jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2003175 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | HERHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 décembre 2020 et le 7 octobre 2021, la société Consulting Produit Intervention (CPI) France, représentée par Me Herhard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 254 244 euros en réparation de son préjudice ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en se fourvoyant sur son objet social, ce dernier ne consiste pas dans l'achat-revente de tous types d'emballages et de tous types de conditionnements mais dans la commercialisation, l'installation et la mise en route d'ensembles électromécaniques automatisés ou non destinés aux entreprises d'exploitation, de production, de stockage, de distillation et de vente d'hydrocarbures ;
- le fait que le dégrèvement soit intervenu pour partie en raison d'un vice de procédure n'est pas de nature à exclure la condition de la faute ; les charges contestées étaient justifiées ;
- les opérations de contrôle fiscal ont mis son personnel dans l'incapacité de participer aux appels d'offre internationaux de fourniture de matériel ;
- elle est fondée à solliciter le versement d'une indemnité de 254 244 euros en réparation de la perte de chiffre d'affaires constatée au titre des exercices 2011 et 2012 ;
- le lien de causalité est établi dès lors que les opérations de contrôle fiscal ont empêché son gérant de répondre à des appels d'offre.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2021, le ministre de l'économie et des finances conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'administration fiscale n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice allégué n'est pas établi, ni dans son principe, ni dans son montant ;
- le préjudice allégué ne présente pas de lien de causalité directe avec la prétendue faute de l'administration fiscale, puisque l'action de l'administration ne pouvait en aucun cas empêcher le gérant de la société requérante de répondre à des appels d'offre, surtout dès le mois de septembre 2010, avant même le début des opérations de contrôle qui se sont déroulées du 13 juillet au 28 octobre 2011.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Consulting Produit Intervention (CPI) France, dont le gérant est M. A, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 13 juillet 2011 au 28 octobre 2011. Aux termes de ces opérations, le service vérificateur a estimé que les conditions posées au 1 de l'article 39 du code général des impôts n'étaient pas remplies et a refusé la déduction de certaines charges comptabilisées en déduction du résultat imposable. Par ailleurs, il a constaté le règlement direct de certaines factures sur le compte du gérant de la société. Par un jugement du 26 janvier 2017, le tribunal administratif de Nancy a partiellement fait droit à la requête de la société CPI France, en admettant la déductibilité des factures émises par la société Service pétrolier. Par un arrêt du 15 novembre 2018, la cour administrative de Nancy a annulé ce jugement et prononcé la décharge de l'intégralité des sommes en litige, au motif que les avis de mise en recouvrement adressés à la société étaient irréguliers. Le pourvoi formé contre cette décision a été rejeté par le Conseil d'Etat, le 23 mars 2020. La société CPI a saisi l'administration d'une réclamation indemnitaire préalable, le 4 août 2020, tendant à la réparation du préjudice subi, du fait des fautes commises par l'administration fiscale, à raison de la perte de son chiffre d'affaires constatée au titre des exercices 2011 et 2012.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.
3. La société CPI France soutient que les décisions de dégrèvement prises à la suite de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 15 novembre 2018 révèlent une faute commise par les services fiscaux de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des motifs de cette décision que les dégrèvements totaux prononcés par l'administration fiscale étaient exclusivement motivés par le vice de procédure tiré de l'incompétence de la signataire des avis de mise en recouvrement. Une telle irrégularité n'est susceptible d'engager la responsabilité de l'administration que si celle-ci n'est pas en mesure d'établir qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites.
4. Il résulte de l'instruction que pour asseoir le rehaussement de l'impôt sur les sociétés de la société Consulting Produit Intervention France au titre des exercices 2008, 2009 et 2010, l'administration fiscale a notamment réintégré, dans la base imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de chacun de ces trois exercices, les montants des factures émises par la société Stock Pharma, comptabilisées en charge de la société et correspondant aux prestations effectuées à son profit par M. C avec lequel elle avait signé un contrat d'agent commercial le 12 octobre 2008. Par ailleurs, le service avait estimé que les prestations facturées par les sociétés SBSP et TAMCO ne correspondaient à aucune prestation effectivement réalisée et que les dépenses déduites au cours des trois exercices litigieux pour le compte de tiers que la société présente comme ayant tous vocation à intercéder pour elle localement dans le cadre du développement de ses affaires ne pouvaient être regardées comme engagées dans l'intérêt de l'entreprise.
5. Par un jugement du 26 janvier 2017, le tribunal administratif de Nancy a considéré que l'administration avait pu retenir que la société requérante n'établissait pas la réalité et la déductibilité des factures émises par la société Stock Pharma et, partant, des charges correspondantes qu'elle a portées en comptabilité au titre des exercices 2008, 2009 et 2010, que la réalité et la déductibilité de la facture de la société TAMCO ne pouvaient être tenues pour établies, que les dépenses engagées pour le compte des tiers ne pouvaient être regardées comme engagées dans l'intérêt de l'entreprise mais que l'administration ne pouvait être regardée comme ayant produit des éléments de nature à laisser penser que les prestations de la société SBSP inscrites en charge pour leur valeur en comptabilité de la société requérante, ne correspondraient à aucune prestation effectivement réalisée.
6. Par un arrêt du 15 novembre 2018, la cour administrative d'appel de Nancy a infirmé ce jugement et prononcé la décharge de l'intégralité des sommes en litige au seul motif qu'il n'était pas justifié de la compétence de la signataire des avis de mise en recouvrement. Si la société requérante soutient que l'administration fiscale a commis une faute de nature à engager sa responsabilité et s'est fourvoyée sur son objet social, ce dernier ne consistant pas dans l'achat-revente de tous types d'emballages et de tous types de conditionnements mais dans la commercialisation, l'installation et la mise en route d'ensembles électromécaniques automatisés ou non, destinés aux entreprises d'exploitation, de production, de stockage, de distillation et de vente d'hydrocarbures, il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme établissant qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait appliqué une procédure régulière.
7. Il résulte de ce qui précède que la société Consulting Produit Intervention France n'est pas fondée à engager la responsabilité de l'Etat.
Sur les frais de l'instance et les dépens :
8. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent être que rejetées.
9. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Consulting Produit Intervention France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Consulting Produit Intervention France et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
F. DurandLe président,
D. MartiLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2003175
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026