vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101427 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2021, Mme E C, représentée par Me Olszowiak, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier (CH) Emile Durkheim d'Epinal à lui verser la somme de 67 327,20 euros, en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la faute commise lors de sa prise en charge par le CH d'Epinal ;
2°) de mettre à la charge du CH d'Epinal une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'infection nosocomiale qu'elle a subie a pour origine un manquement aux règles d'hygiène lors de sa prise en charge au CH d'Epinal ;
- elle est fondée à demander la réparation intégrale des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la faute du CH d'Epinal.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 septembre 2022 et le 21 juin 2023, le CH d'Epinal, représenté par Me Marrion, conclut à une réduction des prétentions indemnitaires de Mme C.
Par un mémoire en intervention enregistré le 2 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne demande au tribunal de condamner le centre hospitalier d'Epinal à lui rembourser une somme de 33 911,09 euros au titre des prestations versées, avec intérêts de droit à compter du jugement, une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance n°95-51 du 24 janvier 1996 et une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini, rapporteure,
- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dubois, représentant le CH d'Epinal.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 juin 2017, Mme C a subi une intervention chirurgicale au centre hospitalier (CH) Hautepierre de Strasbourg pour une mastectomie partielle du sein droit et la pose d'une chambre à cathéter implantable dans le but d'administrer une chimiothérapie. Le 8 août 2017, Mme C effectue sa première cure de chimiothérapie au CH d'Epinal. Elle va développer une bactériémie à staphylocoque doré méti-S compliquée d'une endophtalmologie gauche et de localisations pulmonaires septiques. Mme C a saisi le juge des référés du présent tribunal qui par une ordonnance du 17 février 2020 a ordonné une expertise. Le docteur B, infectiologue, auquel s'est adjoint le docteur A en qualité de sapiteur ophtalmologiste, a déposé son rapport le 4 décembre 2020. Mme C a adressé une demande indemnitaire préalable au CH d'Epinal le 27 janvier 2021. L'absence de réponse du CH d'Epinal a fait naître une décision implicite de rejet. La requérante demande au tribunal de condamner le CH d'Epinal à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité du centre hospitalier d'Epinal :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute./ Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Si ces dispositions font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des infections nosocomiales, à moins que la preuve d'une cause étrangère soit rapportée, seule une infection survenant au cours ou au décours d'une prise en charge, qui n'était ni présente, ni en incubation au début de la prise en charge et dont il n'est pas établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge peut être qualifiée de nosocomiale.
3. Mme C a présenté une bactériémie à staphylocoque doré méti-S qui s'est compliquée d'une endophtalmie gauche et de localisations pulmonaires septiques. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que la porte d'entrée de l'infection est la chambre à cathéter implantable. Les symptômes de Mme C sont apparus peu de temps après la première manipulation de la chambre à cathéter implantable au CH d'Epinal mais deux mois après la pose de cette dernière au CH de Strasbourg. Bien que l'expertise relève qu'il est inhabituel d'avoir une infection dès la première manipulation, les conditions de réalisation de cette dernière telles que rapportées par Mme C et non contestées par le CH d'Epinal révèlent un manquement aux règles d'hygiène lors de la prise en charge de la requérante au CH d'Epinal. Dès lors qu'il est établi que l'infection en cause a pour seule origine la prise en charge de Mme C au CH d'Epinal et ne procède pas d'une cause étrangère, cette infection est de nature à engager la responsabilité de ce dernier.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne l'assistance par une tierce personne :
4. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme C a nécessité une assistance à tierce personne, à raison d'une heure par jour du 14 septembre au 15 octobre 2017 et du 17 octobre au 16 novembre 2017. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros sur la période, Mme C a droit à une indemnisation de 819 euros. Dans ces conditions, la somme de 819 euros doit être mise à la charge du CH d'Epinal au titre de l'assistance par une tierce personne.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
5. Il résulte du rapport d'expertise que Mme C justifiait d'un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 15 au 20 août 2017, de 100% du 21 août au 13 septembre 2017, de 25% du 14 septembre au 15 octobre 2017, de 100% le 16 octobre 2017, de 25% du 17 octobre au 16 novembre 2017, de 15% du 17 novembre 2017 au 27 mai 2019, de 100% le 28 mai 2019 et de 15% du 29 mai au 1er juillet 2019. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire total subi, en l'évaluant à la somme de 1 731 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH d'Epinal, à verser la somme de 1 731 euros à Mme C.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
6. Il résulte du rapport d'expertise que Mme C présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 10 %. Compte tenu du barème ONIAM et de l'âge de Mme C à la date de la consolidation (61 ans), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 12 136 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH d'Epinal à verser la somme de 12 136 euros à Mme C.
Quant au préjudice esthétique :
7. Il résulte de l'instruction que Mme C a subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 2 sur une échelle de 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 849 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH d'Epinal à verser la somme de 1 849 euros à Mme C.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction que Mme C a enduré des souffrances, évaluées à 5 sur une échelle de 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 13 531 euros. Par suite, il y a lieu de condamner le CH d'Epinal, à verser la somme de 13 531 euros à Mme C.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices de Mme C doivent être évalués à la somme totale de 30 066 euros.
Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne :
10. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Marne (CPAM) justifie des débours d'un montant de 33 911,09 euros exposés pour les soins prodigués à Mme C. Il y a lieu de mettre à la charge du CH d'Epinal la somme de 33 911,09 euros.
11. En deuxième lieu, la CPAM de la Haute-Marne a droit, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 15 décembre 2022 pris pour son application et en vigueur à la date du présent jugement, à une indemnité forfaitaire de gestion représentant le tiers de la somme dont la CPAM a obtenu le remboursement dans les limites d'un montant maximum de 1 162 euros. Il y a lieu de condamner le centre hospitalier d'Epinal à lui verser la somme de 1 162 euros.
Sur les frais de l'instance et les dépens :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du CH d'Epinal les frais des expertises, qui ont été liquidés et taxés par des ordonnances du 16 décembre 2020 de la présidente du tribunal administratif de Nancy à la somme de 3 150 euros pour le docteur B et 1 000 euros pour le docteur A.
13. Il y a lieu de mettre à la charge du CH d'Epinal une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Haute-Marne au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier d'Epinal est condamné à verser à Mme C la somme de 30 066 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Epinal est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne une somme de 33 911,09 euros au titre de ses débours et une somme de 1 162 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Les dépens de l'instance, correspondant aux frais et honoraires de l'expertise taxés et liquidés aux somme de 3 150 euros pour le docteur B et 1 000 euros pour le docteur A, sont mises à la charge définitive du CH d'Epinal.
Article 4 : Le CH d'Epinal versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au centre hospitalier d'Epinal et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La rapporteure,
C. Marini
Le président,
D. Marti
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101427
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026