaux de viabilisation réalisés sur des parcelles appartenant à ce dernier. Il résulte de l'instruction que la société DMG a conclu avec les société ERDF et Orange des conventions de réalisation et de remise d'ouvrages électriques de distribution publique et de connexion au réseau téléphonique concernant sur le raccordement de l'ensemble des lots à viabiliser au sein du lotissement. La société DMG ne conteste pas par ailleurs que les dépenses de voirie provisoire et définitive exposées en totalité par elle, ont bénéficié pour partie à M. A, sans que l'avantage ainsi consenti ne lui soit refacturé. Enfin, si la société DMG soutient que les travaux de raccordement aux réseaux d'induction d'eau potable et d'évacuation des eaux usées ont été réalisés, sur les deux lots litigieux, par M. A et son père au moyen de chutes de chantier, elle ne produit aucune facture de matériaux alors qu'il résulte des plans produits aux débats que de tels raccordement nécessitaient parfois jusqu'à vingt mètres de tuyaux. Par suite, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve que la société DMG s'est délibérément appauvrie à des fins étrangères à son intérêt.

5. D'autre part, pour calculer le montant de l'appauvrissement de la société, le service a procédé par comparaison entre le prix de cession des deux parcelles de M. A et la valeur à laquelle la société DMG a revendu ses cinq parcelles, pour en déduire que le montant de l'avantage consenti à M. A s'élève à 40 336 euros. Une telle méthode est toutefois impropre à déterminer le montant de l'avantage consenti à M. A dès lors que le prix de cession d'un terrain viabilisé correspond au prix d'achat du terrain non viabilisé, majoré des frais de viabilisation mais aussi de la marge du lotisseur. Il résulte de l'instruction que la société DMG a exposé des frais de viabilisation pour un montant total de 63 530,15 euros, qui ont profité aux sept parcelles du lotissement situé au lieudit " Bois de la Sarre ". En l'absence de tout élément pertinent produit par les parties, ces dépenses doivent être considérées comme ayant été exposées dans des proportions identiques pour chacun des sept lots viabilisés. Si la société DMG soutient que M. A aurait partiellement compensé les avantages dont il a bénéficié en lui rachetant trois parcelles aménagées pour un montant majoré de 17%, il résulte des plans fournis par la requérante que le prix de rachat convenu correspond à celui estimé dès avant le début des opérations de viabilisation. Par suite, l'administration est seulement fondée à considérer que l'avantage consenti par la société DMG à M. A s'élève à 2/7 de la somme de 63 530,15 euros, soit 18 152 euros.

Sur les pénalités :

6. Aux termes des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.

7. Afin de justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que la communauté d'intérêt existant entre M. A et la SCI DMG dont il est le représentant légal et associé à 50 % permet de caractériser le manquement délibéré quant à l'absence de refacturation des travaux de viabilisation des lots détenus par M. A, effectués à son profit et sur le fait que la société SCCV DMG, dirigée par M. A et qui avait une activité de construction vente de biens avait déjà été notifiée pour des faits similaires en 2013. Par une telle motivation, qui est en lien avec les éléments fondant les redressements, l'administration doit être regardée comme ayant suffisamment établi la volonté délibérée de la société DMG d'éluder l'impôt sur les sociétés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société DMG est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice 2016 ainsi des pénalités et intérêts correspondants, en tant que l'avantage qu'elle est réputée avoir consenti à M. A doit être évalué à la somme de 18 152 euros.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante une quelconque somme au titre des frais engagés par la société DMG et non comprise dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La cotisation d'impôt sur les sociétés à laquelle la société DMG a été assujettie au titre de l'exercice 2016 ainsi que les pénalités et intérêts correspondants sont réduits selon les modalités prévues au point 5 du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI DMG et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002463

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