jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100464 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (Chambre 1) |
| Avocat requérant | DUBERSTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 février 2021, M. C A, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 070 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des déclarations valant saisie prononcées à l'encontre de son véhicule ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'indemniser est insuffisamment motivée ;
- en communiquant à un huissier, en application de l'article L. 330-4 du code de la route, des informations relatives à un homonyme et en s'abstenant, malgré ses nombreuses sollicitations, de régulariser sa situation, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la somme de 5 070 euros doit lui être versée en réparation des préjudices qu'il a subis, dont 1 500 euros au titre des démarches qu'il a dû entreprendre durant ses heures de travail, 3 500 euros au titre de son préjudice moral et 70 euros au titre des frais qu'il a engagés pour régulariser sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat n'a été commise et que les préjudices dont la réparation est demandée ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure civile ;
- l'arrêté du 10 février 2009 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dubersten, représentant M. A également présent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er avril 2019, M. A a cédé un véhicule immatriculé DA-511-MQ. Par un certificat de situation administrative détaillé en date du 15 juillet 2019, il a été informé de ce que trois déclarations valant saisie, respectivement datées des 22 novembre 2018, 30 novembre 2018 et 4 décembre 2018, avaient été émises à l'encontre de ce véhicule. La levée de la déclaration valant saisie du 4 décembre 2018 a été effectuée le 25 juillet 2019. Par un courrier du 1er août 2019, M. A a sollicité du préfet de Meurthe-et-Moselle la levée des déclarations valant saisie des 22 novembre 2018 et 30 novembre 2018, en faisant valoir que ces dernières concernaient un homonyme. Par un courrier du 26 septembre 2019, M. A a mis en demeure le préfet de Meurthe-et-Moselle de régulariser la situation administrative du véhicule concerné. Par un courrier réceptionné le 8 avril 2020, M. A a demandé au préfet de Meurthe-et-Moselle de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des informations erronées le concernant dans le système d'information des véhicules et de l'abstention des services de la préfecture à modifier ces informations. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande indemnitaire préalable et de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par le préfet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par M. A a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande du requérant qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de procédure civile : " L'huissier de justice chargé de l'exécution d'un titre exécutoire peut faire une déclaration aux fins de saisie d'un véhicule terrestre à moteur auprès de l'autorité administrative compétente. / () ". Aux termes de l'article R. 223-1 du même code : " L'autorité administrative communique à l'huissier de justice qui en fait la demande les mentions portées sur le registre prévu à l'article 2 du décret n° 53-968 du 30 septembre 1953 relatif à la vente à crédit des véhicules automobiles ainsi que tous renseignements relatifs aux droits du débiteur sur ce véhicule ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 330-4 du code de la route : " Les informations relatives à l'état civil du titulaire du certificat d'immatriculation, au numéro d'immatriculation et aux caractéristiques du véhicule ainsi qu'aux gages constitués et aux oppositions, sont, à l'exclusion de tout autre renseignement, communiquées pour l'exercice de leur mission : / 1° Aux agents chargés de l'exécution d'un titre exécutoire ; / () ". Aux termes de l'article R. 330-4 du code de la route : " La communication des informations prévues aux articles L. 330-2 à L. 330-4 aux demandeurs qui disposent d'un droit d'accès en vertu d'une disposition législative particulière est assurée par le ministre de l'intérieur par voie électronique ou par les services de la police nationale ou de la gendarmerie territorialement compétents ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 10 février 2009 : " Il est créé par le ministère de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales un traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé " système d'immatriculation des véhicules " (SIV). / Ce traitement a pour finalité la gestion des pièces administratives du droit de circuler des véhicules sur les voies ouvertes à la circulation publique ". Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Sont destinataires de tout ou partie des données du présent traitement, dans la limite de leurs attributions et conformément aux dispositions législatives ou réglementaires et à celles relevant de conventions d'habilitations : - les personnes visées aux articles L. 330-2 à L. 330-4 du code de la route ; () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Les droits d'accès et de rectification prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 6 janvier 1978 susvisée s'exercent auprès de l'Agence nationale des titres sécurisés, saisie directement par courrier ou par l'intermédiaire des préfectures ".
4. Il résulte de ces dispositions que, s'il incombe à l'huissier de justice chargé de l'exécution d'un titre exécutoire de réaliser la déclaration aux fins de saisie d'un véhicule auprès de l'autorité administrative compétente, cet huissier ne peut procéder à cette déclaration qu'au vu des informations relatives à l'état civil du titulaire du certificat d'immatriculation ainsi qu'aux caractéristiques du véhicule et aux gages constitués et opposition qui lui sont transmises en application de l'article L. 330-4 du code de la route. Il appartient par ailleurs à l'Agence nationale des titres sécurisés et aux préfectures de procéder aux rectifications des données personnelles figurant dans le système d'immatriculation des véhicules.
5. Il résulte de l'instruction que les déclarations valant saisie des 22 novembre 2018, 30 novembre 2018 et 4 décembre 2018 ont été émises par erreur à l'encontre du véhicule du requérant et que cette erreur a été rendue possible par l'inscription d'informations erronées dans le système d'immatriculation des véhicules qui ont été communiquées à un huissier de justice en application de l'article L. 330-4 du code de la route. Le requérant, informé de la situation, a alerté les services de la préfecture et de l'Agence nationale des titres sécurisés, afin qu'ils rectifient les données relatives à son état civil. Pourtant, et alors d'une part, que ces services étaient en capacité d'identifier clairement l'intéressé par son adresse et son lieu de naissance et, d'autre part, qu'ils avaient connaissance de l'existence de cet homonyme depuis, au plus tard, l'année 2017 et malgré les sollicitations du requérant et les diligences de l'huissier de justice chargé de l'exécution du titre exécutoire ayant donné lieu aux déclarations de saisie, la modification des informations relatives au requérant et la régularisation de la situation du véhicule qu'il entendait céder n'a été régularisée qu'au mois de février 2020. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
6. En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'il a été contraint d'empiéter sur son temps de travail pour tenter de régulariser sa situation et à faire valoir que le temps passé à effectuer ses démarches s'élève à cent cinquante heures, M. A n'établit pas l'existence d'un préjudice matériel qu'il y aurait lieu d'évaluer à hauteur de 1 500 euros. M. A établit en revanche avoir adressé aux services de la préfecture de nombreux courriers recommandés avec accusés de réception. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice matériel en l'évaluant à 50 euros.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que la faute commise par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle a contraint le requérant à procéder à de nombreuses démarches auprès de l'huissier de justice chargé de l'exécution du titre exécutoire ayant donné lieu aux déclarations de saisie, des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle et de l'Agence nationale des titres sécurisés, alors que l'acquéreur de son véhicule le pressait de régulariser sa situation sous la menace d'un dépôt de plainte. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 550 (cinq cent cinquante) euros en réparation de ses préjudices matériel et moral.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
La magistrate désignée,
J. B
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026