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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2100586

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2100586

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2100586
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 février 2021 et les 22 novembre 2021, 7 décembre 2021, 20 avril 2022 et 21 avril 2023, M. D A et Mme B A, représentés par Me Richard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de déclarer la commune de Pagny-sur-Moselle responsable de l'implantation irrégulière de deux canalisations ;

2°) de condamner la commune de Pagny-sur-Moselle à leur verser une somme de 20 000 euros en réparation du préjudice causé par l'occupation irrégulière de leur terrain ;

3°) de déclarer la commune de Pagny-sur-Moselle responsable des dommages entraînés par la rupture d'une canalisation irrégulièrement implantée de nature à fragiliser substantiellement la structure de leur habitation ;

4°) de désigner tel expert qu'il plaira au tribunal avec pour mission complémentaire de déterminer le taux de responsabilité de la commune de Pagny-sur-Moselle ;

5°) de surseoir à statuer sur la demande d'indemnisation de ce second poste de préjudice ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Pagny-sur-Moselle une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur action, tendant à l'indemnisation de leur préjudice dû tant aux désordres constatés sur leur habitation qu'à l'occupation irrégulière de leur propriété, n'est pas atteinte par la prescription quadriennale, la saisine du juge des référés en vue de la nomination d'un expert, en date du 22 décembre 2017, l'ayant régulièrement interrompue ;

- ils n'ont raccordé aucun drain à la canalisation en litige leur permettant d'avoir connaissance de la présence de cette dernière en sous-sol de leur propriété ;

- la responsabilité de la commune de Pagny-sur-Moselle est engagée à raison de l'implantation irrégulière de deux canalisations sur leur propriété ;

- la responsabilité de la commune de Pagny-sur-Moselle est engagée en raison de la rupture d'une canalisation de nature à fragiliser substantiellement la structure de l'habitation ;

- le cahier des charges du lotissement ne leur est pas opposable ;

- la commune est classée parmi les trois communes de Meurthe-et-Moselle qui présentent des fuites des réseaux supérieures ou égales à 50 %.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 octobre 2021 et 11 avril 2022, la commune de Pagny-sur-Moselle, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 7 juin 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Nancy a ordonné une expertise et désigné M. C en qualité d'expert ;

- l'ordonnance du 17 février 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Nancy a liquidé et taxé les frais et honoraires d'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Lehmann, substituant Me Richard, représentant M. et Mme A,

- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Pagny-sur-Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, propriétaires depuis 2007 d'une propriété cadastrée n° 120 à Pagny-sur-Moselle, ont constaté des fissures sur la façade de leur maison d'habitation qu'ils imputent à une conduite défectueuse passant en sous-sol de leur terrain. Par une ordonnance du 7 juin 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Nancy a ordonné la désignation d'un expert aux fins de donner un avis sur les causes et origines des désordres et malfaçons affectant leur habitation. Le rapport d'expertise a été enregistré au greffe du tribunal le 9 octobre 2019. Par un courrier du 17 décembre 2020, les requérants ont mis en cause la responsabilité de la commune tout en réservant le montant de leurs préjudices à la remise d'une expertise judiciaire à venir. Cette demande a été implicitement rejetée par la commune de Pagny-sur-Moselle. Par un courrier du 16 novembre 2021, ils ont également demandé à la commune de Pagny-sur-Moselle la réparation des préjudices causés par l'occupation irrégulière de leur propriété par une canalisation d'évacuation des eaux pluviales et par une canalisation d'évacuation des eaux usées-eaux vannes. Cette demande a été rejetée par la commune le 19 novembre 2021. Par la requête susvisée, M. et Mme A demandent au tribunal de condamner la commune de Pagny-sur-Moselle à leur verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la présence de ces deux canalisations sur leur parcelle et de désigner un expert aux fins de déterminer la part de responsabilité de la commune dans les dommages qu'a subis leur habitation.

Sur l'emprise irrégulière :

2. M. et Mme A soutiennent que les ouvrages publics constitués par les canalisations d'évacuation d'eaux pluviales et d'eaux usées ont été irrégulièrement implantés dans leur propriété, demandent la réparation de la faute ainsi commise par la commune de Pagny-sur-Moselle et sollicitent à ce titre une indemnisation de 20 000 euros. Toutefois, les requérants ne justifient d'aucun préjudice causé du seul fait de l'emprise irrégulière ainsi alléguée. Par suite, les conclusions indemnitaires afférentes doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation à raison d'un dommage de travaux publics :

3. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute de sa part, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Les tiers par rapport à l'ouvrage public sont tenus d'établir l'existence d'un lien de causalité entre l'existence et le fonctionnement de l'ouvrage et leur préjudice, sans avoir à démontrer que le fait générateur de ce dernier procèderait d'une faute dans l'implantation ou le fonctionnement de l'ouvrage.

4. Les requérants imputent l'apparition, en 2015, de fissures sur deux façades de leur habitation à la diffusion d'un écoulement d'eau provenant d'une rupture de la canalisation d'évacuation des eaux usées enfouie dans le sous-sol de leur propriété. Toutefois, d'une part, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les travaux de dévoiement de cette canalisation ont eu lieu en 2017, aucune des pièces du dossier n'établit que la rupture de cette canalisation pourrait être à l'origine des désordres constatés en 2015 sur les façades de l'habitation des requérants. D'autre part, il ressort de l'étude géotechnique réalisée par la société Cirse Environnement à la demande de l'expert désigné par le tribunal administratif qu'aucune venue d'eau pouvant correspondre à une fuite des réseaux environnants n'a été relevée au droit des sondages réalisés sur le terrain des requérants et que la cause des désordres à privilégier est le phénomène de retrait-gonflement des sols argileux sur lequel repose la construction. Enfin, il est constant, d'une part, que la propriété des requérants, tout comme d'autres immeubles situés sur la commune, a déjà subi des désordres en raison d'un phénomène de retrait-gonflement d'argile en 2009 et en 2015, d'autre part, que le mode constructif de cette habitation, édifiée en 1984, n'a pas été adapté pour supporter ce type de phénomène, le rapport d'expertise signalant que les plans de masse de la construction font apparaître une adaptation des fondations à la nature du sol " sommaire, voire théorique ", et que la présence de fissures horizontales en angle semble indiquer l'absence de chaînage vertical de ferraillage armé lors de la réalisation des murs.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le lien de causalité entre les désordres subis par la construction de M. et Mme A et l'éventuelle fuite provenant de la rupture de la canalisation d'eaux usées présente sur leur propriété n'est pas suffisamment établi. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'ordonner une expertise aux fins de déterminer le taux de responsabilité à imputer à la commune, gestionnaire du réseau d'eaux usées, dans les dommages subis par les requérants.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à la condamnation de la commune de Pagny-sur-Moselle et à ce qu'il soit sursis à statuer sur leurs conclusions indemnitaires dans l'attente d'une expertise complémentaire doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pagny-sur-Moselle, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme de 1 500 euros que demande la commune de Pagny-sur-Moselle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge définitive de M. et Mme A les frais d'expertise, qui ont été liquidés et taxés par une ordonnance du 17 février 2020 de la présidente du tribunal administratif de Nancy à la somme de 3 945 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront à la commune de Pagny-sur-Moselle une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les dépens de l'instance, correspondant aux frais et honoraires d'expertise taxés et liquidés à la somme de 3 945 (trois mille neuf cent quarante-cinq) euros, sont mis à la charge définitive de M. et Mme A.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié M. D A, à Mme B A et à la commune de Pagny-sur-Moselle.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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