jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101665 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP VILMIN CANONICA REMY ROLLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 juin 2021, le 30 mai 2022 et le 19 juillet 2023, M. F A, représenté par Me Baïche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme totale de 1 690 250,70 euros en réparation de ses préjudices ;
2°) subsidiairement, de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à lui verser une somme totale de 1 690 250,70 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) de condamner le CHRU de Nancy à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice d'impréparation ;
4°) de condamner solidairement l'ONIAM et le CHRU de Nancy aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge solidaire de l'ONIAM et du CHRU de Nancy une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'un accident médical non fautif à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 11 janvier 2007 ; ses préjudices sont directement imputables à cet acte de soin ; il en résulte pour lui des conséquences anormales et ses préjudices sont d'une gravité suffisante pour mettre en œuvre la responsabilité de l'ONIAM ;
- subsidiairement, il est fondé à engager la responsabilité du CHRU de Nancy dès lors que l'intervention réalisée par le Pr H n'a pas été réalisée selon les règles de l'art ;
- il est fondé à engager la responsabilité du CHRU de Nancy dès lors que ce dernier a méconnu son obligation d'information ;
- il est fondé à solliciter le versement d'une somme de 185 522 € au titre des frais divers, 43 456,87 € au titre des pertes de gains professionnels actuels, 297 567,68 € au titre des perte de gains professionnels futurs, 80 000 € au titre de l'incidence professionnelle, 516 440 € au titre de l'assistance par tierce personne définitive, 228 845,68 € au titre des frais de véhicule adapté, 62 893,50 € au titre du déficit fonctionnel temporaire, 50 000 € au titre des souffrances endurées, 30 000 € au titre du préjudice esthétique temporaire, 150 525 € au titre du déficit fonctionnel permanent, 25 000 € au titre du préjudice esthétique permanent, 10 000 € au titre du préjudice sexuel et 10 000 € au titre du préjudice d'agrément ;
- il est par ailleurs fondé à solliciter le versement d'une somme de 15 000 euros au titre de son préjudice d'impréparation.
Un mémoire a été enregistré pour la caisse primaire d'assurances maladie de Haute-Saône, le 16 juin 2021.
Par un mémoire enregistré le 20 octobre 2021, la caisse nationale d'assurance pension du Luxembourg indique que le montant de son recours contre tiers responsable s'élève à 285 710,84 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 septembre 2021, le 5 juillet 2023 et le 11 septembre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Saumon, conclut :
1°) au rejet des conclusions de la requête ;
2°) à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de tout succombant.
Il soutient que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas remplies dès lors qu'il n'est pas établi que l'algodystrophie dont M. A a souffert est la conséquence directe de l'intervention du 11 janvier 2007.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le CHRU de Nancy, représenté par Me Rollet, conclut :
1°) au rejet des conclusions indemnitaires de la requête ;
2°) subsidiairement, à ce que les prétentions indemnitaires soient cantonnées à 141 544 euros au titre de l'assistance par tierce-personne temporaire, 380 582 euros au titre de l'assistance par tierce-personne définitive, 43 752 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 20 000 euros au titre des souffrances endurées, 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 95 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 6 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 2 000 euros au titre du préjudice spécial d'impréparation ;
3°) à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge de tout succombant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rollet, représentant le CHRU de Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 octobre 2006, M. A a subi un traumatisme de la face dorsale de l'avant pied droit, occasionné par la chute d'un couvercle de casserole en fonte. Le lendemain, il a chuté dans les escaliers, ce qui aurait occasionné un coincement du pied droit sous une rambarde. L'intéressé a été pris en charge au service d'urgences de l'hôpital Saint-Maurice de Moyeuvre-Grande. En raison de douleurs persistantes et invalidantes en lien avec une arthrose décompensée par le traumatisme, le requérant a été confié au Pr. H du CHRU de Nancy, qui est intervenu le 11 janvier 2007 pour réaliser une arthrodèse métatarso-phalangienne. L'évolution a été marquée par des douleurs d'intensité et de durée inhabituelles, qui ont conduit à adresser M. A vers le centre de médecine physique et de réadaptation de Thionville. Un diagnostic d'algodystrophie a été porté pour la première fois le 15 mars 2007. M. A a été hospitalisé par la suite à plusieurs reprises pour réaliser plusieurs blocs sympathiques. Face à l'échec de ces thérapies, il a été procédé, le 12 janvier 2011, à l'amputation du tiers supérieur de la jambe droite du requérant. Les suites post-opératoires ont été caractérisées par des difficultés sur le moignon et l'apparition d'un névrome pathologique nécessitant une reprise chirurgicale, le 12 septembre 2011. Par la suite, M. A a continué à présenter des douleurs à la fois mécaniques et inflammatoires de l'extrémité du membre résiduel. En raison de l'impossibilité d'appareillage, une nouvelle intervention consistant en la résection des nerfs tibial et fibulaire a été réalisée le 5 avril 2012. Face à la réapparition des douleurs, il a été réalisé, le 25 avril 2013, à une résection chirurgicale de deux névromes du moignon d'amputation tibiale droite. Le 22 mai 2014, M. A a été opéré une nouvelle fois et, au vu de l'impasse thérapeutique dans laquelle il se trouvait, une amputation transfémorale a été réalisée le 27 novembre 2014. Aucune thérapeutique ne soulageant la douleur continuelle, il a été procédé, le 27 avril 2017, à une reprise chirurgicale sur les névromes du nerf sciatique à la cuisse. M. A a par la suite poursuivi sa rééducation et un appareillage définitif lui a été confectionné d'avril à juin 2019.
Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Nancy :
En ce qui concerne la méconnaissance de l'obligation d'information :
2. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité ou de refus du patient d'être informé, la seule circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. Un manquement des médecins à leur obligation d'information engage la responsabilité de l'hôpital dans la mesure où il a privé le patient d'une chance de se soustraire au risque lié à l'intervention en refusant qu'elle soit pratiquée. C'est seulement dans le cas où l'intervention était impérieusement requise, en sorte que le patient ne disposait d'aucune possibilité raisonnable de refus, que peut être niée l'existence d'une perte de chance.
4. M. A soutient qu'il n'a pas bénéficié d'une information suffisante à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 11 janvier 2007 dès lors que le risque d'amputation n'a pas été évoqué par le Pr. H. Aucun formulaire relatif à l'information dispensée à M. A n'a été communiqué dans la présente procédure. Il résulte de l'instruction et notamment des deux premiers rapports d'expertise, que M. A a indiqué avoir été informé des risques de l'intervention chirurgicale d'arthrodèse mais pas du risque d'algodystrophie puis, devant le Pr C, il a précisé que le risque d'une algodystrophie aurait peut-être été mentionné mais pas le risque d'une amputation. Si le risque d'algodystrophie devait être porté à la connaissance de M. B A, tel n'est pas le cas du risque d'amputation dès lors que, comme le relève le Pr C, il était possible de mettre fin aux thérapeutiques conservatrices et d'en rester là ou d'amputer, l'amputation n'étant qu'une possibilité compte tenu du risque important d'échec. En tout état de cause, il résulte de cette même expertise que le défaut d'information relevé, à le supposer établi, n'a pas fait perdre à M. A une chance sérieuse de se soustraire au risque qui s'est réalisé dès lors que l'évolution naturelle par aggravation de l'arthrose métatarsophalangienne était inéluctable et qu'aucun autre traitement n'aurait pu enrayer cette évolution, ce que confirme d'ailleurs le Dr. Seenman dans son expertise du 24 février 2016. Par suite, M. A n'est pas fondé à engager la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Nancy à raison de la méconnaissance de l'obligation d'information.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
6. M. A, qui présentait une arthrose de la première articulation métatarsophalangienne droite, préalablement asymptomatique, décompensée par une contusion de l'avant-pied droit, a été opéré par le Pr H, le 11 janvier 2007. Il résulte du rapport d'expertise du Dr G du 24 février 2016 que l'arthrodèse ainsi réalisée aurait dû être différée jusqu'à cessation des phénomènes inflammatoires, qu'il n'y avait aucune indication chirurgicale d'urgence et que le Pr. H a, ce faisant, commis une négligence. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise des Dr D et Lecocq du 31 juillet 2009 que le Pr H a été confronté à un patient présentant des douleurs persistantes de l'avant pied, dans les suites d'un traumatisme récent. Le bilan d'imagerie ayant objectivé des lésions arthrosiques préexistantes, il était apparu logique qu'elles aient pu être décompensées par le traumatisme. Dès lors, l'indication opératoire qui a été posée était donc licite pour traiter une arthrose douloureuse, même s'il est possible que l'intervention chirurgicale ait pu aggraver l'algodystrophie qui était éventuellement en cours d'installation. L'expert ajoute que la réalisation technique de l'intervention, ainsi que la prise en charge des suites n'appellent aucune critique et conclut que les soins prodigués au sein du CHRU de Nancy ont eux aussi été conformes aux règles de l'art et aux donnés acquises de la science médicale. Le Pr C, dans son rapport du 30 juin 2018, considère pour sa part que les gestes proposés par le Pr H, à savoir un émondage articulaire ou une arthrodèse étaient tous deux potentiellement adaptés à la situation clinique et qu'il était judicieux de prendre la décision finale au cours de l'intervention au vu des lésions réelles. L'expert ajoute que l'intervention a été réalisée dans les régles de l'art et que les radiographies postopératoires ainsi que la consolidation de l'arthrodèse en bonne position attestent de la bonne qualité technique de l'intervention. Au regard du caractère concordant des expertises des Dr D, Lecocq et du Pr C, M. A n'est pas fondé à soutenir que le Pr H aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité du CHRU de Nancy à l'occasion de l'intervention chirurgicale du 11 janvier 2007.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à engager la responsabilité du CHRU de Nancy.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
8. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Et aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. ()". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM est seul chargé d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les victimes de préjudices résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
9. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
10. Il résulte de l'instruction que des douleurs inhabituelles sont apparues dans les premiers jours suivant l'intervention chirurgicale du 11 janvier 2007. Le diagnostic d'algodystrophie a été porté pour la première fois le 15 mars 2007. Cette pathologie a nécessité que soit pratiquée une amputation transfémorale, le 27 novembre 2014. Selon le rapport d'expertise du Pr C, le risque d'amputation suite à une algodystrophie sévère et rebelle subi par M. A est exceptionnel et lui a causé un déficit fonctionnel permanent de 45%.
11. Pour contester la mise en œuvre de sa responsabilité, l'ONIAM soutient que l'algodystrophie dont souffre M. A résulte d'une faute commise par le CHRU de Nancy et que le lien de causalité n'est pas établi entre l'intervention du 11 janvier 2007 et la survenue de cette pathologie. D'une part, ainsi qu'il l'a été dit au point 6, le CHRU de Nancy n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. D'autre part, selon le Dr. G, l'algodystrophie dont a souffert M. A a trois causes intriquées, à savoir le traumatisme initial du 29 octobre 2006, le sur traumatisme du 30 octobre 2006 et l'intervention chirurgicale du Pr H du 11 janvier 2007. Les Dr D et Lecocq considèrent, pour leur part, qu'un geste chirurgical peut être le facteur déclenchant d'une algodystrophie mais que, dans une telle hypothèse, il est impossible aussi bien cliniquement qu'avec des explorations para cliniques de faire la part des choses entre la pathologie initiale ayant justifié la chirurgie et le traumatisme lié à l'intervention. S'agissant du cas de M. A, les experts considèrent qu'il ne peut être exclu que les symptômes que présentait ce dernier lors de sa première visite chez le Pr. H étaient annonciateurs d'une algodystrophie en cours d'installation. Ils ajoutent que, compte tenu des données physiopathologiques et de la chronologie des faits, ils ne sont pas en mesure de déterminer quelle est la part de responsabilité entre le traumatisme et l'acte chirurgical dans la survenue de l'algodystrophie et concluent que celle-ci doit être considérée comme la conséquence partagée d'un traumatisme et d'un accident médical non fautif. Le Pr C conteste pour sa part cette analyse et considère qu'il n'existe aucun élément pouvant faire suspecter que l'algodystrophie ait été provoquée par le ou les traumatismes mineurs subis par M. A en l'absence de syndrome douloureux évocateur et en présence de résultats radiographiques normaux. Il en déduit que, si l'hypothèse d'une algodystrophie évoluant à bas bruit ne peut évidemment pas être formellement rejetée, sa probabilité apparaît infime et que, par suite, on peut retenir l'intervention du 11 janvier 2007 comme l'élément déclencheur de cette affection. Ce faisant, les trois expertises s'accordent quant à l'existence d'un lien direct et adéquat entre l'intervention chirurgicale litigieuse et la survenue de l'algodystrophie ayant conduit à l'amputation de M. A. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale sont remplies le concernant.
Sur les préjudices indemnisables :
12. Il résulte du rapport du Pr C du 15 mars 2020 que l'état de santé de M. A doit être réputé consolidé le 1er juillet 2019, date de réception, par l'intéressé de son appareillage définitif.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
Quant à l'assistance par une tierce personne :
13. Il résulte du rapport d'expertise du 15 mars 2020 que l'état de santé de M. A nécessite une aide non spécialisée depuis le 10 janvier 2007 de façon définitive pour une durée de 2 heures par jour, à laquelle il faut ajouter une aide ponctuelle pour les déplacements de longue distance évaluée à 4 heures par mois depuis le 10 janvier 2007 et ce de façon définitive. M. A a été hospitalisé du 10 janvier 2007 au 13 janvier 2007, du 5 mars 2007 au 15 mars 2007, du 12 novembre 2007 au 28 mars 2008, le 6 janvier 2009, le 13 janvier 2009, le 20 janvier 2009, le 27 janvier 2009, le 2 février 2009, le 19 février 2009, le 18 mars 2009, le 1er avril 2009, le 8 avril 2009, le 15 avril 2009, le 30 avril 2009, du 6 juin 2010 au 9 juin 2010, du 9 janvier 2011 au 18 avril 2011, du 3 mai 2011 au 8 juin 2011, le 1er juillet 2011, du 11 septembre 2011 au 28 octobre 2011, le 8 décembre 2011, le 1er mars 2012, du 4 avril 2012 au 8 juin 2012, du 11 juin 2012 au 28 juin 2012, du 2 juillet 2012 au 13 juillet 2012, du 1er août 2012 au 17 août 2012, le 7 mars 2013, du 24 avril 2013 au 24 mai 2013, du 3 juin 2013 au 27 juin 2013, le 7 octobre 2013, du 21 mai 2014 au 6 juin 2014, du 9 juin 2014 au 17 juin 2014, du 23 juin 2014 au 5 novembre 2014, du 26 novembre 2014 au 3 juillet 2015, le 23 juillet 2015, du 26 avril 2017 au 2 mai 2017, du 8 mai 2017 au 24 mai 2017, du 28 mai 2017 au 9 juin 2017. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros sur la période du 10 janvier 2007 au 1er juillet 2019 et, sous déduction des périodes d'hospitalisation, M. A a droit à une indemnisation de 112 203 euros. Il y a par suite lieu de mettre une somme de 112 203 euros à la charge de l'ONIAM.
Quant aux frais d'hôtellerie et de déplacement :
14. Il résulte de l'instruction que M. A a exposé une somme totale de 426 euros pour se rendre aux différents rendez-vous d'expertise et a été contraint, à une reprise, de réserver une chambre d'hôtel. Il y a par suite lieu de mettre une somme de 426 euros à la charge de l'ONIAM.
Quant aux pertes de gains professionnels passés :
15. Il résulte de l'instruction que M. A exerçait, avant l'intervention chirurgicale du 11 janvier 2007, la profession de taxi au Luxembourg et qu'il percevait à ce titre une rémunération annuelle moyenne de 14 842 euros. L'intéressé est titulaire d'une pension pour invalidité à titre provisoire depuis le 29 octobre 2007 et à titre définitif depuis le 1er mai 2011. A ce titre il a perçu une somme de 2 678,19 euros au titre de l'année 2007, 17 068,41 euros au titre de l'année 2008, 17 958,78 euros au titre de l'année 2009, 18 217,82 euros au titre de l'année 2010, 18 641,90 euros au titre de l'année 2011 et 19 603,65 euros au titre des années ultérieures. Le montant de la pension d'invalidité de M. A étant supérieure à ses revenus salariaux, avant intervention, l'intéressé ne justifie pas de la réalité de la pertes de gains professionnels qu'il allègue.
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
16. Il résulte du rapport d'expertise du Pr C que M. A a subi un déficit fonctionnel de 100% du 10 janvier 2007 au 13 janvier 2007, du 5 mars 2007 au 15 mars 2007, du 12 novembre 2007 au 28 mars 2008, le 6 janvier 2009, le 13 janvier 2009, le 20 janvier 2009, le 27 janvier 2009, le 2 février 2009, le 19 février 2009, le 18 mars 2009, le 1er avril 2009, le 8 avril 2009, le 15 avril 2009, le 30 avril 2009, du 6 juin 2010 au 9 juin 2010, du 9 janvier 2011 au 18 avril 2011, du 3 mai 2011 au 8 juin 2011, le 1er juillet 2011, du 11 septembre 2011 au 28 octobre 2011, le 8 décembre 2011, le 1er mars 2012, du 4 avril 2012 au 8 juin 2012, du 11 juin 2012 au 28 juin 2012, du 2 juillet 2012 au 13 juillet 2012, du 1er août 2012 au 17 août 2012, le 7 mars 2013, du 24 avril 2013 au 24 mai 2013, du 3 juin 2013 au 27 juin 2013, le 7 octobre 2013, du 21 mai 2014 au 6 juin 2014, du 9 juin 2014 au 17 juin 2014, du 23 juin 2014 au 5 novembre 2014, du 26 novembre 2014 au 3 juillet 2015, le 23 juillet 2015, du 26 avril 2017 au 2 mai 2017, du 8 mai 2017 au 24 mai 2017, du 28 mai 2017 au 9 juin 2017 et de 50% pour la période comprise entre le 10 janvier 2007 et la date de la consolidation. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressé à ce poste en le fixant à 36 248 euros.
Quant aux souffrances endurées :
17. Il résulte du rapport d'expertise du Pr C que les souffrances endurées recouvrent les douleurs liées aux différentes interventions chirurgicales et à leurs suites, le traitement suivi, les multiples hospitalisations, la rééducation prolongée et qu'elles peuvent être cotées à 6/7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 25 000 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
18. L'expert C évalue le dommage esthétique temporaire à 2/7 du 11 janvier 2007 au 10 janvier 2011, à 4/7 du 11 janvier 2011 au 26 novembre 2014, puis à 5/7 du 27 novembre 2014 jusqu'à consolidation. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 6 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
Quant aux pertes de salaires et à l'incidence professionnelle :
19. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 15 que M. A perçoit une pension d'invalidité d'un montant supérieur à son dernier salaire. Par suite, le préjudice lié à la perte de salaire n'est pas établi.
20. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise du Pr C que la reprise de l'activité professionnelle antérieure, de M. A, est définitivement impossible mais que la reprise d'une activité professionnelle sédentaire en position assise est médicalement possible. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'intéressé au titre de l'incidence professionnelle en le fixant à 3 000 euros.
Quant à l'assistance à tierce personne :
21. Il résulte de l'instruction que l'état de M. A nécessite une aide non spécialisée de façon définitive pour une durée de 2 heures par jour, à laquelle il faut ajouter une aide ponctuelle pour les déplacements de longue distance évaluée à 4 heures par mois. Sur la base d'un taux horaire de 13 euros sur la période du 1er juillet 2019 au jour de lecture du jugement, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le requérant au titre de cette période en le fixant à 52 589,42 euros. D'autre part, sur la base d'un taux horaire de 14 euros et sur celui d'un euro rente fixé à 35,279 par le barème publié par la Gazette du Palais 2022 pour un homme âgé de 51 ans à la date de lecture du présent jugement, il sera fait une juste application du préjudice de M. A au titre de la période postérieure au jugement en le fixant à 445 555 euros. Il y a par suite lieu de mettre une somme de 498 144,42 euros à la charge de l'ONIAM.
Quant aux frais de véhicule adapté :
22. Il résulte de l'expertise que la conduite d'un véhicule par M. A nécessite une adaptation de son véhicule. M. A produit également un devis pour l'achat d'une voiture Peugeot 3008 pour un montant de 30 100 euros dont il demande le remboursement. Toutefois, l'indemnisation accordée à M. A ne peut se limiter qu'au surcoût lié à l'adaptation du véhicule, soit 3 112,25 euros. Compte-tenu d'un renouvellement moyen tous les sept ans d'un véhicule automobile, sur la base de l'euro rente fixé à 35,279 par le barème publié par la Gazette du Palais 2022 pour un homme âgé de 56 ans à la date de renouvellement de son véhicule, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en mettant à la charge de l'ONIAM la somme de 13 614 euros.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
23. Il résulte du rapport d'expertise que M. A a subi un déficit fonctionnel permanent de 45%. Concernant un homme âgé de 47 ans au jour de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 100 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
24. L'expert évalue à 4/7 le préjudice esthétique permanent représenté par l'amputation de la cuisse droite et ses conséquences esthétiques et les cicatrices du moignon. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 7 201 euros.
Quant au préjudice sexuel :
25. L'expert précise que M. A souffre d'un indéniable préjudice sexuel. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 2 000 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
26. Il résulte de l'instruction que M. A pratiquait la natation trois à quatre fois par semaine à raison de deux heures par semaine, le vélo à raison d'une fois par semaine, et la course à pieds à raison de deux fois par semaine. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément en le fixant à 2 000 euros.
27. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser, à M. A, une somme de 808 948,67 euros.
Sur les frais d'expertise :
28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement à la charge de l'ONIAM les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme totale de 4 310 euros par les ordonnances n°1500487 et n° 1701753 du vice-président du tribunal administratif de Nancy en date des 4 juillet 2016 et 17 juin 2020.
Sur les frais de l'instance :
29. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à M. A une somme de 808 948,67 euros au titre de la solidarité nationale.
Article 2 : Les frais d'expertise d'un montant total de 4 310 euros sont définitivement mis à la charge de l'ONIAM.
Article 3 : L'ONIAM versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, au centre hospitalier régional universitaire de Nancy, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse nationale de santé du Luxembourg et à la caisse nationale d'assurance pension du Luxembourg.
Copie en sera adressée, pour information au Dr G, au Pr C et au Dr E, experts.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2101665
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026