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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2002938

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2002938

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2002938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantBURGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 novembre 2020 et le 6 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Burget, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le conseil départemental des Vosges à lui payer la somme de 26 835 euros, à parfaire à la date du jugement, en réparation de son préjudice financier, ainsi que la somme de 20 000 euros en réparation du harcèlement moral et de la discrimination syndicale subis, majorées des intérêts au taux légal à compter de la date de la première demande d'indemnisation formée le 16 juillet 2020 et capitalisation des intérêts échus à compter de cette même formalité ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental des Vosges de le réintégrer dans le groupe A2 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) sous astreinte de 300 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental des Vosges une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- depuis son recrutement par le conseil départemental des Vosges, il a été la cible d'agissements harcelants et de traitements discriminatoires de la part de sa hiérarchie ayant dégradé ses conditions de travail et compromis son avenir professionnel ;

- la suppression de son poste de directeur et sa mutation sur un poste de conseiller technique constituent une sanction disciplinaire déguisée ;

- le conseil départemental a fait preuve d'une inertie fautive face à sa souffrance professionnelle et en dépit des multiples alertes qu'il a adressées à sa hiérarchie ;

- il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral résultant des agissements fautifs constitutifs de harcèlement moral et de discrimination syndicale en l'évaluant à la somme de 20 000 euros ;

- sa nouvelle affectation sur le poste de conseiller technique lui a occasionné une perte de revenu annuelle qui s'élèvera à la somme de 26 835 euros à la fin de l'année 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, le département des Vosges, représenté par Me Géhin, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté du 14 février 2020 affectant le requérant sur le poste de " conseiller technique études et prospective " est définitif, de sorte que les conséquences pécuniaires qui y sont attachées et les éléments de rémunération induits par l'affectation sur son nouveau poste, éléments qui présentent un objet purement pécuniaire, ne sont plus susceptibles d'être discutés dans le cadre d'un recours de plein contentieux et que les conclusions présentées à ce titre sont irrecevables ;

- les demandes d'injonction présentées à titre accessoire sont irrecevables, se heurtent au caractère définitif de l'arrêté du 14 février 2020, et sont en tout état de cause mal fondées ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-364 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2016-200 du 26 février 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Géhin, représentant le département des Vosges.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est ingénieur en chef territorial et a été recruté par le département des Vosges pour exercer les fonctions de directeur des ressources humaines à compter du 1er mai 2017. Il a été affecté à compter du 20 février 2018 au sein de la direction de la cohésion sociale et des ressources (DCSR) pour y exercer les fonctions de directeur. A la suite de la suppression de cette direction et de son poste de directeur, M. A a été affecté à compter du 1er février 2020 au sein de la direction de la prospective, des contractualisations et du développement durable pour y occuper le poste de conseiller technique études et prospective. Par un courrier du 16 juillet 2020, M. A a sollicité du département des Vosges le versement d'une somme de 4 252 euros en réparation de ses préjudices professionnel et financier ainsi qu'une somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice moral résultant des agissements de harcèlement moral et de discrimination syndicale qu'il estime avoir subis. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'une part, de condamner le conseil départemental des Vosges à lui payer la somme de 26 835 euros, à parfaire à la date du jugement, en réparation de son préjudice financier, ainsi que la somme de 20 000 euros en réparation du harcèlement moral et de la discrimination syndicale subis, et d'autre part, d'enjoindre au département des Vosges de le réintégrer dans le groupe A2 du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP).

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne le harcèlement moral et la discrimination syndicale :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

4. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, reprises à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ".

5. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En premier lieu, M. A fait valoir qu'il a subi, alors qu'il était affecté sur le poste de directeur des ressources humaines du département des Vosges, une intense campagne de harcèlement moral menée par sa supérieure hiérarchique, directrice générale adjointe du pôle ressources du département des Vosges, caractérisée par un comportement humiliant, une remise en cause systématique et agressive de toutes ses propositions et de sa manière de travailler ayant pour conséquence de le décrédibiliser auprès de ses équipes, des demandes multiples, incompréhensibles et contradictoires ayant pour objet de le mettre en difficulté. Si le requérant produit notamment à l'appui de ses allégations un courriel du 27 septembre 2017 émanant de sa supérieure hiérarchique lui adressant un certain nombre de reproches sur sa manière de servir, lui relatant les difficultés qui lui ont été remontées par ses équipes et lui précisant qu'elle avait sollicité le directeur général des services afin d'envisager l'avenir du fonctionnement de la direction des ressources humaines et les adaptations concrètes à y apporter, les propos tenus dans ce courriel, formulés en des termes certes fermes mais mesurés, n'ont pas excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, si M. A verse à l'instance plusieurs courriels adressés au directeur général des services entre octobre 2017 et novembre 2017, faisant état de propos agressifs et d'une attitude de dénigrement systématique de la part de sa supérieure hiérarchique, l'accusant de chercher à " le coincer, nuire, casser tout dynamisme, critiquer, empêcher de s'exprimer, dénigrer " et dénonçant un climat d'une " extrême tension " ainsi qu'un mode de fonctionnement inadapté qui aurait été intégré par les équipes de sa direction, ces allégations émanant du requérant lui-même, ne sont étayées ou corroborées par aucune autre pièce, attestation, ou témoignage susceptible d'en confirmer la véracité, à l'exception d'une attestation d'un représentant syndical rédigée le 12 novembre 2020, soit près de trois ans après les faits dénoncés, et faisant état, en des termes peu circonstanciés, d'un comportement de dévalorisation récurrent de la supérieure hiérarchique à l'encontre de M. A consistant en des " remarques dévalorisantes en réunion en présence des organisations syndicales ", dont il ne précise toutefois pas les termes. Dans ces conditions, les faits allégués par M. A ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

7. En deuxième lieu, M. A soutient qu'il a été soumis à un calendrier de travail intenable alors que son service manquait notoirement de personnel, que les outils n'étaient pas prêts, et que les travaux préalables et légalement obligatoires n'avaient pas été réalisés. S'il résulte de l'instruction que M. A a, par un courriel du 17 juillet 2017, attiré l'attention du directeur général des services sur les effectifs de la direction des ressources humaines et en particulier sur un besoin de quatre postes en équivalent temps plein au sein du service " pilotage de la fonction RH ", ni la circonstance que cette demande n'ait pas été suivie d'effets, ni celle qu'après son départ de cette direction, plusieurs postes y ont été créés, ne suffisent à elles seules à laisser présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral. Si ce même courriel attire également l'attention du directeur général des services sur les insuffisances du système d'information de gestion des ressources humaines (SIRH) en cours de déploiement et de l'impossibilité pour ses services de garantir des commissions administratives paritaires " fiables ", ni de réaliser des simulations en vue de la mise en place du RIFSEEP, les faits ainsi allégués ne sauraient davantage faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral. De même, si M. A fait valoir que l'objectif, qui lui a été assigné lors de son recrutement, d'adoption d'une délibération relative à la mise en place du RIFSEEP avant la fin de l'année 2017, s'est avéré irréalisable dans le délai imparti compte-tenu du travail restant à accomplir sur ce projet, il ne résulte pas de l'instruction que le calendrier ainsi fixé l'aurait été en vue de lui faire porter la responsabilité du retard précédemment accumulé par sa supérieure hiérarchique alors qu'elle assurait l'intérim de la direction des ressources humaines. Enfin, M. A n'établit pas davantage l'existence des demandes incessantes dont il aurait fait l'objet de la part de sa supérieure hiérarchique, ni ne démontre que l'attitude de cette dernière aurait eu pour seul objet de le pousser à la faute. Ainsi, de tels éléments ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

8. En troisième lieu, M. A soutient qu'il a été privé de l'essentiel des délégations de signature en matière de ressources humaines, lesquelles ont été conservées par sa supérieure hiérarchique. Toutefois, s'il résulte de l'instruction que la directrice générale adjointe du pôle ressources a conservé la signature des courriers et des arrêtés en matière de recrutement, de régime indemnitaire et d'avancement de grade, celle des arrêtés portant sanction disciplinaire des 1er et 2e groupe et, en cas de besoin, celle des courriers à destination des organisations syndicales, il n'apparaît pas que cette répartition des délégations aurait excédé les limites de l'exercice normal de l'autorité hiérarchique, ni qu'elle aurait eu pour objet d'humilier M. A, alors au demeurant qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce dernier ne disposait d'aucune délégation de signature dans le cadre de ses fonctions de directeur des ressources humaines.

9. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'au lieu de sanctionner sa supérieure hiérarchique pour les agissements de harcèlement moral qu'il estime avoir subis, l'administration a fait le choix de le muter sur un poste de directeur au sein de la direction de la cohésion sociale et des ressources (DCSR). Il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier d'une note en date du 6 novembre 2017 rédigée par sa supérieure hiérarchique à l'attention du directeur général des services, dont les éléments sont corroborés par le courriel adressé par cette dernière à M. A le 27 septembre 2017, que le requérant a manifesté de nombreuses carences dans l'accomplissement de ses missions de directeur des ressources humaines depuis sa prise de fonctions, ayant généré des tensions au sein des équipes de cette direction et entravé son bon fonctionnement. D'une part, si M. A soutient que cette note aurait été établie pour les besoins de la cause, aucun élément du dossier ne permet de remettre en cause l'authenticité de la pièce produite. D'autre part, si certaines des difficultés éprouvées par le requérant peuvent trouver leur explication dans la charge de travail conséquente qui lui était assignée et l'inadéquation de certains des outils mis à sa disposition, ainsi qu'il a pu le signaler au directeur général des services, il ressort néanmoins des éléments circonstanciés de cette note que M. A faisait preuve d'insuffisances en matière de méthodologie et de conduite de projets, de formalisation des échanges, de respect des circuits hiérarchiques, de suivi des commandes et des délais fixés. Il est notamment reproché à M. A de proposer des livrables peu synthétiques, constituant une trame de questionnements répétitifs, un relevé de décisions des réunions ou des plannings, des échanges peu formalisés, consistant surtout en des courriels très longs, comportant des commandes parfois peu précises, adressés en nombre et à plusieurs personnes en destinataires principaux. La directrice générale adjointe indique par ailleurs que les notes rédigées par l'intéressé lui sont adressées dans des délais très longs, ne répondent pas à ses commandes, ou nécessitent plusieurs allers-retours, et que les courriers adressés aux organisations syndicales sont de faible valeur ajoutée et n'apportent pas de réponse précise, renvoyant le plus souvent à des rendez-vous. Elle y déplore en outre un manque de suivi ou de retour sur certaines commandes nécessitant un traitement particulier, notamment en ce qui concerne la mise à niveau du régime indemnitaire de certains agents, la remise tardive de certains documents d'importance, en retard ou quelques heures avant les réunions. Cette note relève en outre un problème de positionnement de l'intéressé au regard de ses fonctions de directeur des ressources humaines, notamment au regard des enjeux financiers de maîtrise de la masse salariale de la collectivité, ainsi qu'un manque de maîtrise du statut et des filières de la fonction publique. Elle y fait enfin état d'une dégradation de ses relations avec le requérant, ses rappels à l'ordre étant considérés par l'intéressé comme de l'humiliation, et signale que trois agents de la direction, dont deux adjoints, lui ont présenté une demande de mobilité. A cet égard, si M. A fait valoir que ce sont les méthodes de management, la pression et l'emprise psychologique de sa supérieure hiérarchique qui ont été à l'origine de ces demandes de mobilité, il n'apporte aucun élément suffisamment probant à l'appui de cette allégation. Le département des Vosges fait en outre valoir sans être sérieusement contredit que ces difficultés ont persisté en dépit de plusieurs rencontres mises en place à compter du mois d'octobre 2017 entre le directeur général des services, M. A et ses chefs de service respectifs, et que le maintien du requérant à la tête de la direction des ressources humaines n'était plus envisageable compte tenu des carences et des dysfonctionnements constatés. Dans ces conditions, le changement d'affectation de M. A, décidé dans l'intérêt du service, n'est pas de nature à laisser présumer l'existence à son encontre d'agissements constitutifs de harcèlement moral ni ne caractérise l'existence d'une sanction déguisée.

10. En cinquième lieu, si M. A fait valoir qu'à la suite de ce changement d'affectation, il n'a jamais cessé d'être en contact avec son ancienne supérieure hiérarchique, dès lors qu'il travaillait régulièrement avec la direction du budget et des finances dépendant de cette dernière, cette seule circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à laisser présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral.

11. En sixième lieu, si M. A soutient que le poste de directeur au sein de la DCSR était " bancal " dès lors que cette direction perdait constamment des effectifs et était destinée à disparaître suivant une stratégie de regroupement des activités comptables, il n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il ne se serait vu confier aucune mission dans le cadre de ces nouvelles fonctions, ni que celles-ci auraient été dépourvues de toute consistance. De même, si le requérant fait valoir qu'il aurait été mis à l'écart des travaux sur le RIFSEEP, ainsi que de ceux relatifs au plan managérial des directeurs et managers, il ne produit aucun élément tendant à établir qu'il avait vocation, en qualité de directeur au sein de la DCSR, à être associé à ces travaux, ni qu'il aurait demandé, en vain, à y participer.

12. En septième lieu, M. A soutient qu'il a été faussement accusé par la direction générale des services d'avoir été à l'origine de fuites d'informations concernant la préparation des commissions administratives paritaires de septembre 2019 et d'avoir divulgué l'autorisation, donnée aux encadrants par la direction générale des services, de communiquer les résultats des commissions administratives paritaires avant que celles-ci n'aient lieu. Il fait ainsi valoir que ces accusations ont constitué l'élément déclencheur de la suppression de la DCSR et de son poste de directeur, ainsi que de sa nouvelle affectation en qualité de conseiller technique études et prospectives. Le requérant se prévaut de l'attestation du 12 novembre 2020 émanant d'un représentant syndical du département des Vosges indiquant que lors d'un entretien du 1er octobre 2019, le directeur général des services et son adjointe auraient demandé à ce dernier ainsi qu'à un autre représentant syndical présent de leur confirmer que " c'est Olivier A qui est à l'origine des fuites du PDS sur les prochaines CAP ". Toutefois et d'une part, la réalité des propos tenus par le directeur général des services lors de cette réunion est fermement contestée en défense par le département. D'autre part, si M. A fait valoir que la suppression de la DCSR se serait faite dans la précipitation, il résulte de l'instruction que cette suppression constitue l'aboutissement d'une démarche de réorganisation des finances et de la chaîne comptable de l'administration départementale, souhaitée par le directeur général des services et engagée dès 2017. Surtout, M. A ne produit aucun élément suffisamment probant de nature à établir que la suppression de cette direction regroupant près d'une trentaine d'agents qui a par ailleurs été approuvée lors de la réunion du comité technique du 23 janvier 2020, puis son affectation sur le poste de conseiller technique études et prospective, n'auraient été entreprises que dans le but de le sanctionner en raison des fuites pour lesquelles il aurait fait l'objet de fausses accusations. Par suite, les agissements relatés ne sont pas susceptibles de laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral ni d'une sanction déguisée.

13. En huitième lieu, si M. A soutient que son affectation sur le poste de conseiller technique études et prospective est illégale dès lors qu'elle ne correspond pas aux postes que son grade d'ingénieur en chef territorial lui donne vocation à occuper, cette illégalité, à la supposer établie, ne permet pas à elle seule de laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral. En tout état de cause, l'article 2 du décret du 26 février 2016 portant statut particulier du cadre d'emplois des ingénieurs en chef territoriaux prévoit que les agents de ce cadre d'emploi " assurent des missions et d'encadrement " mais qu'ils " peuvent se voir confier des missions d'expertise ou d'études ou la conduite de projets ". Ainsi, la circonstance que le poste de conseiller technique études et prospective sur lequel M. A a été affecté à compter du 1er février 2020 ne comporte pas de tâches d'encadrement n'est pas de nature à établir que ce poste ne correspondrait pas à son grade, lequel n'implique pas nécessairement l'exercice de telles fonctions au sens du décret précité du 26 février 2016.

14. En neuvième lieu, ni la circonstance que la nouvelle affectation de M. A sur le poste de conseiller technique études et prospective emporte une diminution de ses responsabilités et notamment la perte de ses missions d'encadrement, ni celle qu'elle entraîne une diminution sensible de son régime indemnitaire et un reclassement dans un nouveau groupe de fonction du RIFSEEP, ne peuvent-être regardées, à elles seules, comme de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.

15. En dernier lieu, M. A fait valoir que certains des agissements de harcèlement moral dont il a fait l'objet se doublent d'un aspect discriminatoire en raison de son appartenance syndicale. Si l'intéressé se prévaut à nouveau de l'attestation du 12 novembre 2020 émanant d'un délégué syndical, selon laquelle le directeur général des services aurait relevé " l'incompatibilité entre le mandat syndical de M. B A et son ancienne fonction de DRH " et se serait agacé des " billets d'humeurs " rédigés par le syndicat SNT CFE-CGC, " laissant clairement entendre qu'il supposait Olivier A en être l'auteur ", la réalité des propos ainsi tenus par le directeur général des services est fermement contestée en défense. En outre, le requérant ne verse aucun autre élément probant de nature à laisser présumer que la suppression de la DCSR et son affectation sur le poste de conseiller technique études et prospective aurait été décidée en raison de son appartenance syndicale. M. A n'apporte pas davantage d'éléments de nature à corroborer l'allégation selon laquelle aucun autre poste de directeur ne lui aurait été proposé en raison de cette même appartenance syndicale, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait postulé sur le poste de directeur de l'agence technique départementale ni sur celui de directeur de la direction de l'attractivité du territoire, alors vacants. De même, si M. A fait valoir que la directrice générale adjointe du pôle développement des solidarités lui aurait confirmé que sa mise à l'écart des travaux sur le RIFSEEP était motivée par son appartenance syndicale, il ne verse aucun élément probant à l'appui de cette allégation. Enfin, si l'intéressé soutient qu'il aurait continué à se voir reprocher son engagement syndical après son affectation sur le poste de conseiller technique études et prospective, ni les attestations versées au dossier émanant de délégués syndicaux faisant état de propos cassants tenus par le directeur général des services et le directeur général du pôle des territoires à l'encontre du requérant au cours de réunions de dialogue social, ni la mention portée sur le compte rendu d'évaluation du requérant établi au titre de l'année 2021 rappelant son engagement syndical à mi-temps, ne permettent de tenir pour suffisamment établie l'existence d'agissements discriminatoires en lien avec l'appartenance syndicale de M. A.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A ne soumet pas au juge d'éléments pris isolément ou dans leur ensemble de nature à faire présumer l'existence à son encontre d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou d'une discrimination en raison de son appartenance syndicale.

En ce qui concerne le changement d'affectation :

17. Une mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 15 du présent jugement que le requérant n'établit pas que son affectation sur le poste de conseiller technique études et prospective aurait été décidée dans le but de le sanctionner en raison des fuites pour lesquelles il aurait fait l'objet de fausses accusations ou de son appartenance syndicale. Par suite, ce changement d'affectation ne présente pas le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée.

En ce qui concerne l'inertie fautive du département des Vosges :

18. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit ni l'existence à son encontre d'agissements constitutifs de harcèlement moral, ni qu'il aurait fait l'objet d'une discrimination en raison de son appartenance syndicale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le département aurait fait preuve d'une inertie fautive en ne prenant pas les mesures nécessaires pour mettre fin à de tels agissements.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'établit pas l'existence de fautes commises par le département des Vosges et que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être en conséquence rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

20. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Vosges, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros que demande le département des Vosges au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera au département des Vosges une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département des Vosges.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

R. Gottlieb Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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