jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2101832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP JOFFROY - LITAIZE - LIPP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2021, M. B A, représenté par Me Joffroy, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Golbey à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral ainsi qu'une somme de 22 147,84 euros en réparation de son préjudice financier, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir, en raison d'agissements constitutifs de harcèlement moral qu'il estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Golbey les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'agissements répétés de harcèlement moral ayant entraîné une dégradation de ses conditions de travail ainsi qu'une altération de sa santé physique et mentale ;
- ces agissements lui ont causé un préjudice moral se manifestant par son surmenage et son burn-out médicalement constatés par son médecin traitant qui doit être évalué à la somme de 15 000 euros ;
- il justifie d'un préjudice financier en raison de la réduction puis de la suppression de l'indemnité d'exercice de missions des préfectures (IEMP) et de l'indemnité d'administration et de technicité en lien avec les agissements constitutifs de harcèlement moral qu'il a subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, la commune de Golbey, représentée par Me Cuny, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gottlieb, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est adjoint technique territorial principal de 2ème classe titulaire au sein des services de la commune de Golbey. Par un courrier du 7 avril 2021, reçu par les services de la commune le 12 avril 2021, M. A a sollicité le versement d'une somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral ainsi qu'une somme de 22 147,84 euros en réparation de son préjudice financier à raison d'agissements constitutifs de harcèlement moral qu'il estime avoir subis. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la requête susvisée, M. A demande la condamnation de la commune de Golbey à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral ainsi qu'une somme de 22 147,84 euros en réparation de son préjudice financier, somme à parfaire au jour du jugement à intervenir, à raison des agissements de harcèlement moral dont il estime être victime.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
4. M. A estime qu'il a été victime de dénigrements de ses qualités professionnelles et de son investissement à la suite du changement de maire à la tête de la commune ne reposant sur aucun fondement. Il soutient en outre que le maire de la commune de Golbey a tiré prétexte des évaluations désobligeantes dont il a fait l'objet pour supprimer plusieurs indemnités auxquelles il avait droit. Par ailleurs, le requérant fait valoir qu'il s'est vu confier des tâches dévalorisantes, incompatibles avec les préconisations du médecin de prévention, l'exposant à des conditions climatiques défavorables ayant nécessairement un impact sur sa santé, et caractérisant une volonté de le déclasser. Il soutient enfin que le maire de la commune de Golbey n'a jamais répondu à ses demandes de formation, ni à ses demandes tendant à la mise en place de réunions de chantier avec les différents corps de métiers en vue d'une meilleure coordination des travaux en régie.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des comptes-rendus d'évaluation professionnelle de M. A au titre des années 2015, 2016 et 2017, que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs évaluations négatives en raison de son manque de motivation et d'entrain dans la réalisation de ses tâches. Il ne résulte pas de l'instruction que les appréciations ainsi portées sur la manière de servir de M. A, qui sont corroborées par les éléments contenus dans le rapport établi par l'autorité territoriale en réponse à la demande de l'intéressé tendant à la révision de son évaluation, seraient dénuées de tout fondement ni qu'elles auraient par leur teneur excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, alors même qu'il ressort des comptes-rendus d'évaluation des années 2015 et 2016 que le supérieur hiérarchique de M. A n'avait pas renseigné les différents encadrés destinés à apprécier l'atteinte des objectifs annuels qui lui étaient assignés et le niveau de maîtrise des compétences de l'agent. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les appréciations de la manière de servir de M. A auraient pour origine le changement de maire de la commune. Enfin, si M. A soutient que la commission administrative paritaire du centre de gestion de la fonction publique territoriale des Vosges a émis un avis favorable à sa demande de révision de son évaluation au titre de l'année 2017, ni cette circonstance, ni celle que le maire de la commune de Golbey n'a pas donné de suite favorable à cette proposition, ne sont de nature à caractériser une situation de harcèlement. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'il aurait été victime de dénigrements de ses qualités professionnelles et de son investissement de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 15 janvier 2016, le maire de la commune de Golbey a revu à la baisse le montant de l'indemnité d'exercice de missions des préfectures dont bénéficiait M. A en raison de l'appréciation portée sur sa manière de servir au titre de l'année 2015. Par un arrêté du 27 février 2017, le maire a revu à la baisse le montant de l'indemnité d'administration et de technicité dont bénéficiait M. A en raison de l'appréciation portée sur sa manière de servir au cours de l'année 2016. Enfin, par un arrêté du 23 janvier 2018, le maire a supprimé, à compter du 1er janvier 2018, le versement à M. A de l'indemnité d'exercice de missions des préfectures et de l'indemnité d'administration et de technicité en raison de l'appréciation portée sur sa manière de servir au cours de l'année 2017. Eu égard à ce qui a été dit au point qui précède, il ne résulte pas de l'instruction que la modulation à la baisse, puis la suppression de ces indemnités, justifiées par la manière de servir de M. A au titre des années 2015, 2016 et 2017, auraient excédé les limites de l'exercice normal de l'autorité hiérarchique. Dans ces conditions, les décisions prises par le maire de la commune de Golbey ne sont pas de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a été affecté à compter du 9 février 2019 sur un poste d'agent d'entretien des espaces publics alors que ce dernier exerçait jusqu'alors les fonctions d'électricien. Si M. A soutient qu'il justifie d'une maîtrise particulière dans le domaine de l'électricité et de l'administration des réseaux, il n'établit pas que seules des tâches ingrates lui étaient assignées, ni ne soutient que les fonctions ainsi confiées ne correspondaient pas à celles que son grade lui donnait vocation à exercer. En outre, si M. A fait valoir que son affectation sur ce poste l'exposait à des conditions climatiques défavorables, en méconnaissance des préconisations du médecin de prévention, il ressort toutefois de la fiche d'aptitude médicale établie le 7 février 2019 que le poste de travail du requérant a été jugé compatible avec son état de santé, sous réserve que l'intéressé ne soit pas exposé à des conditions climatiques extrêmes. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de M. A s'opposait à tout travail en extérieur, et le requérant ne verse aucun élément suffisamment probant tendant à démontrer qu'il aurait été exposé à des conditions climatiques extrêmes alors qu'il était affecté sur le poste d'agent d'entretien des espaces publics. Enfin, s'il ressort des nouvelles fiches d'aptitude médicale en dates du 19 juin et du 26 juillet 2019 que le poste de travail du requérant a finalement été jugé incompatible avec son état de santé, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas soutenu par M. A, que l'intéressé aurait continué à se voir confier des missions en extérieur à la suite de ces avis. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ses conditions de travail sur le poste d'agent d'entretien des espaces publics seraient de nature à laisser présumer des agissements constitutifs de harcèlement moral.
8. En quatrième lieu, M. A fait valoir que le maire de la commune de Golbey n'a jamais répondu à ses demandes de formation. S'il résulte en effet de l'instruction que le maire de la commune n'a pas répondu à la demande de M. A en date du 5 février 2018 sollicitant son inscription pour suivre une formation de technicien supérieur de support informatique au centre AFPA de Remiremont, le requérant n'établit pas qu'il se serait vu opposer des refus systématiques à toutes ses demandes d'inscription à des formations. Dans ces conditions, ce refus isolé n'est pas de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral.
9. En dernier lieu, si M. A fait valoir que son supérieur hiérarchique n'a pas répondu à sa demande, portée sur son compte-rendu d'évaluation pour l'année 2016, tendant à la mise en place de réunions de chantier avec les différents corps de métiers en vue d'une meilleure coordination des travaux en régie, cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à laisser présumer l'existence d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Au demeurant, il résulte de l'instruction que l'autorité territoriale a répondu à cette demande dans la réponse apportée à la demande de révision du compte-rendu d'évaluation présentée par M. A le 14 mars 2017.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les faits invoqués par M. A, pris isolément ou dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme des agissements constitutifs de harcèlement moral au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Golbey qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Golbey et non compris dans les dépens.
12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Golbey une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Golbey présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Golbey.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
R. Gottlieb Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026