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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101587

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101587

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101587
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 1er juin 2021 sous le n° 2101587, Me Patrick Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée (SAS) SKTB Aluminium, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligé à consigner la somme de 165 660 euros correspondant aux travaux de mise en sécurité et à la réalisation d'un diagnostic de pollution des sols du site anciennement exploité par la SAS SKTB Aluminium, situé à Gorcy ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ont été méconnues faute pour le préfet de Meurthe-et-Moselle d'avoir respecté la procédure contradictoire imposée ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a respecté les obligations mises à sa charge par l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 28 juillet 2020 portant mise en demeure ;

- le montant de la sanction est disproportionné ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir par détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires qui n'a pas produit d'observations.

Par un courrier en date du 31 mai 2023, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 mars 2021 en tant qu'il porte sur une consignation excédant 127 950 euros.

II. Par une requête enregistrée le 1er juin 2021 sous le n° 2101588, Me Patrick Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée (SAS) SKTB Aluminium, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a rendu redevable d'une astreinte journalière de 150 euros jusqu'à ce que soient respectées les prescriptions de l'arrêté du 28 juillet 2020 le mettant en demeure de mettre en sécurité les installations classées sur le site anciennement exploité par la SAS SKTB Aluminium, situé à Gorcy ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement ont été méconnues faute pour le préfet de Meurthe-et-Moselle d'avoir respecté la procédure contradictoire imposée ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a respecté les obligations mises à sa charge par l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 28 juillet 2020 portant mise en demeure ;

- le montant de la sanction est disproportionné ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir par détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires qui n'a pas produit d'observations.

Par un courrier en date du 31 mai 2023, les parties ont été informées, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 mars 2021 en tant qu'il porte sur une astreinte journalière excédant la somme de 100 euros.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 31 mai 2012 relatif aux modalités de détermination et d'actualisation du montant des garanties pour la mise en sécurité des installations classées et des garanties additionnelles en cas de mise en œuvre de mesures de gestion de la pollution des sols et des eaux souterraines ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gottlieb,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ambrosi, représentant Me Maroccou.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 mars 2012, le préfet de Meurthe-et-Moselle a autorisé la société SKTB Aluminium à exploiter une installation d'affinage d'aluminium de seconde fusion sur le territoire de la commune de Gorcy. Par un jugement du 17 mai 2018, le tribunal de commerce de Val-de-Briey a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de la SAS SKTB Aluminium. Par un jugement du 18 avril 2019, ce tribunal a converti la procédure de redressement en procédure de liquidation judiciaire et a désigné Me Maroccou en qualité de liquidateur judiciaire. Par un arrêté du 28 juillet 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle a mis en demeure Me Maroccou, en qualité de représentant de la SAS SKTB Aluminium, de lui notifier la cessation d'activité dans un délai maximal de 8 jours, de justifier du lancement des consultations réglementaires sur les propositions d'usage futur du site envisagées pour sa remise en état, dans le même délai, et de procéder à la mise en sécurité du site dans un état tel qu'il ne puisse porter atteinte aux intérêts visés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement dans un délai de deux mois, en fournissant dans ce même délai les justificatifs des travaux correspondants et de la destination finale des déchets produits dangereux évacués du site. Par deux arrêtés du 29 mars 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, d'une part, obligé la SAS SKTB Aluminium, représentée par Me Maroccou, à consigner la somme de 165 660 euros correspondant aux travaux de mise en sécurité et à la réalisation d'un diagnostic de pollution des sols du site et, d'autre part, ordonné le paiement d'une astreinte journalière de 150 euros jusqu'à ce que soient respectées les prescriptions de l'arrêté portant mise en demeure en date du 28 juillet 2020. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, Me Maroccou, agissant en qualité de liquidateur de la SAS SKTB Aluminium, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 29 mars 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. / II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / 1° Obliger la personne mise en demeure à consigner entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser. / () / 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. () / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / () / Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 171-11 du même code : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

4. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 13 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a modifié l'article 1er de l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel il avait obligé la société SKTB Aluminium, représentée par Me Maroccou, à consigner la somme de 165 660 euros, en fixant le montant de cette consignation à la somme de 127 950 euros. Par un deuxième arrêté du 13 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a modifié l'article 1er de l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel il avait rendu redevable la société SKTB Aluminum, représentée par Me Maroccou, d'une astreinte journalière de 150 euros, en fixant le montant de cette astreinte journalière à 100 euros. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle doit être regardé comme ayant renoncé à exiger, d'une part, une consignation d'un montant supérieur à 127 950 euros et, d'autre part, une astreinte journalière d'un montant supérieur à 100 euros. Par suite, et ainsi qu'en ont été informées les parties, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 29 mars 2021 en tant qu'ils portent respectivement sur une consignation excédant 127 950 euros et sur une astreinte journalière excédant 100 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le rapport établi le 3 février 2021 par l'inspecteur des installations classées, aux termes duquel celui-ci a constaté que les obligations mises à la charge de Me Maroccou en qualité de liquidateur judiciaire de la SAS SKTB Aluminium par l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 28 juillet 2020 n'avaient pas été respectées, et a proposé d'ordonner à son encontre la consignation d'une somme de 165 660 euros ainsi qu'une astreinte journalière d'un montant de 150 euros, a été adressé à Me Maroccou par un courrier du même jour dont le requérant a accusé réception le 9 février suivant, l'intéressé ayant été informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai de quinze jours. D'une part, et contrairement à ce que soutient le requérant, ni le courrier du préfet de Meurthe-et-Moselle, ni le rapport de l'inspecteur des installations classées, qui expose de manière suffisamment précise les motifs pour lesquels l'exploitant n'avait pas satisfait aux obligations de remise en état et de mise en sécurité du site prescrites par l'arrêté du 28 juillet 2020 portant mise en demeure, n'avaient pas à préciser la nature des travaux nécessaires pour la mise en sécurité du site et sa remise en état pour un usage futur. D'autre part, la circonstance que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas tenu compte des observations que Me Maroccou a présentées le 24 février 2021 n'est pas de nature à caractériser un manquement aux exigences du caractère contradictoire de la procédure. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 171-8 du code de l'environnement doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le rapport de l'inspecteur des installations classées du 3 février 2021, faisant suite à la visite du 25 janvier 2021, a constaté que de nombreux déchets subsistaient dans les parties les plus vétustes du site (halls 1 et 2), que le hall 2 présentait un risque de chutes de toitures et de murs et des risques de chute de personnes dans des fosses non sécurisées de 8 mètres de profondeur susceptible d'entraîner des accidents mortels, que les interdictions et limitations d'accès au site étaient insuffisantes, que le local chlore, non rendu inaccessible, comportait des cuves de soude ainsi qu'un risque de noyade dans une fosse remplie d'eau et recouverte par un panneau en bois fragile ne supportant pas le poids d'une personne. L'inspecteur des installations classées a en outre relevé que la campagne d'analyse de la qualité des eaux souterraines du site n'a concerné que les halls 1 et 2 et que pour les deux piézomètres implantés en aval du hall 2, aucun échantillon n'a été prélevé, ne permettant pas de conclure sur les éventuels effets sur les eaux souterraines des installations classées arrêtées définitivement. L'inspecteur des installations classées relevait enfin qu'aucun diagnostic récent de l'état de pollution des sols n'avait été effectué.

7. Si le requérant fait valoir qu'il a respecté l'ensemble des prescriptions tendant à la mise en sécurité du site avant l'édiction de l'arrêté contesté, ainsi qu'il l'a fait valoir dans les observations qu'il a adressées le 24 février 2021 au préfet de Meurthe-et-Moselle, il résulte toutefois de l'instruction, et en particulier du rapport de l'inspecteur des installations classées du 20 juin 2022, faisant suite à la visite du 23 mai 2022, que ce dernier a constaté que la mise en sécurité du site n'était que partielle. L'inspecteur a ainsi constaté que si l'exploitant avait fait procéder à l'évacuation des déchets, une partie d'entre eux subsistaient sur le site (tas de scories, poussières de filtres en " big-bags " fortement endommagés, nombreux gravats, ferrailles, autres résidus de l'exploitant, manchons de filtres à manches, extincteurs). L'inspecteur a en outre constaté que la clôture du site était partiellement dégradée et qu'il manquait des panneaux d'interdiction d'accès sur cette clôture et certains portails d'accès. Enfin, le rapport relève l'absence de diagnostic de l'état de pollution des sols récents. Par des arrêtés du 13 juillet 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a, sur le fondement du rapport de l'inspecteur des installations classées en date du 20 juin 2022, modifié le montant de la consignation et de l'astreinte journalière en les fixant respectivement à 127 950 euros et à 100 euros. Le requérant, qui ne conteste pas la réalité des constats opérés à la suite de la visite du 23 mai 2022, n'établit pas, ni même ne soutient, avoir procédé aux travaux nécessaires à la mise en sécurité complète du site à la suite de ce rapport. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés litigieux seraient entachés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En troisième lieu, si Me Maroccou fait valoir que le montant de la consignation, fixé par l'arrêté du 29 mars 2021 à 165 660 euros, est disproportionné, il résulte toutefois de l'instruction que ce montant a été ramené à la somme de 127 950 euros par un arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle en date du 13 juillet 2022. Il résulte en outre de l'instruction que ce montant a été déterminé en tenant compte des travaux de mise en sécurité restant à réaliser et sur la base du mode de calcul prévu par l'arrêté du 31 mai 2012 relatif aux modalités de détermination et d'actualisation des garanties financières pour la mise en sécurité des installations classées et des garanties additionnelles en cas de mise en œuvre de mesures de gestion de la pollution des sols et des eaux souterraines. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que le montant de la consignation ainsi arrêté serait disproportionné au regard des travaux de mise en sécurité du site et de la réalisation du diagnostic de l'état de pollution de sols restant à réaliser. De même, et eu égard à la nature des manquements relevés dans le rapport de l'inspecteur des installations classées en date du 20 juin 2022, l'astreinte journalière, fixée à 100 euros par l'arrêté du 13 juillet 2022, n'apparaît pas disproportionnée. D'autre part, les mesures énumérées à l'article

L. 171-8 du code de l'environnement ont été instituées pour contraindre les exploitants à prendre les dispositions nécessaires à la sauvegarde des intérêts visés à l'article L. 511-1 du même code. Aussi longtemps que subsiste l'un des dangers ou inconvénients mentionnés à cet article, le préfet peut mettre en œuvre, indifféremment et, le cas échéant, successivement, les mesures prévues par cet article. Ainsi, Me Maroccou ne peut utilement se prévaloir de ce que la consignation litigieuse aurait pour conséquence de l'empêcher de poursuivre les diligences en cours s'agissant de la surveillance des eaux souterraines et de la surveillance de certains travaux de nettoyage du site faute d'actifs suffisants. Par suite, le moyen tiré de la disproportion des décisions attaquées doit être écarté.

9. En dernier lieu, les dispositions des articles L. 622-17 à L. 622-27 du code de commerce, qui régissent les conditions dans lesquelles peuvent être produites puis payées les créances détenues sur une entreprise qui fait l'objet d'une procédure collective, ne font pas obstacle à ce que l'administration fasse usage de ses pouvoirs de police administrative, qui peuvent la conduire, dans les cas où la loi le prévoit, à mettre à la charge de particuliers ou d'entreprises, par voie de décision unilatérale, des sommes dues aux collectivités publiques. En revanche, il appartient à l'administration, pour obtenir le paiement des sommes qui lui sont dues, de suivre les règles relatives à la procédure judiciaire applicable au recouvrement des créances.

10. En l'espèce, si Me Maroccou fait valoir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entendu, en édictant les décisions attaquées, détourner les règles relatives aux procédures collectives en créant à son profit une nouvelle créance postérieure à la liquidation judiciaire de la SAS SKTB Aluminium et en détournant les règles et rangs des privilèges qui sont d'ordre public, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qui précède que l'administration est tenue, pour obtenir le paiement des sommes qui lui sont dues, de suivre les règles relatives à la procédure judiciaire applicable au recouvrement des créances. Dans ces conditions, les moyens tirés du détournement de pouvoir et du détournement de procédure doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a ordonné la consignation d'une somme de 165 660 euros, modifié par l'arrêté du 13 juillet 2022 ayant ramené le montant de cette consignation à la somme de 127 950 euros, et celles tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le préfet a ordonné le paiement d'une astreinte journalière de 150 euros par jour de retard, fixée à 100 euros par l'arrêté du 13 juillet 2022, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que Me Maroccou demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 29 mars 2021 en tant qu'ils portent respectivement sur une consignation excédant 127 950 euros et sur une astreinte journalière excédant 100 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Patrick Maroccou, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société par actions simplifiée SKTB Aluminium et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

R. Gottlieb Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2101587,

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