jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 avril 2021 et 8 juillet 2022, Mme B F et M. C E, agissant en leur nom propre et ès-qualités de représentants légaux de leur fille A, représentés par Me Gottlich, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à verser une somme de 159 800 euros à Mme F au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la faute commise par le CHRU lors de sa prise en charge ;
2°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à verser une somme de 20 000 euros à M. E au titre de son préjudice moral résultant de la faute commise par le CHRU lors de la prise en charge de son épouse ;
3°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à verser une somme de 20 000 euros à Mme F et à M. E, en tant que représentants légaux de leur fille mineure, au titre de son préjudice moral résultant de la faute commise par le CHRU lors de la prise en charge de sa mère ;
4°) de condamner le CHRU de Nancy aux dépens et de mettre à sa charge une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le CHRU de Nancy n'a pas informé Mme F qu'une stérilisation tubulaire serait pratiquée et elle n'a pas pu donner son consentement éclairé par écrit ;
- ils sont fondés à demander la réparation intégrale des préjudices qu'ils ont subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022, le CHRU de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut à une réduction des prétentions indemnitaires des requérants.
Par un mémoire enregistré le 16 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Var a déclaré ne pas avoir de créance à faire valoir.
Mme F est désignée représentante unique pour les requérants, au sens de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à défaut de réponse à la demande formulée le 12 avril 2021 au conseil des requérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Dubois, substituant Me Marrion et représentant le CHRU de Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 décembre 2011, Mme F a subi une intervention chirurgicale consistant en une cure de prolapsus par promonto-fixation. Lors de cette opération a également été pratiquée une stérilisation tubulaire. Considérant que le CHRU a commis une faute en pratiquant la stérilisation tubulaire, Mme F a saisi le juge des référés du présent tribunal qui, par une ordonnance du 25 novembre 2019, a ordonné une expertise. Le professeur D a été désigné et a déposé son rapport le 10 septembre 2020. Le 23 décembre 2020, Mme F et M. E ont adressé une demande d'indemnisation préalable au CHRU de Nancy. L'absence de réponse du CHRU de Nancy a fait naître une décision implicite de rejet. Ils demandent au tribunal de condamner le CHRU de Nancy à les indemniser des préjudices résultant de la faute qu'il a commise.
2. Aux termes de l'article L. 2123-1 du code de la santé publique : " La ligature des trompes ou des canaux déférents à visée contraceptive ne peut être pratiquée sur une personne mineure. Elle ne peut être pratiquée que si la personne majeure intéressée a exprimé une volonté libre, motivée et délibérée en considération d'une information claire et complète sur ses conséquences. Cet acte chirurgical ne peut être pratiqué que dans un établissement de santé et après une consultation auprès d'un médecin. Ce médecin doit au cours de la première consultation : - informer la personne des risques médicaux qu'elle encourt et des conséquences de l'intervention ; - lui remettre un dossier d'information écrit. Il ne peut être procédé à l'intervention qu'à l'issue d'un délai de réflexion de quatre mois après la première consultation médicale et après une confirmation écrite par la personne concernée de sa volonté de subir une intervention. Un médecin n'est jamais tenu de pratiquer cet acte à visée contraceptive mais il doit informer l'intéressée de son refus dès la première consultation. ".
3. Il résulte de l'instruction que, lors d'une consultation le 12 novembre 2010 au CHRU de Nancy, une information a été donnée à Mme F concernant la chirurgie du prolapsus et la ligature des trompes. Une intervention a été pratiquée le 8 décembre 2011 consistant en une cure de prolapsus par promonto-fixation et stérilisation tubaire. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'un dossier d'information écrit concernant la ligature des trompes a été remis à Mme F ni que celle-ci a confirmé sa volonté par écrit de subir une ligature des trompes. Dans ces conditions, le CHRU de Nancy doit être regardé comme n'ayant pas porté à la connaissance de Mme F les risques inhérents à l'intervention qu'elle a subie ni avoir recueilli son consentement éclairé. Par suite, le CHRU de Nancy a commis une faute qui engage sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de Mme F :
4. En premier lieu, il ressort du rapport d'expertise que Mme F présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 8 %. Compte tenu du barème ONIAM et de l'âge de Mme F à la date de la consolidation (38 ans), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 10 786 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CHRU de Nancy à verser la somme de 10 786 euros à Mme F.
5. En deuxième lieu, la ligature des trompes réalisée sans consentement a entraîné une infécondité irréversible et a constitué une atteinte à l'intégrité de Mme F. Toutefois, la requérante était âgée de presque 39 ans au moment des faits, était déjà mère d'un enfant et ne semble pas avoir évoqué de désir de grossesse avant une consultation au CHRU de Nancy en 2015 alors qu'elle était âgée de 43 ans. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'établissement en l'évaluant à un montant de 3 000 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CHRU de Nancy à verser la somme de 3 000 euros à Mme F.
6. Mme F ne justifie pas de la réalité et de l'ampleur d'un préjudice d'impréparation ni d'un préjudice né de la souffrance morale qu'elle aurait enduré en découvrant, sans y avoir été préparée, les conséquences de l'intervention. Dès lors, cette demande doit être rejetée.
En ce qui concerne le préjudice de M. E :
7. La ligature des trompes réalisée sans le consentement de Mme F a entraîné l'impossibilité pour elle et son époux d'avoir un deuxième enfant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante était âgée de presque 39 ans au moment des faits, était déjà mère d'un enfant et ne semble pas avoir évoqué de désir de grossesse avant une consultation au CHRU de Nancy en 2015 alors qu'elle était âgée de 43 ans. Dès lors, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'établissement de M. E en l'évaluant à un montant de 1 000 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CHRU de Nancy à verser la somme de 1 000 euros à M. E.
En ce qui concerne le préjudice de Daisy E :
8. La ligature des trompes réalisée sans le consentement de Mme F a entraîné l'impossibilité pour sa fille d'avoir des frères et sœurs. Compte tenu des circonstances évoquées aux points 5 et 7, il sera fait une juste appréciation du préjudice de Daisy E en l'évaluant à un montant de 1 000 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CHRU de Nancy à verser la somme de 1 000 euros à Mme F et M. E en tant que représentants légaux de Daisy E.
Sur les frais de l'instance et les dépens :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du CHRU de Nancy les frais des expertises, qui ont été liquidés et taxés par une ordonnance du 23 septembre 2020 du vice-président du tribunal administratif de Nancy à la somme de 1 894,34 euros pour le professeur D.
10. Il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Nancy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Nancy est condamné à verser à Mme F une somme de 13 786 euros.
Article 2 : Le CHRU de Nancy est condamné à verser à M. E une somme de 1 000 euros.
Article 3 : Le CHRU de Nancy est condamné à verser à Mme F et à M. E, en tant que représentants légaux de Daisy E une somme de 1 000 euros.
Article 4 : Les frais d'expertises, liquidés et taxés à la somme de 1 894,34 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier régional universitaire de Nancy.
Article 5 : Le CHRU de Nancy versera à Mme F et M. E une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, pour l'ensemble des requérants, au centre hospitalier régional universitaire de Nancy et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.
La rapporteure,
C. Marini
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026