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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102045

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102045

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102045
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantPROVENZANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 juillet 2021, le 13 avril 2022 et le 10 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Provenzano, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge en droit et pénalités des compléments d'impôts mis à sa charge au titre de la taxe sur la valeur ajoutée de période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2018 et de l'impôt sur les revenus des années 2016 à 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- la procédure de contrôle menée à son encontre est viciée dès lors que la proposition de redressement est insuffisamment motivée ; cette proposition ne contient que les éléments relatifs au chiffre d'affaires des fonds de commerce ayant servi de terme de comparaison pour valoriser le prix de cession de son fonds ; il appartenait à l'administration d'indiquer la nature de l'activité ainsi que le prix de cession de ces termes de comparaison dès lors que ces éléments sont soumis à publicité ;

- il convient en application des dispositions des articles L. 203 et suivants du livre des procédures fiscales de prononcer la compensation entre les rappels de TVA mis en recouvrement et la taxe qu'elle a indument auto-liquidée au titre de ce même impôt, pendant la même période ;

- les erreurs commises à l'occasion de la liquidation de la TVA étant neutres pour le Trésor, il n'y a pas lieu de constater un profit sur le Trésor ; la TVA indument auto-liquidée devant faire l'objet d'une compensation, il convient de prononcer la décharge des redressements notifiées au titre des bénéfices industriels et commerciaux, en tant de profits sur le Trésor ;

- la preuve d'une cession occulte de fonds de commerce n'est pas établie ; l'activité qu'elle exploite est différente de celle de M. C car elle ne dispose pas de l'agrément préfectoral pour procéder à la dépollution des véhicules pris en charge ;

- la méthode d'évaluation de son fonds de commerce utilisée par le vérificateur n'est pas adaptée dès lors que les termes de comparaison retenus par l'administration ne sont pas pertinents ; ils ne concernent pas la même activité que le fonds de commerce litigieux et ne sont pas contemporains de sa cession ; le barème utilisé par l'administration ne lui est pas opposable ; la prise en compte du chiffre d'affaires réalisé par M. C est inadéquate dès lors qu'elle ne dispose pas de l'agrément préfectoral de ce dernier ;

- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas dues dès lors qu'elle est de bonne foi.

Par des mémoires en défense enregistrés le 20 janvier 2022, le 21 avril 2022 et le 16 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut :

1°) au non-lieu à statuer à concurrence des décharges prononcées en cours d'instance ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de décharge de la requête à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance ;

- la procédure menée à l'encontre de Mme A est régulière dès lors que l'obligation d'indication des activités exercées et du prix de cession, prévue aux 3° et 4° de l'alinéa 4 de l'article L 57 du livre des procédures fiscales, vise uniquement les procédures de rectification mises en œuvre en application de l'article L. 17 du livre des procédures fiscales, lesquelles portent exclusivement sur les droits d'enregistrement et la taxe de publicité foncière ;

- il convient de donner une suite favorable à la demande de compensation formée par Mme A mais le montant des dégrèvements sollicités doit être limité en application des dispositions de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales ;

- il convient de ramener à 10 903 euros et à 11 430 euros le montant du profit sur le trésor des exercices 2016 et 2017 ; nonobstant la diminution des rappels de TVA, le montant du résultat des exercices 201 et 2017, taxable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ne peut que rester maintenu à celui mentionné dans la proposition de rectification ;

- l'activité de récupération exercée par M. C a été reprise par Mme A, le 1er septembre 2014 dès lors que la première déclaration de chiffre d'affaires de Mme A a été souscrite le mois suivant la fin de l'activité de M. C, Mme A a repris le bail verbal conclu par M. C avec son ex-épouse propriétaire du terrain sur lequel l'activité est exploitée, Mme A a repris le matériel et les agencements appartenant à M. C, le seul client de l'entreprise de Mme A est le même que celui de l'entreprise de M. C et ce dernier a été salarié de sa compagne à compter du 25 mars 2015, pendant quinze mois ;

- du fait de la rareté des mutations de fonds de commerce de récupération de matériaux et métaux, il n'a pas été possible de trouver des termes de comparaison dans le secteur géographique ; deux des termes de comparaison retenus correspondant à des commerces de biens d'occasion ; les dates de cession sont suffisamment proches de la cession litigieuse ; en l'absence de déclaration, le vérificateur a pu à bon droit ajouter à la valeur des éléments incorporels du fonds un montant de 70 900 euros, correspondant à hauteur de 36 145 euros aux éléments corporels du fonds et à la moitié de la valeur résiduelle comptable des immobilisations figurant au bilan de M. C sous le libellé bâtiment puisqu'il résulte du procès-verbal d'huissier du 14 octobre 2015 que ces immobilisations ont été transmises à Mme A ;

- les pénalités de 40% pour manquement délibéré sont dues ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce une activité de récupération-vente de fers et métaux au 44, rue de la Tresse à Revigny-sur-Ornain, à laquelle s'est ajoutée, à compter du 1er novembre 2016, une activité de vente de vêtements dans une boutique située 26, rue Raymond Poincaré à Revigny-sur-Ornain. La contribuable a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 30 septembre 2018 en matière de TVA. A l'issue des opérations de contrôle, il a été procédé à des rappels de TVA, d'un montant total de 140 994 euros et d'impôt sur le revenu, pour un montant total de 150 630 euros. Par une réclamation contentieuse du 22 décembre 2020, la contribuable a sollicité la décharge de ces impositions. Cette réclamation a été explicitement rejetée le 26 mai 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 20 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle a prononcé le dégrèvement, à concurrence de la somme de 40 970 euros, 45 130 euros et 18 807 euros, en droits et 3 196 euros, 1 354 euros et 188 euros en pénalité, de taxe sur la valeur ajoutée à laquelle Mme A avait été assujettie au titre des année 2016, 2017 et 2018. Les conclusions de la requête relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les impositions restant en litige :

En ce qui concerne la demande de compensation :

3. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. ". Aux termes de l'article L. 205 du même livre : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui a pour activité l'achat de matériaux auprès de particuliers en vue de leur revente, a auto-liquidé la TVA sur l'ensemble de ses achats de métaux alors qu'elle relevait du régime de la TVA sur la marge et a déduit la taxe ainsi auto-liquidée. A l'occasion du contrôle, le vérificateur a réintégré la taxe déduite à tort. Mme A demande que les rappels opérés au titre de la TVA déduite à tort soient compensés avec la TVA qu'elle a indument auto-liquidée au titre de la période contrôlée et qui est du même montant.

5. L'administration est en droit à tout moment de la procédure contentieuse de demander, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, que soit substituée une base légale à celle qui avait été initialement invoquée, dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues en matière de procédure d'imposition.

6. Pour faire partiellement échec à la demande de compensation de la requérante, le service demande que soit substitué, comme fondement des redressements, le motif tiré de ce que Mme A relevait de plein droit du régime d'imposition de la TVA à raison de sa marge, si bien qu'il convient de compenser la créance qu'elle détient à ce titre à l'encontre de Mme A avec celle détenue par Mme A au titre de la TVA qu'elle a liquidée à tort. Cette demande de substitution et cette compensation peuvent en l'espèce être faites sans priver Mme A d'aucune des garanties prévues par la procédure d'imposition contradictoire qui a été suivie.

7. Aux termes de l'article 297 A du code général des impôts : " I. - 1° La base d'imposition des livraisons par un assujetti revendeur de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité qui lui ont été livrés par un non redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou par une personne qui n'est pas autorisée à facturer la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette livraison est constituée de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. () II. - La base d'imposition définie au I peut être déterminée globalement, pour chacune des périodes couvertes par les déclarations mentionnées à l'article 287, par la différence entre le montant total des livraisons et le montant total des achats de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité effectués au cours de chacune des périodes considérées. () ". Aux termes de l'article 297 D du même code : " I () 2° Les assujettis revendeurs ne peuvent pas déduire la taxe sur la valeur ajoutée afférente à l'achat, à l'acquisition intracommunautaire, à l'importation ou à la livraison à soi-même des biens d'occasion, des œuvres d'art, des objets de collection ou d'antiquité dont la livraison est taxée conformément aux dispositions de l'article 297 A. () ".

8. Il n'est pas contesté que l'activité de vente de biens d'occasion de Mme A a généré une marge, toutes taxes comprise, de 70 777 euros, 71 112 euros et de 47 377 euros au cours des années 2016, 2017 et 2018 et que la taxe sur la valeur ajoutée brute correspondante s'élève, respectivement, à 12 085 euros, 15 959 euros et 10 074 euros au titre de ces trois années. L'administration était en droit, en cours d'instance, de se prévaloir des dispositions de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales pour imputer le montant de la taxe ainsi due par Mme A, à raison de sa marge, sur la créance dont disposait cette dernière au titre de la TVA dont elle s'est acquitté à tort. En raison de cette compensation, Mme A était seulement fondée à solliciter le remboursement des sommes de 40 970 euros, 45 130 euros, 18 807 euros, pour lesquelles un dégrèvement lui a été accordé en cours d'instance. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la décharge des redressements de TVA mis à sa charge au titre des années 2016, 2017 et 2018, excédant ces montants, doivent être rejetées.

En ce qui concerne le " profit sur le Trésor " :

9. Aux termes de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales : " En cas de vérification simultanée des taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées, de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, le supplément de taxes sur le chiffre d'affaires et taxes assimilées afférent à un exercice donné est déduit, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, des résultats du même exercice, sauf demande expresse des contribuables, formulée dans le délai qui leur est imparti pour répondre à la proposition de rectification. () ".

10. Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de redressements en matière d'impôt sur les bénéfices et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe sur la valeur ajoutée rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.

11. Aux termes de l'article 39-1 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, () notamment () 4° Sous réserve des dispositions de l'article 153, les impôts à la charge de l'entreprise, mis en recouvrement au cours de l'exercice () ". Aux termes de l'article L. 78 du livre des procédures fiscales : " Si des dégrèvements ou restitutions sont ultérieurement accordés sur le montant des taxes et impôts ayant donné lieu à l'imputation prévue à l'article L. 77, le montant de ces dégrèvements ou restitutions est, le cas échéant, rattaché dans les conditions de droit commun aux bénéfices ou revenus de l'exercice ou de l'année en cours à la date de l'ordonnancement ". Ces dispositions ont pour effet de rendre sans objet la constatation d'un "profit sur le Trésor" lorsque la taxe sur la valeur ajoutée initialement rappelée a fait l'objet d'un dégrèvement, quel qu'en soit le motif.

12. Il résulte de l'instruction que, l'administration a réintégré dans les résultats de Mme A des montants de 51 873 euros et de 56 560 euros, respectivement, au titre des exercices 2016 et 2017 en tant que " profit sur le Trésor ". A la suite des dégrèvements partiels de TVA consentis en cours d'instance, ces profits sont devenus sans objet à concurrence de leur fraction excédant les sommes de 10 903 euros et de 11 430 euros. Si Mme A soutient que les erreurs commises à l'occasion de la liquidation de la TVA étant neutres pour le Trésor et que la TVA indument auto-liquidée devant faire l'objet d'une compensation, il convient de prononcer la décharge des redressements notifiées au titre des bénéfices industriels et commerciaux, en tant de profits sur le Trésor, il résulte de l'instruction que, d'une part, les profits sur le Trésor constatés procèdent de la non déclaration, par Mme A, de sa marge imposable et, d'autre part, comme il l'a été dit au point 11, que c'est à bon droit que l'administration n'a que partiellement donné suite à la demande compensation de l'intéressée. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander la décharge des sommes réintégrées en tant que profit sur le Trésor.

En ce qui concerne la minoration d'actifs :

13. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. / Elles ne sont pas non plus applicables aux omissions ou erreurs qui résultent de dotations aux amortissements excessives au regard des usages mentionnés au 2° du 1 de l'article 39 déduites sur des exercices prescrits ou de la déduction au cours d'exercices prescrits de charges qui auraient dû venir en augmentation de l'actif immobilisé. / Les corrections des omissions ou erreurs mentionnées aux deuxième et troisième alinéas restent sans influence sur le résultat imposable lorsqu'elles affectent l'actif du bilan. Toutefois, elles ne sont prises en compte ni pour le calcul des amortissements ou des provisions, ni pour la détermination du résultat de cession. ".

14. Aux termes de l'article 38 quinquies de l'annexe III au même code : " Les immobilisations sont inscrites au bilan pour leur valeur d'origine. Cette valeur d'origine s'entend : () b. Pour les immobilisations acquises à titre gratuit, de la valeur vénale ; () ". La valeur vénale d'un fonds de commerce doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession est intervenue. L'évaluation d'un tel fonds doit être effectuée, par priorité, par référence au prix d'autres transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur des fonds de commerce similaires. En l'absence de telles transactions, celle-ci peut légalement se fonder sur la combinaison de plusieurs méthodes alternatives. L'administration ne peut procéder par combinaison entre la méthode par comparaison et l'une ou plusieurs des méthodes alternatives.

15. Le service vérificateur a réintégré à l'actif du bilan de l'exercice 2016, premier exercice non prescrit, un fonds de commerce, pour un montant de 157 000 euros, et différents éléments mobiliers et immobiliers, pour un montant de 70 900 euros, au motif que Mme A avait repris, le 1er septembre 2014, l'entreprise précédemment exploitée par M. C, son concubin.

16. Pour contester les réintégrations opérées par l'administration, la requérante soutient qu'elle n'a pas repris le fonds de commerce de casse automobile de ce dernier dès lors que l'agrément préfectoral prévu par l'article R 543-162 du code de l'environnement dont il bénéficiait ne lui a pas été transmis, qu'elle ne peut dès lors exploiter son activité de vente de métaux sur un terrain d'une surface supérieure à cent mètres-carrés, ni procéder à la dépollution de véhicule usagés avant leur revente, ce qui s'est traduit par une diminution significative du chiffre d'affaires par rapport à celui de M. C. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A a débuté son activité de vente de métaux d'occasion le 1er septembre 2014, mois qui a succédé à la fin de l'activité de l'entreprise de M. C. Par ailleurs, Mme A exploite son activité sur le même terrain que M. C et a repris le bail oral conclu entre ce dernier et son ex-épouse propriétaire de ce terrain. Mme A a repris le matériel et les agencements d'exploitation qui appartenaient à M. C ainsi que l'établit le procès-verbal de carence dressé par un huissier de justice le 14 octobre 2015 et remis au vérificateur au cours du contrôle. Le nom de la requérante et l'activité exercée " A B, ACHAT-VENTE FERS ET METAUX VEHICULES " figurent sur un panneau accroché aux grilles du site antérieurement exploité par M. C. L'entreprise de Mme A et celle anciennement exploitée par M. C disposent d'un seul et même client, à savoir une société de Vitry-le-François qui exerce une activité de récupération de déchets ferreux et non ferreux, de tri et de recyclage. Dans ces conditions, bien que Mme A se soit dispensée de solliciter la délivrance de l'agrément préfectoral en vue d'assurer des activités de dépollution, de démontage, de découpage ou de broyage de véhicules hors d'usages, le service doit être considéré comme ayant démontré l'existence de la cession, à Mme A, du fonds de commerce de ce dernier et des biens mobiliers et immobiliers associés.

17. Pour évaluer à 157 000 euros le fonds de commerce acquis par Mme A, le service a procédé par comparaison avec la cession de trois fonds de commerce de revente de biens réalisées en juillet 2013 et en avril 2014 et correspondant à la cession d'un fonds de commerce de dépôt-vente à Lunéville, d'un fonds de commerce de vente de véhicule d'occasion situé à Pont-à-Mousson et d'un fonds de commerce ambulant de vêtements, linge et mercerie situé à Champigny-les-Langres. Ces cessions de fonds de commerce, au regard des activités exploitées, ne constituent pas des termes de comparaison pertinents pour évaluer la valeur vénale du fonds de commerce de Mme A, qui consiste dans récupération-vente de fers et métaux. Si l'administration soutient en défense qu'eu égard à la rareté de l'activité de Mme A, elle ne disposait pas d'autres termes de comparaisons, il lui appartenait de mettre en œuvre une autre méthode d'évaluation que celle fondée sur des termes de comparaison. Par suite, Mme A est fondée à soutenir, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, que c'est à tort que le service a réintégré une somme de 157 000 euros dans son assiette imposable à l'impôt sur le revenu, au titre des bénéfices industriels et commerciaux de l'exercice 2016.

18. En dernier lieu, pour contester la réintégration de bâtiments, de matériels et l'outillage et de matériels de transport à son bilan, Mme A soutient qu'elle n'est pas propriétaire de ces bâtiments. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal du 14 octobre 2015, que M. C a déclaré que l'ensemble des actifs de son entreprise avait été cédé à Mme A. Par ailleurs, si Mme A soutient que, selon le guide " évaluation des entreprises et des titres de sociétés " établi par la direction générale des finances publiques, la valorisation du fonds de commerce de détail comprend en général les éléments incorporels et les éléments corporels comme le matériel, les agencements et les installations nécessaires à l'exploitation, l'intégration de ces éléments dans le fonds de commerce ne constitue qu'une simple possibilité.

19. Il résulte de tout ce qui précède que le service était seulement fondé à réintégrer la somme de 70 899,94 euros au titres des bénéfices industriels et commerciaux de l'exercice 2016.

En ce qui concerne les pénalités pour mauvaise foi :

20. Aux termes des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.

21. Afin de justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que Mme A a repris, de manière occulte, le fonds de commerce de M. C, qu'elle a reconnu avoir délibérément encaissé une partie du chiffre d'affaires réalisé par l'entreprise afin de se ménager de la trésorerie pour faire face à des dépenses privées. Si Mme A soutient qu'elle est de bonne foi, elle ne conteste pas la matérialité des faits relevés par le fisc. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice 2016 ainsi des pénalités et intérêts correspondants, selon les modalités prévues au point 19 du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante au principal, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A, à concurrences sommes de 40 970 euros, 45 130 euros, 18 807 euros, en droits et 3 196 euros, 1 354 euros et 188 euros en pénalité, en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018.

Article 2 : La base imposable assignée au titre de l'exercice 2016, en matière d'impôt sur le revenu, à Mme A est réduite selon les modalités prévues au point 19 du présent jugement.

Article 3 : La cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle la Mme A a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016 ainsi que les intérêts et pénalités correspondants sont réduits en conséquence de la réduction de base définie à l'article 2 ci-dessus.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2102045

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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