jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2100618 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mars 2021 et 21 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :
1°) de condamner l'état à lui verser une somme de 49 906,28 euros, au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus par le préfet de renouveler son titre de séjour est illégal et a été annulé par le tribunal et est ainsi constitutif d'une faute ;
- le refus de renouvellement de son titre de séjour a mis fin à son apprentissage et aux revenus qu'elle en tirait et elle a ainsi subi un préjudice financier évalué à 5 826,20 euros ;
- elle a perdu une chance de mener son apprentissage à son terme prévu le 31 août 2022 et de bénéficier des salaires correspondants ;
- elle a perdu une chance de finir sa formation à l'ENSEM et d'être diplômée ;
- elle a droit à la réparation de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Coche-Mainente, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise, est entrée en France le 10 septembre 2016 pour y poursuivre des études et a obtenu un titre étudiant. Le 1er octobre 2019, elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle étudiante. Par une décision du 9 décembre 2019 le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 24 septembre 2020, le présent tribunal a annulé la décision du 9 décembre 2019 et a enjoint au préfet de délivrer le titre sollicité. Mme A a adressé le 22 décembre 2020 une demande d'indemnisation préalable au préfet de Meurthe-et-Moselle. L'absence de réponse de ce dernier a fait naître une décision implicite de rejet. Mme A demande au tribunal la condamnation de l'état à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises par le préfet de Meurthe-et-Moselle.
Sur la recevabilité :
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de justice administrative : " L'Etat est représenté en défense par le préfet ou le préfet de région lorsque le litige, quelle que soit sa nature, est né de l'activité des administrations civiles de l'Etat dans le département ou la région, à l'exception toutefois des actions et missions mentionnées à l'article 33 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et les départements. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a adressé une demande indemnitaire préalable au préfet de Meurthe-et-Moselle demandant sa condamnation à l'indemniser des préjudices qu'elle estime résulter de l'illégalité de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour. Dès lors que le préfet est le représentant de l'Etat dans le département, les conclusions de Mme A doivent être regardées comme demandant la condamnation de l'Etat à l'indemniser du fait des fautes commises par son représentant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Meurthe-et-Moselle en défense doit être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité de l'État :
4. Par un arrêté du 9 décembre 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 24 septembre 2020, devenu définitif, au motif qu'il était entaché d'une erreur d'appréciation. Dès lors, cet arrêté est constitutif d'une illégalité fautive, de nature à engager la responsabilité de l'État envers l'intéressée.
5. Toutefois, l'illégalité susmentionnée n'est susceptible d'engager la responsabilité de 1'État qu'à raison des préjudices directs et certains qui en résultent.
S'agissant du préjudice matériel :
6. Il résulte de l'instruction qu'à la date de l'arrêté du 9 décembre 2019, Mme A bénéficiait d'un contrat d'apprentissage conclu avec la société Electrolor dans le cadre d'une formation par apprentissage à l'ENSEM. Il résulte d'un certificat produit par l'ENSEM que la société Electrolor a mis fin au contrat d'apprentissage le 31 janvier 2020 dès lors que Mme A ne bénéficiait plus d'un titre de séjour l'autorisant à travailler. La requérante soutient qu'elle a ainsi subi un préjudice financier dès lors qu'elle a perdu les revenus procurés par son contrat d'apprentissage lequel avait été conclu jusqu'au 31 août 2022. Toutefois, il n'est pas contesté que le préfet de Meurthe-et-Moselle a délivré un récépissé à Mme A le 26 août 2020 l'autorisant à travailler puis le 19 novembre 2020 un titre de séjour étudiant. Mme A a signé un contrat à durée déterminée à compter du 29 mars 2021 auquel s'est substitué un contrat à durée indéterminée à compter du 8 octobre 2021 et prévoyant une rémunération de 1 900 euros brut, supérieure à la rémunération perçue dans le cadre du contrat d'apprentissage. Par ailleurs, Mme A ne démontre pas avoir entrepris des démarches pour retrouver un contrat d'apprentissage ou un emploi à compter du 26 août 2020 ni avoir suivi la formation en licence 3 dans laquelle elle s'était inscrite. Dans ces conditions, le préjudice matériel subi par Mme A se limite aux pertes de revenus pour la période du 1er février 2020 au 26 août 2020. Il résulte de l'instruction que le contrat d'apprentissage octroyait à Mme A une rémunération égale à 55% du SMIC sur la période considérée. Dès lors, il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par la requérante en l'évaluant à la somme de 4 627 euros, laquelle correspond à sept mois du salaire net qu'elle aurait dû percevoir si le refus de séjour illégal n'était pas intervenu.
S'agissant de la perte de chance d'obtenir son diplôme :
7. Il résulte de l'instruction que la rupture du contrat d'apprentissage de Mme A a également mis fin à sa formation au sein de l'ENSEM sans possibilité de redoublement. Mme A soutient ainsi que le refus de séjour illégal lui a fait perdre une chance d'obtenir son diplôme. Toutefois, il résulte de l'instruction que la formation de Mme A qui comportait trois années d'études n'avait débuté que depuis quelques mois à la date du refus de séjour sans qu'aucun élément ne soit produit quant aux conditions de déroulement de cette dernière, à l'assiduité et aux résultats de Mme A tant en termes de scolarité que dans le déroulement du contrat d'apprentissage. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet l'a privée d'une chance sérieuse d'obtenir son diplôme. Par suite, il n'y a pas lieu de condamner l'Etat à indemniser Mme A au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du préjudice moral :
8. L'arrêté illégal du 19 décembre 2019 a nécessairement causé un préjudice moral à Mme A qui s'est vu contrainte de mettre un terme à sa formation par apprentissage sans possibilité de la recommencer ultérieurement ainsi que de poursuivre son séjour sur le territoire français en situation irrégulière et dans l'angoisse d'être éloignée à destination de son pays d'origine. Dans ces conditions, il sera fait juste une appréciation du préjudice moral subi par la requérante en l'évaluant à la somme de 3 000 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat à verser la somme de 3 000 euros à Mme A au titre de son préjudice moral.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 7 627 euros.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 7 627 euros.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de Meurthe-et-Moselle
Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à dispositions au greffe le 6 avril 2023.
La rapporteure,
C. Marini
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026