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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2101803

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2101803

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2101803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP GASSE - CARNEL - GASSE - TAESCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 22 juin 2021, le 28 février 2022, le 2 août 2022 et le 29 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Gasse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nancy-Metz a rejeté sa demande d'indemnisation de ses congés annuels non pris et d'un rappel de traitement pour les mois d'août et septembre 2020, ainsi que les décisions de rejet des recours gracieux et hiérarchiques respectivement formés par son conseil les 24 novembre 2020 et 23 février 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 3 002,81 euros à titre d'indemnité de congés annuels non pris, 290,54 euros à titre de rappel de traitement pour les mois d'août et septembre 2020, 5 000 euros à titre de dommages et intérêts pour préjudice moral et financier et 500 euros d'indemnités de retard pour le non-paiement des congés annuels non pris ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision par laquelle le recteur de l'académie de Nancy-Metz a refusé de l'indemniser à concurrence de ses jours de congés non pris méconnaît les stipulations de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ; sa réintégration dans son corps d'origine constitue une fin de relation de travail au sens de ces dispositions si bien qu'elle est fondée à solliciter le versement d'une indemnisation en référence à la rémunération qu'elle aurait normalement perçue lors de ses congés calculés sur une année civile et non sur une période scolaire, soit 3 002,81 euros ;

- la promesse faite par l'administration quant à l'existence de 36 jours de congés non pris est de nature à engager sa responsabilité ;

- la décision par laquelle le recteur de l'académie de Nancy-Metz a refusé de prendre en compte son avancement d'échelon dans son corps d'origine pour le calcul de sa rémunération des mois d'août et de septembre 2020 méconnaît le principe de la double carrière des agents détachés ; sa rémunération devait être fixée par référence à l'indice 534 et non par référence à l'indice 503 si bien que son préjudice doit être évalué à 290,54 euros ;

- elle est fondée à solliciter le versement d'une indemnité de 500 euros à raison du préjudice financier découlant du non-paiement de ses jours de congés non pris ;

- elle a été victime de faits de harcèlement de la part de ses collègues et de son employeur ; elle est fondée à solliciter le versement d'une indemnité de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et financier en découlant.

Par des mémoires en défense enregistrés le 6 septembre 2021, le 10 mars 2022 et le 30 septembre 2022, le recteur de l'académie de Nancy-Metz conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant au paiement d'un rappel de traitement au titre des mois d'août et de septembre 2020 sont irrecevables dès lors qu'elles relèvent d'un litige distinct ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 8 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de ce que, d'une part, le tribunal était susceptible de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de rejet du 15 octobre 2020, en tant qu'elle porte sur l'indemnisation de onze jours de congés non pris, et, d'autre part, les conclusions d'annulation de la décision de rejet du 15 octobre 2020 sont irrecevables comme tardives.

Par un courrier en date du 13 février 2024, Mme B a présenté ses observations sur les moyens relevés d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, puéricultrice au sein de la commune de Ville-en-Vermois, a été détachée en qualité de secrétaire administrative de l'éducation nationale, de classe normale, à compter du 1er septembre 2018. L'intéressée a sollicité sa réintégration dans son administration d'origine à compter du 1er octobre 2020. Par courrier du 5 octobre suivant, elle a sollicité le versement d'une indemnité à raison de ses jours de congés non pris. Par décision du 15 octobre 2020, le recteur de l'académie de Nancy-Metz a rejeté cette demande. Le 24 novembre 2020, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision et, dans le même courrier, a saisi l'administration d'une réclamation préalable tendant au paiement de la somme de 93,72 euros au titre de son traitement des mois d'août et de septembre 2020. La requérante a saisi le ministre de l'éducation nationale d'un recours hiérarchique, le 23 février 2021. Dans le dernier état de ses écritures, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du recteur de l'académie de Nancy-Metz du 15 octobre 2020 ainsi que les décisions de rejet de son recours gracieux et de son recours hiérarchique, de l'indemniser des préjudices découlant de ces décisions mais également de l'indemniser à raison du préjudice découlant des faits de harcèlement qu'elle a subi à l'occasion de son détachement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation des jours de congés non pris :

2. Le recteur de l'académie de Nancy-Metz soutient que, postérieurement à l'introduction de la requête, il a indemnisé Mme B à concurrence de onze jours de congés non pris. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le recteur de l'académie de Nancy-Metz a effectivement payé les sommes correspondantes. Par suite, il y a lieu de statuer sur l'intégralité de ces conclusions de la requête de Mme B.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Et aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ".

4. Un recours administratif n'est de nature à conserver le délai de recours contentieux que s'il est présenté avant l'expiration de ce délai. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nancy-Metz a refusé d'indemniser Mme B à raison de ses congés non pris comportait les voies et délais de recours. L'intéressée a introduit un recours gracieux contre cette décision le 24 novembre 2020, donc dans le délai de recours de deux mois. Ce recours gracieux a été explicitement rejeté par une décision du 12 février 2021, comportant également l'indication des voies et délais de recours et qui a été notifiée à Mme B, selon les écritures mêmes de cette dernière, le 27 février suivant. Mme B disposait donc d'un délai de deux mois à compter de cette date pour introduire son recours contentieux contre la décision du recteur du 15 octobre 2020, soit au plus tard le 28 avril 2021, le recours hiérarchique du 23 février 2021 ne pouvant à nouveau proroger le délai de recours contentieux et la décision implicite de rejet du ministre étant purement confirmative de la décision précédente du recteur. Dès lors, la requête de Mme B, enregistrée le 22 juin 2021, soit au-delà du 28 avril 2021, est, comme en ont été informées les parties, tardive en tant qu'elle demande au tribunal d'annuler la décision du recteur de l'académie de Nancy-Metz du 15 octobre 2020, ensemble les décisions de rejet du recours gracieux et du recours hiérarchique formés contre cette décision.

Sur les rappels de traitement des mois d'août et de septembre 2020 :

5. Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors applicable : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () Lorsque le fonctionnaire bénéficie ou peut prétendre au bénéfice d'un avancement de grade dans son corps ou cadre d'emplois d'origine, à la suite de la réussite à un concours ou à un examen professionnel ou de l'inscription sur un tableau d'avancement au titre de la promotion au choix, il est tenu compte dans le corps de détachement du grade et de l'échelon qu'il a atteints ou auxquels il peut prétendre dans son corps ou cadre d'emplois d'origine, sous réserve qu'ils lui soient plus favorables. / Le fonctionnaire détaché est soumis aux règles régissant la fonction qu'il exerce par l'effet de son détachement, à l'exception des dispositions des articles L. 1234-9, L. 1243-1 à L. 1243-4 et L. 1243-6 du code du travail ou de toute disposition législative, réglementaire ou conventionnelle prévoyant le versement d'indemnités de licenciement ou de fin de carrière. () Il est tenu compte, lors de sa réintégration, du grade et de l'échelon qu'il a atteints ou auxquels il peut prétendre à la suite de la réussite à un concours ou à un examen professionnel ou de l'inscription sur un tableau d'avancement au titre de la promotion au choix dans le corps ou cadre d'emplois de détachement sous réserve qu'ils lui soient plus favorables. () ". Aux termes de l'article 26-1 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Lorsque le détachement est prononcé dans un corps de fonctionnaires de l'Etat, il est prononcé à équivalence de grade et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont l'intéressé bénéficie dans son grade d'origine. / Lorsque le corps de détachement ne dispose pas d'un grade équivalent à celui détenu dans le corps ou cadre d'emplois d'origine, il est classé dans le grade dont l'indice sommital est le plus proche de l'indice sommital du grade d'origine et à l'échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui qu'il détenait dans son grade d'origine. / Le fonctionnaire détaché conserve, dans la limite de l'ancienneté moyenne exigée pour une promotion à l'échelon supérieur, l'ancienneté d'échelon acquise dans son précédent grade lorsque l'augmentation de traitement consécutive à son détachement est inférieure ou égale à celle qui aurait résulté d'un avancement d'échelon dans son grade d'origine ou à celle qui a résulté de sa promotion au dernier échelon lorsqu'il a déjà atteint l'échelon terminal de son grade d'origine. / Les fonctionnaires placés en position de détachement dans un corps concourent pour les avancements d'échelon et de grade dans les mêmes conditions que les fonctionnaires de ce corps. / Le renouvellement du détachement est prononcé selon les mêmes modalités ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, puéricultrice de classe normale, a été détachée au sein du ministère de l'éducation nationale à compter du 1er septembre 2018 en qualité de secrétaire administrative de l'éducation nationale de classe normale à l'échelon 13, correspondant à un indice majoré 503. Par arrêté du 2 juillet 2020, le maire de la commune de Ville-en-Vermois a promu l'intéressée à l'échelon 6 du grade de puéricultrice de classe normale à compter du 3 août 2020, correspondant à un indice majoré 513. Mme B soutient qu'en la rémunérant, au titre des mois d'août et de septembre 2020 à un indice de 503, inférieur à celui obtenu dans son corps d'origine, l'administration a commis une erreur de droit. Toutefois, il ressort des dispositions citées au point 5 du présent jugement que la prise en compte des avancements dans le corps d'origine, en cours de détachement, ne concerne que les avancements de grade, à la suite de la réussite à un concours ou à un examen professionnel, et non les simples avancements d'échelon. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le recteur de l'académie de Nancy-Metz doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de versement d'un rappel de traitement pour les mois d'août et septembre 2020 doivent être rejetées.

Sur le non-paiement des congés annuels non pris :

8. Si Mme B soutient que l'absence d'indemnisation de ses congés payés lui a causé un préjudice financier, elle n'assortit pas sa requête des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant des faits de harcèlement :

9. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Mme B soutient qu'elle a été victime de faits de harcèlement de la part de ses collègues et de son employeur. Pour justifier de la réalité de ces faits, l'intéressée produit un courrier adressé à sa hiérarchie mais dont la majeure partie est noircie ce qui ne permet pas d'en connaître l'exacte teneur, des photographies de son bureau et une attestation d'une psychologue indiquant la rencontrer dans le cadre d'une situation de harcèlement moral au travail. En l'absence d'autres éléments et de précisions quant aux faits que lui auraient fait subir ses collègues et son employeur, les éléments avancés par la requérante ne peuvent être regardés comme des agissements constitutifs de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie de Nancy-Metz.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

B. CoudertLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2101803

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