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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2003376

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2003376

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2003376
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 décembre 2020 et le 23 mars 2023, M. A C, représenté par Me Coissard, demande au tribunal :

1°) de condamner le département de Meurthe-et-Moselle à lui verser, en raison de son préjudice matériel, la somme globale de 5 759,63 euros et, en raison de son préjudice moral, la somme de 15 000 euros ;

2°) de mettre à la charge du département de Meurthe-et-Moselle une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les écritures en défense doivent être écartées de la procédure dès lors que la délibération du 27 avril 2015 autorisant M. B à ester en justice est caduque, ce dernier n'étant plus président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle à la date de leur communication ;

- sa requête est recevable ;

- le département a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en édictant la décision d'affectation du 5 janvier 2017 ;

- la décision de mutation, annulée par le tribunal administratif, a entraîné la privation d'un véhicule de service, la perte d'une prime de tutorat et de sa nouvelle bonification indiciaire, généré des frais de déplacements supplémentaires ; il a perdu toute fonction de management ;

- cette décision n'avait pas été prise dans l'intérêt du service et ne répondait qu'à la volonté de se séparer de lui ;

- il a subi un préjudice matériel lié aux frais de déplacement supplémentaires pour un montant de 2 361,15 euros, aux repas pris à l'extérieur pour un montant de 783,73 euros, à une perte de primes d'un montant de 917,25 euros en raison d'arrêts maladie liés à ses nouvelles conditions de travail, à la perte de la nouvelle bonification indiciaire d'un montant de 1 645 euros et d'une prime de tutorat de 367,50 euros, soit un montant total de 6 074,65 euros ;

- il a également subi un préjudice moral, les conditions de son éviction ayant entraîné un syndrome dépressif l'obligeant à cesser son activité, qui est évalué à 15 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 août 2021 et le 24 mars 2023, le département de Meurthe-et-Moselle, représenté par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, à titre principal, que la requête de M. C est irrecevable en raison de sa tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- les observations de Me Coissard, représentant M. C,

- et les observations de Me Lapprand substituant Me Coudray, représentant le département de Meurthe-et-Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, attaché principal territorial titulaire, occupait depuis octobre 2008 au sein du département de Meurthe-et-Moselle l'emploi de chef de projet du château de Lunéville. Par une délibération du 12 décembre 2016, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a décidé de supprimer cet emploi à compter du 31 décembre 2016. Par une décision du 5 janvier 2017, M. C a été affecté, à compter du 1er janvier 2017, dans un emploi de chargé de mission rattaché à la direction générale des services du département et chargé du développement des partenariats et recherche de mécénats pour les projets culturels et patrimoniaux du département et de la reconstitution photographique de la reconstruction du château de Lunéville. Il avait été préalablement informé qu'il ne serait plus autorisé à remiser un véhicule de service à son domicile, ne bénéficierait pas d'une compensation financière à ce titre et que sa résidence administrative et ses moyens de travail se situeraient à Nancy et non plus à Lunéville. Par un arrêté du 9 janvier 2017, il a également été mis fin à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dont il bénéficiait au titre de ses anciennes fonctions. Par un jugement du 30 avril 2019, le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision du 5 janvier 2017. Par deux courriers réceptionnés les 15 mai 2020 et 15 octobre 2020, M. C a demandé au département de Meurthe-et-Moselle de l'indemniser des préjudices subis du fait de cette décision d'affectation illégale. Ces demandes ont été implicitement rejetées. Par la requête susvisée, M. C demande la condamnation du département à lui verser la somme totale de 20 759,63 euros en réparation de ses préjudices.

Sur la recevabilité du mémoire en défense du département de Meurthe-et-Moselle :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération du 1er juillet 2021, le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à sa présidente, Mme D, pour ester et défendre en justice au nom du département. Ce dernier justifie ainsi de l'habilitation à agir de la présidente du conseil départemental à la date de la production de son mémoire en défense. Par suite, le moyen tiré du défaut d'habilitation à agir de la présidente du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

3. Pour prononcer l'annulation de la décision du 5 janvier 2017 nommant M. C sur le poste de chargé de mission auprès de la direction générale des services, le tribunal administratif a relevé que cette nouvelle affectation avait notamment pour effet de supprimer les missions d'encadrement exercées par le requérant et de changer sa résidence administrative, et comportait ainsi une modification de sa situation au sens des dispositions alors en vigueur de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 et que, par conséquent, la commission administrative paritaire compétente aurait dû être préalablement saisie. L'illégalité de cette décision est ainsi constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité du département.

4. D'une part, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de procédure, d'une décision administrative notamment comme en l'espèce d'une décision de changement d'affectation, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière au vu des éléments dont elle disposait à la date de la décision litigieuse. D'autre part, la mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

5. Il résulte de l'instruction que, dès l'été 2015, le département a engagé une réflexion sur les conditions de développement de l'attractivité et de l'activité du site du château de Lunéville tout en réduisant l'implication financière départementale, en prévoyant notamment le gel d'emplois sur le site. En février 2016, un rapport d'étude diligenté par la Caisse des dépôts et consignations a préconisé que la propriété et la maîtrise d'ouvrage du château, alors partagées entre le département et l'État, soit confiées à une personnalité juridique unique, le département, et a étudié dans le cadre du développement de cet édifice les différents modes de gestion possibles du château. En juillet 2016, une note interne invitait les élus du département à revoir le modèle économique et la gouvernance du château. Cette réflexion a conduit le conseil départemental, afin de mener à bien la création d'un centre culturel et artistique de rencontres, à créer une structure publique de portage et de coordination chargée notamment de la gestion de projet, de la coordination des partenaires, de la définition des liens contractuels, de l'animation des réseaux, de la maîtrise d'ouvrage " études ", de la veille sur la cohérence des travaux avec le projet. C'est dans le cadre de ce projet que, par une délibération du 12 décembre 2016, le conseil départemental a créé à compter du 1er janvier 2017 un poste de " chef de projet préfigurateur " dont il résulte de l'instruction que les missions, consistant à " piloter et coordonner le lancement et le suivi des études " préalables à la mise en œuvre du centre culturel, et en la " recherche d'une contractualisation partenariale sur le financement du projet ", ne se confondaient pas avec celles du poste de chef de projet occupé par M. C et impliquaient la suppression de ce poste. Dans ces conditions, le changement d'affectation de M. C, qui, quelles que soient les qualités professionnelles dont il se prévaut, ne disposait d'aucun droit à être recruté dans l'emploi nouvellement créé, était justifié par l'intérêt du service. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le requérant avait accepté, par un courrier du 29 décembre 2016, le poste de chargé de mission en litige.

6. Par ailleurs, les conditions d'exercice de ces nouvelles fonctions sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu'elles lui sont postérieures.

7. Enfin, le département a légalement pu mettre fin, en conséquence du changement d'affectation de M. C au versement de la nouvelle bonification indemnitaire et à la prime de tutorat, ainsi qu'à l'autorisation de remiser un véhicule de service à son domicile dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas soutenu que le requérant remplissait toujours les conditions de leur attribution.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision de changement d'affectation n'est entachée d'aucune autre des illégalités invoquées dans la présente instance et aurait ainsi pu être légalement prise dans le cadre d'une procédure régulière. Par suite, les préjudices financiers et moral dont M. C entend obtenir la réparation ne peuvent être regardés comme résultant de l'illégalité procédurale, relevée au point 3, dont la décision du 5 janvier 2017 se trouvait entachée, en l'absence de lien de causalité direct entre ce vice de légalité externe et les préjudices allégués.

9. Les conclusions aux fins d'indemnisation de la requête de M. C doivent, par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le département de Meurthe-et-Moselle, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Meurthe-et-Moselle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le département de Meurthe-et-Moselle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera au département de Meurthe-et-Moselle une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions du département de Meurthe-et-Moselle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au département de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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