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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2100292

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2100292

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2100292
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP JOUBERT DEMAREST MERLINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

C une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2021 et le 2 février 2023, M. B A, représenté C Me Demarest, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts du fait de la durée anormalement longue d'une procédure d'aménagement foncier ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture de rendre une décision sur le recours de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros C jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la durée de la procédure de remembrement, au terme de laquelle aucune décision le concernant n'est intervenue, n'est pas raisonnable et engage la responsabilité de l'Etat ;

- ni la suppression de la commission nationale d'aménagement foncier ni l'état de santé de l'un de ses membres ne peuvent justifier la durée de la procédure ;

- malgré les jugements du tribunal administratif de Nancy rendus le 8 mars 2016 et le 17 octobre 2019, qui ont condamné l'Etat à des dommages et intérêts en raison de la durée anormalement longue de la procédure, la commission nationale d'aménagement foncier n'a toujours pas rendu sa décision ;

- son préjudice moral est évalué au moins à 50 000 euros ;

- aucun obstacle matériel ou juridique ne s'oppose à la réattribution de la parcelle ZK 32 qui n'empêcherait pas le projet de lotissement et ne représente que 5,99 ares et fait partie intégrante des vergers de mirabelliers dont elle permet de désenclaver l'accès.

- le ministre n'a rendu aucune décision à la suite de sa demande et s'est contenté de faire une proposition de transaction ; il y a lieu de lui enjoindre de rendre une décision.

C un mémoire, enregistré le 20 janvier 2023, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la commission nationale d'aménagement foncier a été supprimée C l'article 83 de la loi du 23 février 2005 ; le ministre a proposé une convention de transaction à M. A C des courriers des 24 décembre 2018 et 11 février 2019, et C courrier du 15 octobre 2019, lui a adressé une convention de transaction d'une montant de 94 572 euros, refusée C M. A le 19 octobre 2019. L'Etat n'a donc pas commis de faute et M. A, qui a déjà été indemnisé de son préjudice moral, est seul responsable de l'éventuelle persistance de son préjudice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marti, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique,

- et les observations de Me Merlinge, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. En 1992, le préfet de Meurthe-et-Moselle a ordonné le remembrement des propriétés foncières situées sur le territoire de la commune de Chaudeney-sur-Moselle (54). A la suite de la réclamation d'un propriétaire, la commission départementale d'aménagement foncier a modifié, C des décisions des 28 octobre et 9 décembre 1992, les attributions de M. A et celles de sa mère, désormais cédées à ce dernier. C une décision du 18 mai 1998, le Conseil d'Etat, saisi d'un appel contre le jugement du tribunal administratif de Nancy en date du 14 juin 1994, a annulé ces deux décisions au motif que les parcelles d'apport de M. A et de sa mère, cadastrées section AD n°533 et n°633, étaient situées dans une zone constructible du plan d'occupation des sols et devaient, en conséquence, être réattribuées à ces derniers en vertu de l'ancien article 20-4° du code rural, devenu l'article L. 123-3 (4°) du code rural et de la pêche maritime. La commission départementale d'aménagement foncier s'est alors à nouveau prononcée, C une décision du 11 mai 1999, et a réattribué à M. A et à sa mère une partie seulement de ces deux parcelles. C un arrêt du 13 mai 2004, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé la décision de commission départementale du 11 mai 1999 ainsi que le jugement du tribunal administratif de Nancy du 26 octobre 2000 qui en confirmait la légalité. A la suite de cette annulation, M. A a saisi la commission nationale d'aménagement foncier pour qu'elle statue sur le sort de ces parcelles dont il est devenu le seul propriétaire. En l'absence de décision de la commission nationale, qui s'est réunie en dernier lieu le 7 décembre 2011, le requérant a demandé au ministre de l'agriculture de l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi de ce fait. Le ministre a implicitement rejeté cette réclamation. C des jugements du tribunal administratif de Nancy rendus les 8 mars 2016 et 17 octobre 2019, l'Etat a été condamné à verser à M. A, respectivement des sommes de 13 000 euros et de 3000 euros en réparation de son préjudice économique et de son préjudice moral, faute pour la commission nationale d'aménagement foncier de s'être prononcée dans un délai raisonnable sur la réclamation de l'intéressé. C courrier du 7 octobre 2020, M. A adressé au ministre une nouvelle demande d'indemnisation préalable de 50 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime subir du fait de la persistance de cette commission à ne pas apporter de réponse à sa saisine du 8 juillet 2004. La demande préalable de M. A ayant donné lieu à un rejet tacite du ministre, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de la persistance de son préjudice moral du fait de la carence de la commission nationale d'aménagement foncier depuis la date des jugements précités du 8 mars 2016 et du 17 octobre 2019.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 121-10 du code rural et de la pêche maritime : " () En cas d'annulation C cette juridiction d'une décision de la commission départementale, la nouvelle décision de la commission doit intervenir dans le délai d'un an à compter de la date à laquelle cette annulation est devenue définitive ". Aux termes de l'article L. 121-11 du même code : " Lorsque la commission départementale d'aménagement foncier, saisie à nouveau à la suite d'une annulation C le juge administratif, n'a pas pris de nouvelle décision dans le délai d'un an prévu à l'article L. 121-10 ou lorsque deux décisions d'une commission départementale relatives aux mêmes apports ont été annulées pour le même motif C le juge administratif, l'affaire peut être déférée C le ministre de l'agriculture ou C les intéressés à une commission nationale d'aménagement foncier qui statue à la place de la commission départementale (). Lorsque la Commission nationale d'aménagement foncier est saisie, dans les conditions prévues au premier alinéa (), d'un litige en matière de remembrement rural et qu'elle constate que la modification du parcellaire qui serait nécessaire pour assurer intégralement C des attributions en nature le rétablissement dans ses droits du propriétaire intéressé aurait des conséquences excessives sur la situation d'autres exploitations et compromettrait la finalité du remembrement, elle peut, à titre exceptionnel et C décision motivée, prévoir que ce rétablissement sera assuré C le versement d'une indemnité à la charge de l'Etat dont elle détermine le montant. Les contestations relatives aux indemnités sont jugées comme en matière d'expropriation pour cause d'utilité publique ".

3. Le X de l'article 83 de la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux a modifié l'article L. 121-11 du code rural en supprimant toute intervention de la Commission nationale d'aménagement foncier, notamment pour statuer à la place de la commission départementale quand celle-ci n'a pas pris de nouvelle décision dans le délai d'un an après l'annulation d'une première décision C le juge administratif. L'article 95 de cette loi a prévu que ces dispositions entraient en vigueur dès sa publication mais a précisé que : " () La Commission nationale d'aménagement foncier reste compétente pour régler les affaires enregistrées à son secrétariat antérieurement à la date de publication de la présente loi, dans les conditions prévues C les onze premiers alinéas de l'article L. 121-11 du code rural dans sa rédaction antérieure à cette date. Elle peut fixer des indemnités dans les conditions prévues C ce même article dans sa rédaction issue du X de l'article 83 de la présente loi. Le juge judiciaire reste compétent pour juger les contestations relatives à ces indemnités. En cas d'annulation C le Conseil d'Etat de la décision de la Commission nationale d'aménagement foncier, le ministre chargé de l'agriculture a qualité pour reprendre une nouvelle décision dont le Conseil d'Etat reste seul compétent pour connaître () ". La commission nationale a poursuivi ses travaux jusqu'à l'expiration du mandat de ses membres nommés en dernier lieu pour une durée de quatre ans C un arrêté du ministre de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche du 6 avril 2010. Ainsi, à la date à laquelle le Tribunal statue sur la demande de M. A, la Commission nationale d'aménagement foncier n'est plus susceptible d'être réunie. Toutefois, en l'absence de décision de cette commission, il appartient au ministre chargé de l'agriculture de prendre une nouvelle décision, le cas échéant en prévoyant que le rétablissement de M. A dans ses droits sera assuré C une indemnité dont il déterminera le montant, s'il constate que la modification du parcellaire nécessaire pour assurer ce rétablissement C des attributions en nature aurait des conséquences excessives sur la situation d'autres exploitations.

4. Il résulte de l'instruction que, C courrier du 15 octobre 2019, le ministre de l'agriculture a adressé à M. A une convention de transaction prévoyant le versement d'une indemnité de 94 572 euros en réparation de son préjudice économique, que ce dernier a refusée C courrier du 19 octobre suivant. L'Etat doit, de ce fait, être regardé comme ayant rempli ses obligations à l'égard de M. A. Ce dernier n'est, dès lors, pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à réparer son préjudice persistant résultant d'une durée anormalement longue de la procédure.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A ainsi que, C voie de conséquence, celles à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelle que somme que soit sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère

Mis à disposition du greffe le 6 avril 2023.

Le président-rapporteur,

D. Marti

L'assesseur le plus ancien,

F. Durand

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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