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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002622

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002622

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002622
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 21 octobre 2020, le 29 mars 2021 et le 2 septembre 2021, la société Gan assurances, représentée par Me Hourmant puis par Me Cavelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Rosières-aux-Salines à lui verser la somme globale de 116 575,39 euros avec intérêts de droit à compter du 19 mai 2020, correspondant au montant de l'indemnisation mise à la charge de son assuré au titre de l'indemnisation des préjudices subis par MM. E et D à la suite de l'accident dont ils ont été victimes le 13 décembre 2007 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rosières-aux-Salines une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a dû verser à M. E la somme de 86 577,53 euros et à M. D la somme de 20 092,50 euros en sa qualité d'assureur de responsabilité automobile de M. F, en exécution du jugement du tribunal de grande instance de Nancy du 20 mai 2019, rectifié par un jugement du 31 juillet 2019, et se trouve en conséquence subrogée dans les droits des tierces victimes ;

- la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines se trouve engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en raison du défaut de signalisation du chantier mobile constitué par la nacelle appartenant à la commune ;

- aucune faute ne peut être reprochée à M. F, de sorte que la commune doit être condamnée à indemniser intégralement le préjudice qu'elle a subi ;

- la commune de Rosières-aux-Salines n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du rôle même partiellement exonératoire des manquements commis par MM. F, E et D ;

- la commune de Rosières-aux-Salines n'apporte pas la preuve des indemnités qu'elle aurait versées aux agents au titre du régime de prise en charge de l'accident de service ;

- le préjudice subi par M. E s'élève à la somme de 86 557,53 euros, outre 2 000 euros au titre de l'article 700 du nouveau code de procédure civile ;

- le préjudice subi par M. D s'élève à la somme de 22 092,50 euros ;

- elle justifie avoir réglé la créance définitive de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle concernant M. D, d'un montant de 4 834,36 euros, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 091 euros.

Par des mémoires enregistrés les 16 et 17 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Rosières-aux-Salines à lui verser la somme de 4 834,36 euros, correspondant au montant définitif de ses débours, ainsi qu'une somme de 1 091 euros correspondant au montant de l'indemnité forfaitaire de gestion au titre de l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;

2°) de mettre à la charge de la commune les dépens liés à l'exécution du jugement ainsi qu'une somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle a eu à supporter les frais consécutifs à l'accident du travail dont M. D a été victime le 13 décembre 2007 ;

- elle s'en remet à prudence de justice en ce qui concerne la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines.

Par un mémoire enregistré le 3 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle déclare se désister de l'instance.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2021, la commune de Rosières-aux-Salines, représentée par Me Lebon et Me Coissard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Gan assurances d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande présentée par la société Gan assurances est prescrite ;

- la société Gan assurances ne dispose d'aucun intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre de la commune au-delà d'un montant total de 81 575,19 euros, correspondant aux montant total des quittances subrogatives ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la société April entreprise qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 2 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil, notamment son article 1251 ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coissard, représentant la commune de Rosières-aux-Salines.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 décembre 2007, vers 14 heures, alors qu'il circulait au volant d'un camion frigorifique sur la route départementale 116 dans l'agglomération de la commune de Rosières-aux-Salines, M. F a percuté le bas d'une nacelle surplombant la voie de circulation et dans laquelle se trouvaient M. E, agent de la communauté de communes du Pays du Sel et du Vermois, et M. D, agent de la commune de Rosières-aux-Salines, alors que ces deux agents étaient en train de changer les ampoules d'une guirlande traversant cette voie. M. E a été projeté hors de la nacelle et a chuté au sol tandis que M. D a violemment percuté les parois de cette nacelle. Par un jugement du 25 janvier 2011, le tribunal correctionnel de Nancy a relaxé M. F des chefs de blessures involontaires avec incapacité supérieure à trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur et de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur. Le tribunal correctionnel a également relaxé M. C, responsable des services techniques de la commune de Rosières-aux-Salines, et M. A, agent technique employé par cette commune, des chefs de blessures involontaires avec incapacité supérieure à 3 mois par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence, et de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence. Par un jugement du 20 mai 2019, le tribunal de grande instance de Nancy a condamné solidairement M. F et son assureur, la société Gan assurances, à verser à M. E une somme de 58 577,53 euros, de laquelle il convient de déduire une provision de 30 000 euros déjà versée en exécution d'une ordonnance du juge de la mise en état du 8 avril 2014, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Par ce même jugement, le tribunal a condamné solidairement M. F et la société Gan assurances à verser à M. D une somme de 20 092,50 euros, de laquelle il convient de déduire une provision de 5 000 euros déjà versée en exécution d'une ordonnance du juge de la mise en état du 8 avril 2014, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile. Par un jugement rectificatif du 31 juillet 2019, le tribunal a condamné solidairement M. F et la société Gan assurances à verser à M. E une somme de 28 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent résultant de l'accident du 13 décembre 2007. Par un courrier du 13 mai 2020, la société Gan assurances, agissant en qualité de subrogée dans les droits de MM. E et D, a demandé à la commune de Rosières-aux-Salines de lui verser une somme de 106 670,03 euros à parfaire. Cette demande a été rejetée par un courrier du maire de la commune en date du 19 août 2020. Par la requête susvisée, la société Gan assurances demande au tribunal de condamner la commune de Rosières-aux-Salines à lui verser la somme globale de 116 575,39 euros avec intérêts de droit à compter du 19 mai 2020, correspondant au montant de l'indemnisation mise à la charge de son assuré au titre de l'indemnisation des préjudices subis par MM. E et D à la suite de l'accident dont ils ont été victimes le 13 décembre 2007.

Sur les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle :

2. Par un mémoire enregistré le 3 mars 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle déclare se désister de ses conclusions. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur l'intérêt à agir de la société Gan assurances :

3. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ".

4. D'une part, l'auteur d'un dommage, condamné par le juge judiciaire à en indemniser la victime, qui saisit la juridiction administrative d'un recours en vue de faire supporter la charge de la réparation par la collectivité publique co-auteur du dommage, exerce une action subrogatoire et non une action récursoire. S'il peut utilement se prévaloir des fautes que la collectivité publique aurait commises à son encontre ou à l'égard de la victime et qui ont concouru à la réalisation du dommage, il ne saurait avoir plus de droits que la victime.

5. D'autre part, l'assureur d'un tiers responsable se trouve subrogé dans les droits de la victime par le double effet de la subrogation dans les droits de l'assuré, en vertu des dispositions de l'article L. 121-2 du code des assurances, et de la subrogation dans les droits de la victime dont il a bénéficié lorsque la dette à l'égard de cette dernière a été acquittée. Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de cette double subrogation de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à la victime, au plus tard à la date de clôture de l'instruction.

6. En premier lieu, la société Gan assurances justifie avoir versé à M. E la somme de 30 000 euros à titre de provision, ainsi qu'une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 700 du nouveau code de procédure civile, en exécution de l'ordonnance du juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Nancy du 8 avril 2014. En outre, elle justifie avoir versé à M. E une somme de 56 557,53 euros en réparation de ses divers préjudices, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, en exécution des jugements du tribunal de grande instance de Nancy des 20 mai et 31 juillet 2019. Par suite, la société Gan assurances est subrogée dans les droits de M. E à hauteur de 89 057,53 euros.

7. En deuxième lieu, la société Gan assurances justifie avoir versé à M. D une somme de 15 092,50 euros en réparation de ses divers préjudices, ainsi qu'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, en exécution des jugements du tribunal de grande instance de Nancy des 20 mai et 31 juillet 2019. Par suite, la société Gan assurances est subrogée dans les droits de M. D à hauteur de 17 092,50 euros.

8. Enfin, la société Gan assurances justifie avoir versé à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle la somme 4 834,36 euros correspondant à la prise en charge des frais de santé de M. D et aux indemnités journalières, ainsi qu'une somme de 1 091 euros relative à l'indemnité forfaitaire de gestion. Par suite, la société Gan assurances est subrogée dans les droits de la caisse primaire d'assurance maladie à hauteur de 5 925,36 euros.

9. En revanche, la société Gan assurances ne justifie pas avoir procédé au versement à M. D de la somme de 5 000 euros à titre de provision en exécution de l'ordonnance du juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Nancy du 8 avril 2014. Dans ces conditions, la société Gan assurances, qui n'établit pas être subrogée dans les droits de M. D en ce qui concerne cette somme, est dépourvue d'intérêt à agir pour exercer une action subrogatoire à l'encontre de la commune de Rosières-aux-Salines en vue de son recouvrement.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

10. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ".

11. La créance que l'auteur d'un dommage, subrogé dans les droits de la victime qu'il a indemnisée en exécution d'une décision de la juridiction judiciaire, détient sur une collectivité publique à laquelle le dommage est également imputable, se rattache à l'exercice au cours duquel est intervenue la décision judiciaire qui a fixé le montant de la réparation et rendu ainsi la créance liquide et exigible.

12. Eu égard aux dates de lecture des jugements du tribunal de grande instance de Nancy ayant condamné solidairement M. F et la société Gan assurances à indemniser MM. E et D, la créance de la société requérante est née en 2019. La demande indemnitaire préalable que la société Gan assurances a adressée à la commune de Rosières-aux-Salines le 13 mai 2020, reçue par l'administration le 19 mai suivant, a eu pour effet d'interrompre le délai de prescription. Par suite, la créance de la société Gan assurances n'était pas prescrite à la date d'enregistrement de sa requête par le tribunal le 21 octobre 2020.

Sur la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines :

13. La victime d'un dommage résultant de travaux publics, lorsqu'elle participe elle-même à l'exécution ou la surveillance desdits travaux, ne peut mettre en jeu la responsabilité du maitre de l'ouvrage ou celle de l'entrepreneur, selon le cas, que si une faute peut être relevée contre l'auteur des faits préjudiciables.

14. D'une part, il résulte de l'instruction que le 13 décembre 2007, M. E, agent de la communauté de communes des Pays du Sel et du Vermois, et M. D, agent de la commune de Rosières-aux-Salines, sont intervenus au moyen d'un camion nacelle appartenant à la communauté de communes des Pays du Sel et du Vermois et mis à disposition de la commune de Rosières-aux-Salines afin de changer des ampoules sur une guirlande traversant et surplombant la route départementale 116, à hauteur de la place Saint-Pierre à Rosières-aux-Salines. Il résulte par ailleurs de l'instruction et en particulier de l'enquête préliminaire menée par les services de gendarmerie, que si le camion supportant la nacelle était balisé par une huitaine de plots, ce dernier était placé sur une voie annexe à la RD 116 et masqué par la fontaine et l'arbre de Noël implantés sur la place Saint-Pierre, de sorte qu'il ne pouvait pas être vu des automobilistes circulant sur la RD 116 en direction de Dombasle-sur-Meurthe. En outre, il résulte de l'enquête préliminaire et en particulier de l'audition de M. C, responsable des services techniques de la commune de Rosières-aux-Salines, et de M. A, agent technique de cette même commune, également présents sur les lieux au moment de l'accident, que ces derniers n'ont pas jugé utile de mettre en place les panneaux et plots destinés à assurer la protection de la nacelle, alors même qu'ils disposaient de ces équipements. A cet égard, si la commune de Rosières-aux-Salines soutient qu'un véhicule communal était également stationné à côté du chantier, gyrophare et feux de détresse allumés, cet élément ne pouvait à lui seul, en l'absence de toute autre indication, être de nature à signaler la présence de la nacelle. Il résulte enfin de l'instruction que MM. C et A, alors qu'ils étaient chargés d'assurer la surveillance et la régulation de la circulation pendant l'intervention de MM. E et D, ont quitté leur poste et sont allés discuter avec un adjoint au maire de la commune de Rosières-aux-Salines qui venait d'arriver sur les lieux, abandonnant la surveillance du chantier. Dans ces conditions, la société Gan assurances est fondée à soutenir que le défaut de signalisation de la nacelle et de surveillance du chantier constituent une faute de la commune de Rosières-aux-Saline, maître d'ouvrage des travaux. Cette faute, qui présente un lien direct avec l'accident dont ont été victimes MM. E et D, est de nature à engager la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines.

15. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point qui précède que le camion nacelle, bien que balisé, était placé sur une voie annexe à la RD 116 et masqué par la fontaine et l'arbre de Noël implantés sur la place Saint-Pierre, de sorte qu'il ne pouvait être vu par le conducteur du camion frigorifique ayant heurté la nacelle. En outre, la nacelle dans laquelle se trouvaient MM. E et D, placée à une hauteur d'environ deux mètres quatre-vingt et en surplomb de la voie de circulation, ne faisait l'objet d'aucune signalisation spécifique. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que cette nacelle était visible par les automobilistes empruntant cette voie. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que M. F, qui circulait à une vitesse d'environ 25 km/h au moment de la collision, aurait fait preuve d'imprudence ou d'un manque de vigilance. Dans ces conditions, ce dernier n'a commis aucune faute de nature à exonérer la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines.

16. Enfin, il résulte de l'instruction qu'au moment de l'accident, MM. E et D n'étaient pas équipés du harnais et du casque mis à leur disposition. Il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier du procès-verbal d'audition de la directrice générale des services de la communauté de communes des Pays du Sel et du Vermois, que l'utilisation du harnais n'était pas obligatoire à bord d'une nacelle. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que le port d'un casque aurait été de nature à atténuer les conséquences dommageables de l'accident subi par les deux agents. Dans ces conditions, MM. E et D n'ont commis aucune faute de nature à exonérer la responsabilité de la commune de Rosières-aux-Salines.

17. Il résulte de ce qui précède que la commune de Rosières-aux-Salines doit être regardée comme étant entièrement responsable des conséquences de l'accident survenu le 13 décembre 2007.

Sur l'évaluation des préjudices :

18. La nature et l'étendue des réparations incombant à une collectivité publique du chef d'un accident dont la responsabilité lui est imputée, ne dépendent pas de l'évaluation du dommage faite par l'autorité judiciaire dans un litige où elle n'a pas été partie et n'aurait pu l'être mais doivent être déterminées par le juge administratif, compte tenu des règles afférentes à la responsabilité des personnes morales de droit public et indépendamment des sommes qui ont pu être exposées par le requérant à titre d'indemnité ou d'intérêts.

En ce qui concerne le préjudice de M. E :

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

19. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise médicale établi par le docteur B le 15 septembre 2015 que M. E a exposé des frais d'assistance à tierce personne, à raison d'une aide-ménagère non spécialisée, à hauteur de deux heures par week-end entre le 1er mars 2008 et le 29 août 2008 et de trois heures par semaine entre le 30 août 2008 et le 31 octobre 2008. Par suite, il y a lieu de retenir un nombre total de 89 heures. S'agissant d'une aide-ménagère non spécialisée, et à défaut de contestation utile sur ce point, un tarif horaire de 13 euros sera retenu. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer le préjudice lié aux frais d'assistance à tierce personne à la somme de 1 300 euros.

20. En deuxième lieu, M. E fait valoir qu'il a exposé des frais d'assistance d'un médecin conseil dans le cadre de l'expertise médicale ordonnée par le tribunal de grande instance de Nancy. Toutefois, la commune de Rosières-aux-Salines conteste la réalité du préjudice ainsi subi par M. E et la société Gan assurances ne verse à l'instance aucun document permettant d'établir la réalité des dépenses exposées par l'agent. Par suite, il y a lieu de rejeter ce poste de préjudice.

21. Enfin, il résulte de l'instruction que le tribunal de grande instance de Nancy a alloué à M. E la somme de 5 205,53 euros au titre de la perte de revenus entre le 1er janvier 2008 et le 31 janvier 2014. Toutefois, la commune de Rosières-aux-Saline conteste la réalité de la perte de revenus alléguée et fait valoir que les préjudices patrimoniaux ont été nécessairement indemnisés dès lors que M. E a été placé en congé pour accident de service. La société Gan assurances, qui ne verse à l'instance aucun élément permettant d'établir la perte de revenus de M. E, n'établit pas la réalité de ce préjudice. Par suite, il y a lieu d'écarter ce poste de préjudice.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

22. Il résulte de l'instruction que M. E a été déclaré inapte de manière absolue et définitive à toutes fonctions et a été autorisé à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er février 2014. Compte tenu de la nature et de l'importance de ses séquelles et eu égard à son âge, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 15 000 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

23. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire total pour la période du 13 décembre 2007 au 29 août 2008, à hauteur de 50% pour la période du 30 août 2008 au 31 octobre 2008, et à hauteur de 25% du 1er novembre 2008 au 31 janvier 2014. Ce chef de préjudice sera évalué à la somme de 14 050 euros.

24. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. E a subi des souffrances évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.

25. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert n'a retenu dans son rapport aucun préjudice esthétique temporaire. Par conséquent, ce chef de préjudice doit être écarté.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

26. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un préjudice esthétique permanent évalué à 0,5 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

27. En deuxième lieu, l'expert ayant constaté une perte de libido, il sera fait une juste appréciation du préjudice sexuel de M. E en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

28. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un préjudice d'agrément subi par M. E résultant de la pratique du vélo et de balades en terrain accidenté. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.

29. Enfin, il résulte de l'instruction que l'expert a évalué le déficit fonctionnel permanent de M. E, âgé de soixante-et-un ans au jour de la consolidation, à hauteur de 20%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 28 000 euros.

30. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice de M. E doit être évalué à la somme totale de 66 350 euros.

En ce qui concerne le préjudice de M. D :

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

31. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise du docteur B du 11 septembre 2014 que ce dernier a retenu que l'accident dont a été victime M. D n'avait entraîné aucune incidence professionnelle après consolidation. Par suite, en l'absence d'élément permettant d'invalider cette appréciation de l'expert, ce poste de préjudice ne peut qu'être écarté.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

32. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire total les 13 et 14 décembre 2007, un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 25% du 15 décembre 2007 au 3 février 2008, et à hauteur de 10% du 4 février 2008 au 31 janvier 2009. Il sera alloué en réparation de ce chef de préjudice une somme de 1 262 euros.

33. En second lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 14 septembre 2014 que les souffrances endurées par M. D ont été évaluées à 1,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

34. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a retenu un préjudice esthétique permanent évalué à 0,5 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

35. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a évalué le déficit fonctionnel permanent de M. D à hauteur de 3%. Compte tenu de l'âge de l'intéressé et du pourcentage retenu par l'expert, ce chef de préjudice sera évalué à la somme de 4 830 euros.

36. En dernier lieu, il ressort du rapport de l'expertise et n'est pas sérieusement contesté que M. D ne peut plus pratiquer le motocross, discipline dans laquelle il était licencié. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

37. Il résulte de tout ce qui précède que le préjudice de M. D doit être évalué à la somme totale de 9 592 euros.

En ce qui concerne les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :

38. La société Gan assurances justifie avoir versé à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle la somme de 4 834,36 euros correspondant à la prise en charge des frais de santé de M. D et au versement d'indemnités journalières à la suite de l'accident du 13 décembre 2007, ainsi qu'une somme de 1 091 euros relative à l'indemnité forfaitaire de gestion. Il y a lieu, en conséquence, d'allouer à la société Gan assurances une somme de 5 925,36 euros.

En ce qui concerne les autres frais exposés par la société Gan assurances :

39. Les frais et dépens qu'a définitivement supportés une personne en raison d'une instance judiciaire dans laquelle elle était partie, sont au nombre des préjudices dont elle peut obtenir réparation devant le juge administratif de la part de l'auteur du dommage, sauf dans le cas ou` ces frais et dépens sont supportés en raison d'une procédure qui n'a pas de lien de causalité´ directe avec le fait de cet auteur.

40. Il résulte de ce qui précède que la société Gan assurances a droit au remboursement des sommes mises à sa charge par le jugement du tribunal de grande instance de Nancy du 19 mai 2019 au titre de l'article 700 du code de procédure civile, le montant de ces sommes s'élevant à 4 000 euros au total.

41. Il résulte de tout ce qui précède que la société Gan assurances est seulement fondée à demander la condamnation de la commune de Rosières-aux-Salines à lui verser une somme totale de 85 867,36 euros.

Sur les intérêts :

42. La société Gan assurances a droit aux intérêts au taux légal correspondant à la somme de 85 867,36 euros à compter du 19 mai 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune de Rosières-aux-Salines.

Sur les frais d'instance :

43. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Gan assurances, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la commune de Rosières-aux-Salines au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Rosières-aux-Salines une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Gan assurances et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle.

Article 2 : La commune de Rosières-aux-Salines est condamnée à verser à la société Gan assurances la somme de 85 867,36 (quatre vingt cinq mille huit cent soixante-sept euros et trente-six cents) euros avec intérêt au taux légal à compter du 19 mai 2020.

Article 3 : La commune de Rosières-aux-Salines versera à la société Gan assurances une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Rosières-aux-Salines sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Gan assurances, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle, à la société April entreprise et à la commune de Rosières-aux-Salines.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

R. Gottlieb Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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